Comment parler du péché en 2017 ? Le colloque d’ISEO 2017 (Jean-Claude Cochery)

Tel fut le thème du colloque annuel de l’Institut Supérieur de Théologie Œcuménique (ISEO) qui s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris (ICP) du 14 au 16 mars 2017 et qui réunit de nombreux intervenants des différentes confessions chrétiennes.
Katherine Shirk-Lucas (ISEO) a présenté la problématique : le péché, qui a tenu une place centrale dans le débat théologique entre luthériens et catholiques au XVIe siècle et de nouveau lors de la rédaction de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée en 1999, a-t-il encore un sens pour nos contemporains, par rapport au salut ? Comment le salut opère-t-il aujourd’hui sur le péché dans chacune de nos traditions ? En d’autres termes, pour être audible dans le contexte socio-culturel du XXIe siècle, il apparaît essentiel d’actualiser le discours théologique sur le péché.

Tel fut le thème du colloque annuel de l’Institut Supérieur de Théologie Œcuménique (ISEO) qui s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris (ICP) du 14 au 16 mars 2017 et qui réunit de nombreux intervenants des différentes confessions chrétiennes.

En raison de l’absence de Laurent Villemin, directeur de l’ISEO et de Thierry-Marie Courau, doyen du Theologicum (Faculté de théologie de l’ICP), il revint à Corinne Lanoir, doyenne de l’Institut Protestant de Théologie (IPT), d’ouvrir la session et à Katherine Shirk-Lucas (ISEO) d’en présenter la problématique : le péché, qui a tenu une place centrale dans le débat théologique entre luthériens et catholiques au XVIe siècle et de nouveau lors de la rédaction de la Déclaration commune sur la doctrine de la justification, signée en 1999, a-t-il encore un sens pour nos contemporains, par rapport au salut ? Comment le salut opère-t-il aujourd’hui sur le péché dans chacune de nos traditions ? En d’autres termes, pour être audible dans le contexte socio-culturel du XXIe siècle, il apparaît essentiel d’actualiser le discours théologique sur le péché.

Il n’est pas possible dans le cadre de cet article de rendre compte de façon exhaustive des interventions, tant les approches de la question du péché ont été diverses et variées (comme par exemple dans l’art et la publicité, mais aussi par rapport à la diversité géographique de notre monde), et pas davantage d’en faire une synthèse qui puisse prétendre être complète. Aussi nous contenterons-nous modestement d’exposer les points-clés sur lesquels plusieurs interventions ont insisté ou ceux qui nous ont paru le plus représentatifs.

Le péché / les péchés
La catégorie du péché relève de la théologie, de la relation à Dieu et n’a de sens que dans la confession de foi : parler du péché en-dehors de l’Église n’a pas de sens (Michel Kubler, catholique assomptionniste). C’est donc la foi qui conduit à parler du péché : c’est se rendre compte par la foi de son décalage avec la justice de Dieu (Frédéric Chavel, chaire de dogmatique à l’IPT). L’expérience du péché est une expérience de foi (Jean-François Colosimo, orthodoxe, Institut Saint-Serge). Selon la Bible, c’est une rupture avec Dieu dans l’histoire du salut (Luc Olekhnovitch, pasteur évangélique) ; mais pour autant, ce n’est pas un concept théorique, car le peuple juif en fait l’expérience concrète (Marc-Antoine Costa de Beauregard, orthodoxe).
Ainsi il convient de distinguer la notion de péché en tant qu’entité théologique et la liste des péchés qui relèvent de notre action et de nos fautes quotidiennes, comme conséquences du péché.

Péché / faute morale
La structure fondamentale du péché repose d’abord sur une tromperie à l’égard de Dieu, avant d’être transgression de la Loi : telle est la faute première d’Adam. Un malentendu sur Dieu ne relève pas de la morale : réduire le péché à une transgression de règles morales est une perversion du christianisme (Marc-Antoine Costa de Beauregard). De plus, au-delà de la faute, le péché a une dimension eschatologique qui engage la vie du chrétien. En d’autres termes, la dimension théologale du péché doit être distinguée de sa dimension éthique et temporelle (Brigitte Cholvy, professeur au Theologicum, ICP) ; mais, toutefois, les deux dimensions, théologale et éthique, doivent être tenues ensemble comme attachement à la Loi en tant qu’expression d’amour et non d’obligation (Agnès Kim, professeur au Centre Sèvres et invitée à l’université catholique de Séoul).
Mais comment articuler discours théologique sur le péché et théologie morale ? Il existe plusieurs perspectives d’approche (Francine Charoy, enseignante en théologie morale à l’ICP) : selon une approche anthropologique (celle de Xavier Thévenot, par exemple), un travail doit être entrepris sur les notions de culpabilité et de transgression dans un souci d’amener le croyant à se tourner vers une pratique ecclésiale ; dans le catholicisme, ce sera par la pratique des sacrements. Le renouvellement de la théologie morale (celle de Thomas d’Aquin) devrait conduire à sortir d’une conception figée, centrée sur la faute, pour tendre vers une dynamique dans laquelle la volonté de Dieu nous pousse à nous orienter vers notre fin.

