Portraits des diacres qui seront ordonnés le 4 octobre 2008
Patrick Bonnemaison : trois appels, une belle matière à réflexion
En relisant son parcours, Patrick reconnaît l’action réelle de Dieu dans sa vie. À de telles grâces données, il ne peut qu’à son tour répondre oui.
À l’appel au diaconat, Patrick, médecin de bientôt 50 ans, père de quatre enfants et déjà grand-père, a fait la sourde oreille une, puis deux fois : « J’étais gêné. Je n’étais pas prêt, pas mûr. J’avais ma famille à construire, mon métier à installer. » En 2005, le soir de la vigile pascale, le P. Maxime d’Arbaumont, alors curé de la paroisse St-Dominique, est le troisième à le solliciter, avec son épouse Christine. « J’ai immédiatement perçu qu’un chemin d’humilité s’ouvrait, confie Christine, tout en me demandant quelle serait ma place. Aujourd’hui, je sais que c’est avec Marie, auprès du Christ, que je la trouverai. Le sacrement de mariage et la famille restant premiers, ce sera un ensemble à construire pour ne pas risquer le contre-témoignage. » Patrick vient de lancer les cours Alpha dans sa paroisse. Depuis longtemps, il a un désir profond de « donner l’envie aux personnes en marge de l’Église de revenir vers elle et au Christ, de les réconcilier. » De là à un oui sans détour, il y a quelques craintes et étapes à franchir, c’est le temps du discernement. En relisant sa vie, Patrick devient attentif aux signes, qui lui montrent comment Dieu l’a guidé, lui a évité des chutes et d’évoquer la présence de Christine sur sa route. Il assure aujourd’hui, que son « oui à l’appel » se redira chaque jour, en se reposant dans le Seigneur. Il cherche les mots les plus justes. « Seul, je ne peux rien. Mais je sais que le Seigneur me donne sa force, je sais que je peux tout attendre de lui. » Sur son faire-part, Patrick a choisi ce verset : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » (Mc 9, 24). • Florence de Maistre
Emmanuel Brûlon : une vocation mûrie, pas à pas
Le chemin vers le diaconat peut être long. Emmanuel Brûlon témoigne de la confiance qu’il a mise dans le Seigneur.
Il est des témoins qui ne sauront jamais les fruits qu’ils ont suscités. Ainsi ce diacre qui s’exprimait à la télévision, il y a plus de vingt ans. Aujourd’hui, Emmanuel, 41 ans, ingénieur marketing, marié depuis quatorze ans et père de trois enfants, s’en souvient encore : « Je n’avais aucune idée de ce qu’était un diacre, mais cet homme m’a interpellé ! » Deux ans après, une invitation à la célébration d’une ordination diaconale d’un collègue le bouleverse. Puis Emmanuel rencontre Marie, son épouse. Elle connaît le désir de son époux de« servir les hommes et les femmes de bonne volonté et de les ouvrir, par l’Église, à la miséricorde du Christ ». Emmanuel a la chance de rencontrer Mgr André Vingt-Trois, alors évêque auxiliaire du diocèse de Paris, pour lui faire part de cet appel. Mais à 32 ans, Emmanuel est trop jeune. Commence alors un long chemin de formation et de réflexion. « C’est une progression, pas à pas, relève Marie. Au début, nous ne savions pas où cela nous conduirait. Nous souhaitions fonder une famille, être heureux, vivre avec le Christ et être à son écoute dans la prière. Nous avons pris du temps et organisé notre vie familiale pour accueillir la volonté du Seigneur ! » Tous deux s’investissent dans le catéchisme à Notre-Dame de Lorette, leur paroisse. Plus Emmanuel doute et chasse l’idée du diaconat, plus elle revient avec insistance, comme « un feu dévorant » (Jr 20, 9). Dans le secret de sa démarche, il a puisé une liberté profonde et paisible qui le rend serein et joyeux. • Florence de Maistre
Patrice Cavelier : une consécration de son célibat
Mûri précocement par les épreuves, il a mis toute sa confiance dans le Seigneur.
À 47 ans, Patrice Cavelier semble être un célibataire comblé : une famille aimante, des amis, un métier qui le passionne – il est secrétaire
général de Radio France – de confortables revenus. Pourquoi alors s’être proposé au diaconat il y a maintenant cinq ans ?
