L’Église
Catholique
À Paris

Cristeros (For Greater Glory : The True Story of Cristiada)

Dean Wright

Dean Wright, 2012. Critique du père Denis Dupont-Fauville.

For Greater Glory : The True Story of Cristiada de Dean Wright (2012). Dans un film à grand spectacle, une description poignante de la lutte et du martyre des Cristeros

C’est un western avec ses chevauchées et ses batailles, ses paysages et sa musique, ses haines et ses amitiés. Mais dans ce western, les hors-la-loi sont des pères de famille et des enfants, défendant les valeurs traditionnelles contre des forces de l’ordre sans scrupule qui font régner la terreur. Les héros ne cherchent ni à tuer leurs adversaires ni à sauver leurs propres vies, mais simplement à vivre dans un monde où la liberté et (donc) la religion aient encore droit de cité. En ce sens, tout en respectant les codes d’un genre à grand spectacle, Cristeros est une tentative très originale : il ne s’agit pas de variations de style autour de figures stéréotypées, mais de l’illustration d’une histoire réelle, si tragique et si dérangeante qu’elle aura été refoulée et occultée par les manuels d’histoire pendant plusieurs décennies.

Dans les années 1920, le président mexicain Calles s’en prend si violemment à l’Église qu’il provoque le soulèvement armé d’une grande partie de la population. La lutte durera trois ans et fera 250 000 morts au total, avant qu’un compromis soit trouvé et l’exercice du culte de nouveau toléré. Le film raconte la lutte, souvent héroïque, de ces Cristeros qui se ralliaient au cri de « vive le Christ-Roi ! » [1] ; dépourvus au départ de tout moyen, ils arriveront à s’organiser et à contrôler plus de la moitié du pays, avant de consentir à être désarmés après la signature d’accords (près de 5000 d’entre eux seront encore assassinés). Le récit se concentre surtout sur deux personnages, le général Gorostieta, vétéran de la Révolution (magnifiquement interprété par Andy Garcia) qui sera peu à peu conquis par la foi des hommes qu’il commande, et le jeune Joselito, béatifié en 2005 par Benoît XVI et mis à mort à 14 ans avec des raffinements de cruauté pour avoir refusé de renier le Christ.

Réalisé par Dean Wright, responsable des effets spéciaux du Seigneur des Anneaux et du Monde de Narnia, Cristeros est une grosse production, spectaculaire à souhait et impeccable techniquement. Parfois didactique, elle réussit, malgré les simplifications inévitables, à évoquer la complexité des situations : Calles veut aussi la grandeur de son pays, les chrétiens ordinaires sont tiraillés entre l’amour de leur famille et les risques du combat, la hiérarchie catholique prend des décisions de principe sans toujours en prévoir les conséquences sur le terrain, les États-Unis cherchent la paix sans oublier leurs intérêts. Certes, quelques lourdeurs formelles peuvent lasser : abus de gros plans, musique parfois pesante, l’un ou l’autre dialogue téléphoné… Mais l’essentiel n’est pas là : la transposition à l’écran de cette geste offre au public une véritable catéchèse sur le martyre.

Nous avons ici l’équivalent contemporain de ce que constituaient autrefois les vies de saints : sous une forme classique, une histoire singulière surgit devant nous au point d’interroger nos propres vies. Quel sens à mourir renié par plusieurs des siens, à sacrifier sa vie sans bénéfice visible pour quiconque ? « Si le Christ n’est pas ressuscité, nous sommes les plus malheureux des hommes » répond saint Paul. Mais la grandeur de ces témoins consiste à dépasser humblement, par la foi, le non-sens où l’arbitraire cherche à nous confiner. Puissent beaucoup de spectateurs, à défaut d’adhérer toujours à la réponse, se laisser interpeller par une si bouleversante question.

Denis DUPONT-FAUVILLE
17 mai 2014

[1En espagnol : "Viva Cristo Rey !"

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