Péché individuel / péché communautaire
La distinction entre la dimension individuelle ou personnelle du péché et sa dimension structurelle ou communautaire a été évoquée par plusieurs intervenants ; mais la première ne doit pas être dissoute dans la seconde (Francine Charoy). Dans le premier cas, il s’agit du péché de chacun des membres de l’Église à titre personnel ; dans le second cas, il s’agit du péché de l’ensemble de ses membres commis au titre de l’institution. On peut parler du péché de l’Église par opposition au péché de chacun dans l’Église.
Cette distinction a été particulièrement soulignée à propos de la pédophilie (Michel Kubler) : d’un côté, il y a l’ensemble des péchés commis individuellement par certains des membres de l’Église et, de l’autre, la structure mentale de l’Église qui tend à taire ou à minimiser toute tendance pécheresse se développant en son sein. Pourtant la responsabilité de l’Église reste engagée, quant aux conséquences qui découlent directement, ou indirectement de son silence à l’égard de cet état de fait (péché par omission). En raison de l’attitude de l’Église à ce sujet, Benoît XVI a ainsi pu déclarer que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas de l’extérieur mais d’elle-même.
Dans la théologie luthéro-réformée, le péché de l’Église est la dimension fondamentale du péché ; celui-ci est en rapport avec la pureté et la sainteté de l’Église qui sont par ailleurs clairement affirmées, mais en devenir (Frédéric Chavel). Le péché marque la différence entre ce que nous sommes et ce à quoi nous sommes appelés ; il entraîne l’humanité à se détourner de son chemin. Dans cette approche, le péché individuel perd ainsi sa signification par rapport au péché collectif (François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France). Le débat sur le péché se ramènerait-il alors à un débat ecclésiologique ? Ou cette question ne cache-t-elle pas un péché plus grave encore, non exprimé mais partagé par toutes les Églises, qui est l’absence d’unité ? (Brigitte Cholvy)

Péché originel / péché ancestral
La tradition orthodoxe préfère parler de l’origine ancestrale du péché plutôt que du péché originel, ce qui entraîne que, bien que la condition pécheresse de l’humanité soit affirmée par tous du fait du péché d’Adam, l’homme n’est coupable que de ses propres péchés (Michel Stavrou, Institut Saint-Serge). Le péché d’Adam, au-delà de la transgression, est une fêlure, une violation de la structure de la création, qui la détourne de sa finalité, qui est la participation à la vie divine. Nous sommes traversés par une fêlure : la fêlure est une métaphore du péché qui nous divise en deux parties non séparées, le mal et la possibilité de régénération (Philippe Kabongo, protestant). C’est une mise en échec de notre finalité d’être à l’image de Dieu, une altération de la condition humaine qui ne fait pas partie de son essence (Henri Blocher, baptiste).
Mais la solidarité avec Adam ne réside pas seulement dans le péché, elle est aussi essentiellement solidarité dans la mort qui en est la conséquence (Jean-François Colosimo), d’où une mise en parallèle entre le cycle faute / pardon et le cycle mort / vie.

Péché / grâce
Ce thème est au cœur du débat entre catholiques et protestants sur la doctrine de la justification et la compréhension de l’affirmation de « l’être pécheur et justifié ». Or la justice de Dieu n’est pas un attribut : Dieu est justice et miséricorde ; il y a là un tension dont témoigne le message biblique : à la contestation du pouvoir du péché répond l’énigme de la grâce (François Clavairoly) ; le concept de péché comme symbole (du refus ?) de l’accueil de la grâce s’oppose totalement ici au concept juridique de dénonciation permanente du péché comme faute morale. La compréhension différente de la grâce justificative des catholiques et des protestants, qui correspond à deux formes de pensée, continue d’entretenir un débat à la fois théologique et anthropologique (Brigitte Cholvy) : focalisation soit sur la qualité , soit sur la relation justice/péché (compréhension luthérienne).

En conclusion, si ce colloque n’a pas permis de proposer une vision claire et unifiée de la problématique du péché recevable dans le monde d’aujourd’hui, il aura permis au moins de rappeler que le péché s’inscrit dans la confession de foi, qu’il doit être apprécié dans la perspective du salut comme rupture de la relation à Dieu, tout en sachant que le rétablissement de cette relation relève de Dieu par le rachat de nos péchés. Il invite, bien évidemment, à poursuivre le travail théologique, notamment sur la compréhension du baptême comme mutation dans l’ordre de la temporalité et sur l’articulation salut/création, en tant que relation entre le pécheur justifié et l’homme créé à l’image de Dieu (Brigitte Cholvy). Parallèlement, il a mis en évidence la nécessité d’actualiser le discours de l’Église sur le péché, non seulement pour le rendre compatible avec la mentalité contemporaine, mais aussi pour en rectifier l’image, tant paraît éloignée aujourd’hui la perception populaire du péché de la réalité théologique qui ressort de ce colloque ; c’est notamment ce qu’ont mis en évidence les interventions de Jean-Luc Gadreau et Patrice Rolin sur l’utilisation de la notion de péché dans l’art et la publicité.
Jean-Claude Cochery - Avril 2017

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