La réponse est en partie à chercher dans son enfance où il a fait très tôt l’apprentissage de la vie et de ses difficultés. « Je n’ai jamais été un enfant », aimet-il répéter. La perte d’une petite soeur, puis plus tard la mort de plusieurs proches accompagnés jusqu’au dernier souffle, les grandes difficultés financières de ses parents, durant l’enfance, sont autant d’éléments qui lui ont appris à faire la part des choses. Doté d’une foi profonde et d’un amour de l’Eglise transmis par sa grand-mère maternelle, il a toujours été dans l’espérance et essaie depuis longtemps d’être le témoin du Christ dans son milieu professionnel et amical. Mais, aujourd’hui, le Seigneur l’appelle à aller encore plus loin. Où ? Il ne le sait pas lui même, mais la consécration diaconale lui permettra publiquement de montrer qu’il est disponible à la volonté du Christ. Cette ordination diaconale sera aussi pour lui une consécration de son célibat au service du Seigneur et de l’Eglise. Lui qui se croyait « destiné » adolescent au sacerdoce, sait seulement que le Seigneur
l’appelle à être son témoin là où il est et où il sera. Patrice Cavelier refuse de parler de conciliation entre vie professionnelle et vie chrétienne. « La vie ne se coupe pas en tranches ! ». Patron parfois craint pour son franc-parler, il estime que « dire la vérité aux gens à condition de le faire dans le respect et dans l’écoute » est justement évangélique. Et qu’il y a urgence aujourd’hui à être dans la vérité. • F.W.
Claude Giroux-Leprieur : amour et patience de Dieu
Pour Claude Giroux-Leprieur, notaire, l’appel au diaconat est arrivé comme un « coup de foudre ».
« J’étais un catho d’une banalité déconcertante », annonce d’emblée Claude Giroux-Leprieur. Avant d’être appelé au diaconat, ce père de famille n’avait aucun engagement dans sa paroisse, St-François-Xavier (7e). Claude Giroux-Leprieur était simplement un « chrétien du dimanche », entre 11h30 et 12h30. C’est donc contre toute logique, qu’à la fin de la messe, le 29 mai 2005, le P. Frédéric Roder lui parle du diaconat permanent. « Un coup de foudre ! », se souvient Claude Giroux-Leprieur. « Je suis physiquement secoué de la tête aux pieds, je m’effondre dans les bras du prêtre. » Dans la tête de Claude Giroux-Leprieur, la proposition du prêtre n’est pas neutre : elle fait écho à un appel au sacerdoce, reçu à l’âge de 13 ans. L’enfant en avait parlé à ses parents, qui lui avaient opposé un net refus. « J’en avais été très blessé : j’avais fortement ressenti l’amour du Christ et j’avais le désir de le suivre. »
Les années d’après, Claude Giroux-Leprieur s’était alors volontairement éloigné de Dieu. « Je Lui avais répondu non, alors je me sentais mal avec lui. » Le second appel, presque 50 ans plus tard, alors que le P. Roder ne connaît pas son histoire, lui fait mesurer « l’immense amour de Dieu, son pardon inépuisable, sa
patience ». La réponse est immédiate : « Dans l’instant même, j’ai dit oui, c’était une réponse d’amour, dans un moment de parfaite liberté. »
Les trois années de discernement, de formation et de prière le confortent dans son choix. Témoin de la scène à la sortie de la messe, sa femme, le suit sans hésiter. « La vie a basculé ce 29 mai 2005. Dès lors, nous essayons de vivre comme tout baptisé devrait vivre, “par Lui, avec Lui et en Lui”, chaque instant de nos jours. » • Bénédicte Hériard
Joël Joly : devant le Saint-Sacrement
Baptisé à 30 ans, Joël est appelé au diaconat.
Né dans une famille croyante, Joël, 59 ans, n’avait pourtant pas été baptisé. « Mes parents voulaient que nous choisissions nous-mêmes notre religion. » Il se marie, fait baptiser sa première fille, et... se pose la question de sa relation au Christ et à l’Eglise. Il est baptisé à 30 ans, à N.-D. de Bercy (12e),quelques mois avant la naissance de sa seconde fille ; la préparation de ce baptême prend alors pour lui une toute autre dimension. Heureux de témoigner de sa foi, il s’engage dans sa paroisse, notamment dans l’équipe « catéchuménat », avec son épouse, Lucienne. Puis le couple rejoint l’équipe diocésaine.
