« À quoi sert de gagner le monde ? »

Mettre en perspective leur vision du travail à la lumière de l’enseignement social de l’Église. Deux cent cinquante jeunes professionnels s’y attèleront au Collège des Bernardins (5e), les samedi 13 et dimanche 14 mai. Une initiative du Pôle jeunes adultes du diocèse, coordonnée par Thomas Jaeglé. Entretien.

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Thomas Jaeglé, avocat et cofondateur, à Paris, du groupe Bâtisseurs, un parcours de formation à la doctrine sociale de l’Église.
© Alexia Vidot

Paris Notre-Dame – Comment est née cette initiative ?

Thomas Jaeglé – L’idée de ce week-end est née d’un constat partagé entre plusieurs jeunes, voire d’un malaise : la jeunesse s’interroge sur le sens de son travail. Des tentatives de réponses sont données au niveau des paroisses, mais parce que la question touche tous les étudiants et jeunes pros, il nous semblait nécessaire d’y répondre aussi au niveau diocésain, via le Pôle jeunes adultes. On a ainsi fédéré les propositions existantes de formation à la doctrine sociale de l’Église – Bâtisseurs, Parcours Zachée, Parcours Ozanam, etc. – pour préparer ensemble ce week-end. L’idée est de donner à chaque participant des clés de réflexion et d’action tirées de l’enseignement social de l’Église.

P.N.-D. – Suffit-il de puiser dans ce corpus pour donner un sens chrétien à son travail ?

T.J. – Le sens chrétien du travail est assez rationnel. Il rejoint les cinq principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église (bien commun, option préférentielle pour les pauvres, subsidiarité, destination universelle des biens, corps intermédiaires). Mais il n’y a pas un sens chrétien du travail. À chaque individu de se positionner, librement et en conscience, à partir de ces critères. Ainsi les ateliers du week-end – l’ambition professionnelle, travail et argent, etc. – ont pour but de faire réfléchir et non d’estampiller « cathos » ou « pas cathos ». Une formation morale et une éducation à la liberté sont indispensables pour pouvoir travailler en cohérence avec sa foi. C’est l’incohérence qui rend malheureux.

P.N.-D. – D’où l’interrogation évangélique, fil rouge de votre week-end : « À quoi sert de gagner le monde si c’est pour perdre son âme ? » (Mt 16, 26)…

T.J. – Cette interrogation habite notre génération. Pendant longtemps, la logique était : je travaille pour gagner mon pain quotidien, nourrir ma famille et acquérir une reconnaissance sociale. Or aujourd’hui les jeunes se demandent si cela suffit. À quoi sert-il de faire carrière pour faire carrière et de travailler pour travailler ? N’est-ce pas vain si ma vie professionnelle n’a pas une dimension eucharistique, si elle n’est pas une offrande ?

P.N.-D. – En tant que jeune avocat, comment répondez-vous à cette question ?

T.J. – En changeant de domaine de travail – de la fusion acquisition au conseil financier – afin d’avoir un impact plus direct sur le bien de la société. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de changer – nombre de jeunes se réorientent, par exemple, dans l’enseignement –, sans pour autant tomber dans l’écueil inverse : ne pas voir la sainteté dans son travail quotidien. Où que l’on soit, on a des interactions avec des personnes et un levier sur lequel jouer en vue du bien. Où que l’on soit, on peut donc être missionnaire.

Propos recueillis par Alexia Vidot.

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