Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - Solennité de la Sainte Trinité - Année A

Dimanche 19 juin 2011 - Notre-Dame de Paris

- Ex 34,4b-6.8-9 ; Dn 3,52-56 ; 2 Co 13,11-13 ; Jn 3,16-18

Frères et Sœurs,

C’est assez naturellement que la liturgie de l’Église nous invite aujourd’hui à célébrer la fête de la Trinité. En effet, le don de l’Esprit Saint qui a été fait aux apôtres le jour de la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint qui nous a été fait lorsque nous avons été baptisés et confirmés, est le seul chemin et le seul moyen dont nous disposons pour découvrir quelles sont les personnes qui constituent l’unité de l’existence divine. Tant que l’Esprit Saint n’était pas répandu dans leur cœur, les disciples connaissaient Jésus de Nazareth qu’ils avaient reconnu pour leur maître et à la suite duquel ils s’étaient mis en marche. Ils avaient entendu les paroles que Jésus lui-même avait dites au sujet de son Père qu’il appelait « Mon Père et Votre Père », mais ils n’étaient pas encore entrés dans la plénitude de la relation qui unit le Père au Fils, et qui leur a été révélée par le don de l’Esprit.

A travers les trois personnes du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, quelque chose nous est découvert de la merveilleuse richesse de l’existence de Dieu. Bien sûr, nous sommes conscients, comme Moïse l’était au Mont Sinaï, que nous ne sommes pas capables de connaître Dieu dans la plénitude de sa richesse. Nous sommes bien conscients que nous ne pouvons jamais qu’approcher de la réalité de Dieu. Mais ce serait aller à l’encontre de toute la tradition biblique depuis la création du monde, que de nous imaginer que Dieu, le Dieu auquel nous croyons, celui qui nous a appelés et qui nous a choisis, de croire que ce Dieu serait un Dieu inconnaissable. Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas enfermer Dieu dans les catégories de notre intelligence que nous ne pouvons rien en connaître. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus-Christ, notre Dieu, se caractérise parmi toutes les autres divinités par le fait qu’il est perpétuellement en mouvement pour se donner à connaître, pour se donner lui-même comme il le fait dès l’instant de la création, où il suscite la vie humaine afin de transmettre quelque chose de la surabondance de son amour. Il continue de le faire tout au long de l’histoire d’Israël, à travers ses événements, relus à la lumière de l’Ecriture, comme à travers les discours des prophètes. Il se révèle comme celui qui est un Dieu tendre et miséricordieux, comme nous dit le Livre de l’Exode : « lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » (Ex 34,6). C’est ce dynamisme interne de la toute-puissance de Dieu qui veut irriguer la réalité de l’histoire humaine et parvenir à rejoindre non seulement ceux qui sont les plus attachés à lui, les plus ouverts à sa parole et à ses appels, mais encore tous les hommes et toutes les femmes auxquels il a donné la vie et auxquels il a donné vocation de le rejoindre et de le reconnaître. C’est un mouvement par lequel la toute-puissance de Dieu va perpétuellement inaugurer de nouveaux chemins pour diffuser sa présence dans l’humanité. L’incarnation du Verbe éternel de Dieu dans la vie de Jésus de Nazareth, la décision extraordinaire qui aboutit à conduire Dieu à partager l’expérience humaine, à devenir l’un d’entre nous pour que communiant à sa vie, nous puissions à notre tour participer de l’existence divine. Ceux qui croient en lui seront sauvés, ceux qui croient en lui obtiendront la vie éternelle.

Cette plongée de la puissance divine dans la faiblesse humaine est le tournant par lequel Dieu se révèle à nous, non pas simplement comme l’origine de toute chose, non pas simplement comme un premier moteur qui aurait mis en marche l’histoire de l’humanité et qui s’en serait désintéressé, non pas simplement comme quelqu’un de tout autre et d’inconnaissable, mais comme celui qui se révèle à nous comme un père puisqu’il nous envoie celui qui se reconnaît comme son fils. Déjà, dans cette double définition du Père et du Fils, nous sommes introduits dans une dimension nouvelle de la relation de l’humanité avec Dieu. A travers la réalité du Père et du Fils, c’est à la fois l’origine de notre existence qui est affirmée mais c’est aussi la permanence de l’attention, de la vigilance, de l’amour de la miséricorde de Dieu qui s’étendent sur l’humanité. Cette relation du Père éternel et de son Fils, nous ne pouvons pas l’imaginer, nous ne pouvons pas la connaître de l’intérieur mais Dieu nous fait découvrir à quel point elle est puissante et forte en la désignant comme une troisième personne qui rassemble dans une même vision l’union du Père et du Fils, en la personne du Saint-Esprit.

Les théologiens ont longuement réfléchi et médité sur ce mystère des trois personnes unies dans la nature divine, mais ce serait un tort pour nous de nous imaginer que c’est simplement une question un peu trop complexe pour que nous nous y intéressions et qui finalement ne change pas grand-chose à notre vie. Ce serait une illusion de croire que ces relations entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont des affaires qui se passent au ciel et qui ne concernent pas notre vie terrestre. Au contraire, nous découvrons à travers la vie de Jésus de Nazareth, le don qu’il fait de sa vie, à travers l’envoi de son Esprit sur les disciples, à travers la constitution de son Église pour continuer le témoignage de sa présence au milieu des hommes, que cette communion étroite entre le Père, le Fils et l’Esprit, va devenir comme une sorte de matrice qui va définir le genre de relations qui doivent s’établir entre ceux qui communient de cette relation. Par notre baptême, nous sommes introduits dans la communion trinitaire, par l’Esprit Saint qui nous a marqués, nous sommes conformés au Christ Fils de Dieu. En lui, de façon adoptive - comme nous dit saint Paul - mais néanmoins réelle, nous sommes conduits à reconnaître Dieu comme notre Père. Si nous participons de cette communion étroite qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit Saint, cela veut dire que nos relations, les uns avec les autres, ne sont pas simplement des relations de bon voisinage, ou des relations de tolérance polie, mais qu’elles doivent devenir des relations d’amour à l’image de cet amour qui nous est révélé dans l’Esprit Saint. C’est pourquoi saint Paul disait aux Corinthiens : « exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix ; encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (2 Co 13,11-12). Si nous sommes unis sacramentellement à ce Dieu d’amour et de paix, cela doit transformer notre manière d’être les uns avec les autres. Comment pourrions-nous nous réclamer du Dieu Trinité, comment pourrions-nous communier au corps eucharistique du Christ, comment pourrions-nous accueillir son Esprit Saint sans que cette communion au Père, au Fils et à l’Esprit transforme complètement notre manière d’être et nous constitue vraiment comme des frères et des sœurs les uns pour les autres ?

Frères et sœurs, la fête de la Trinité n’est pas simplement la fête du mystère des relations entre le Père, le Fils et l’Esprit dans le ciel, c’est la fête de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Il a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique. C’est la fête de l’amour de Dieu manifesté par l’Esprit Saint répandu en nos cœurs et c’est la fête baptismale qui constitue le peuple de Dieu comme un être de communion. Rendons grâce au Seigneur qui nous associe ainsi à la richesse de l’amour qui unit le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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