Joël aurait pu s’en tenir là. Mais, au début des années 1990, son curé, le P. Jean-Louis Ducamp, lui lance un appel : le diaconat. Joël refuse. « Je ne savais
pas bien ce que c’était ; il n’y avait pas de diacres à la paroisse. » Il ne dis pas un mot de cette « proposition » à son épouse. En 2001, nouvel appel, devant le Saint-Sacrement, alors d’une retraite pour les accompagnateurs de catéchumènes à Montmartre. Joël dit non :« J’étais issu du catéchuménat, ce n’était pas pour moi ! » L’appel se renouvelle l’année suivante. Nouveau refus, mais cette fois Joël en parle à son épouse. L’année d’après, toujours à Montmartre, et une nouvelle fois devant le Saint-Sacrement, l’appel se fait intense. Joël répond oui. Son épouse elle même sent que son mari est appelé au diaconat. « Nos amis me disaient : “Joël n’a jamais pensé à être diacre ?” ». Quant au curé de l’époque, le P. Pierre Protot, il perçoit lui aussi pour Joël l’appel au diaconat, avant que celui-ci ne lui en parle.
En 2004, le couple entame un discernement. « Une parole du Christ revenait souvent, confie Joël : “Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit” (Mt 28, 19). » Lucienne est heureuse : « Le discernement et la formation ont renforcé nos liens du mariage. » Une assiette en étain, souvenir de plus de trente ans de bonheur, est suspendue au mur du salon. • B.H.
Henri Miailhe : un cheminement à deux
Compostelle… Jérusalem… : c’est sur la route des pèlerinages que Henri et Brigitte Miailhe ont aussi cherché Dieu.
« Nous vivons un peu comme des nomades », reconnaissent Henri et
Brigitte Miailhe. Le jeudi soir, ils quittent Paris pour Noirmoutier jusqu’au dimanche soir. « Notre paroisse du dimanche restera St-Philibert de Noirmoutier ». Mais les Miailhe sont très investis dans l’Eglise à Paris : préparation au baptême à St-Séverin pour tous les deux, aumônerie
d’hôpital pour Brigitte qui se forme actuellement à l’accompagnement
en soins palliatifs. « Il n’en a pas toujours été ainsi, précise Henri, 63 ans, président de ses sociétés d’imprimerie. Ces engagements sont le fruit d’une conversion advenue il y a vingt ans. Je m’étais jusqu’alors écarté de Dieu et de son Eglise. J’étais engagé dans la vie professionnelle et aussi familiale, avec nos quatre enfants. Je recherchais la réussite économique, je venais de racheter l’entreprise dans laquelle je travaillais depuis quatorze ans. J’ai compris assez brutalement, en janvier 1988, que la relation au Seigneur était vitale et que j’avais une surprenante importance à ses yeux ! » S’en suivent des années de prière, de formation et d’engagement. En 1996, le couple entreprend le pèlerinage de Compostelle : « Je recherchais le silence et la prière », explique Henri. Lorsque la question du diaconat lui est posée par son entourage, Henri envisage « tout sauf ça ! » Brigitte, quant à elle, pressent que « cela fait partie de son être ». En 2006, ils partent à pied pour Jérusalem. « Un chemin de solitude à deux qui nous a fait comprendre la somptueuse richesse de l’abandon à la volonté de Dieu. On repartira un jour, c’est sûr ! » • C.F.
Guillaume Rouvier : « Le Seigneur m’a saisi »
Ce ne sont pas toujours les piliers de paroisse qui sont appelés au diaconat. Exemple avec Guillaume Rouvier, « recommençant » dans la foi.
Qu’est-ce qui a poussé cet « homme rangé, ayant une épouse de 49 ans, trois enfants et une vie professionnelle palpitante », à devenir diacre ? « J’ai été pris par le Christ. » La réponse fuse naturellement. Guillaume et Clémence Rouvier ne restent pas moins « étonnés » de cet appel. Mariés depuis vingt trois ans, le couple affiche une complicité où l’écoute et l’humour font bon ménage. « Certains hommes ont déjà un profil de diacre, s’affairant dans les sacristies… Pas mon mari ! J’ai pensé qu’il s’embrouillerait dans la liturgie, s’amuse Clémence. Nous ne faisions pas partie du noyau dur de la paroisse. » Directrice adjointe de l’Institut d’Etudes Religieuses à la Catho, enseignante, chargée de TD en anthropologie et christologie, Clémence Rouvier avoue avoir fait un chemin spirituel parallèlement à son époux. « J’ai commencé des études théologiques il y a huit ans, poussée par le désir de connaître Dieu. » Guillaume se qualifie volontiers de « recommençant ». « Il y a dix ans, j’ai ressenti un appel qui m’a tiré de l’indifférence, puis, il y a quatre ans, un appel fort à devenir diacre. J’ai répondu avec la même sérénité que lorsque j’ai épousé Clémence. » Pour ce patron de PME, le diaconat n’est pas synonyme d’ « accomplissement ou de réussite ». « Nous n’avons pas changé notre manière d’être en cherchant à être exemplaires. Ainsi, ce n’est pas pour cela qu’il faudra que notre dernière fille aille systématiquement à la messe avec nous. Non, c’est avant tout un chemin de conversion, et donc de bonheur, qui commence… » • C.F.
Gilbert Thévenot : un long chemin vers Dieu
Pour Gilbert Thévenot, l’appel au diaconat a marqué le début de sa relation personnelle au Christ.
Gilbert Thévenot, 56 ans, n’est pas né dans le giron de la foi Catholique. Toutefois, lors de son mariage avec Fabienne à St-Séverin, en 1976, il est touché par la bonté du P. Schneider (+) qui célèbre leur union. Dès lors, avec son épouse, il participe à la messe dominicale. Au fil des années et des naissances (trois enfants), le couple qui tient un atelier de restauration de meubles anciens s’engage : catéchisme, scoutisme… De temps à autre, ils sont amenés à remettre en état des meubles de presbytères, à fabriquer des croix et même à réaliser un tabernacle. Peu à peu, Fabienne découvre la joie
de vivre avec le Christ. Quant à Gilbert, lui, il reste distant. « J’allais
à la messe dominicale et j’aimais écouter la Parole, confie-t-il,mais
ce n’était pas une rencontre personnelle et intime. » Les JMJ de 1997 sont un premier déclic. Gilbert qui y participe à St-Séverin est touché par la joie des pèlerins. Peu après l’événement, le couple embauche dans leur atelier, à mi temps, une sœur des Fraternités monastiques de Jérusalem. « Pendant trois ans, Soeur Samuelle, a travaillé avec nous, explique Gilbert. Je l’ai beaucoup questionnée sur la parole de Dieu, la foi, l’Eglise… » Peu à peu,Gilbert prend goût à Dieu. Puis, en 2003, c’est le choc : de façon inattendue, le P. de Vandière l’invite à réfléchir au diaconat. « Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait… Je n’en ai pas dormi de la nuit. Le lendemain, j’ai été à l’église ; je suis tombé à genoux, et j’ai prié. Cela a marqué le début d’une relation
vraiment personnelle avec le Christ. » Deux ans plus tard, le couple commence la formation au diaconat. « Aujourd’hui, j’ai hâte d’être ordonné.Même si je ne sais pas encore exactement quelle va être ma mission, je sais que je serai avant tout un visage humain etmiséricordieux de l’Eglise pour les autres, tout comme beaucoup l’ont été pour moi. » • Sylvain Sismondi
Pierre Thomas : « L’appel a longtemps sommeillé en moi »
Entre l’appel que Pierre Thomas a ressenti et son ordination dans quelques jours, il s’est passé vingt ans. Portrait.
Il y a vingt ans, lors de l’ordination diaconale d’un de ses frères en vue du sacerdoce, Pierre Thomas est interpellé par l’homélie de l’évêque de Bordeaux, Mgr Maziers. « Il disait que, dans un monde où la gratuité n’existe pas, le Christ était venu pour se donner, nous servir, sans rien exiger de nous en échange. Cela m’a bouleversé. J’ai senti comme un appel… » Les années suivantes, Pierre et Chantal, son épouse, continuent de servir l’Eglise. Pierre s’engage à la Maison de Lazare d’Issy les Moulineaux et se forme à l’accompagnement spirituel. Cinq ans plus tard, un prêtre lui demande de réfléchir au diaconat. « Après un entretien avec le responsable du diaconat à Paris, j’ai décidé d’attendre, explique-t-il. J’avais déjà suffisamment d’engagements. De plus, avec mon épouse, nous nous posions la question d’entrer dans la Communion de Communautés Béthanie. » Peu après, le couple décide d’y entrer. Dans le même temps, Pierre Thomas continue à servir à
la Maison de Lazare en devenant animateur de formation. Quant à
Chantal, elle s’engage au sein d’aumôneries d’hôpitaux et au service des malades de la paroisse. En 2004, des prêtres parlent de nouveau à Pierre du diaconat. « Cela a ravivé l’appel qui sommeillait au fond de moi, confie-t-il. Après avoir prié et réfléchi avec Chantal, nous avons commencé le cheminement. Personnellement, j’ai été amené à vivre ma vie de baptisé de façon plus incarnée. Par exemple, j’ai pris conscience qu’il était important de m’enraciner dans ma paroisse, St-François de Sales. Comme diacre, j’aurai à pratiquer la charité pastorale, en veillant à favoriser l’amour entre les membres de la communauté paroissiale. » • S.S.
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