Homélie du Cardinal André Vingt-Trois : Messe du premier anniversaire du décès de Chiara Lubich

Samedi 14 mars 2009 - Notre-Dame de Grâce de Passy (Paris XVI)

Clara Lubich est la Fondatrice des Focolari.
Evangile selon saint Luc, chapitre 15, 1-3.11-32, la parabole des deux fils.

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs,

Nous n’aurions pas pu rêver un évangile plus adapté, pour cette messe en mémoire de Chiara Lubich, que cette parabole des deux fils (Luc 15), qui nous raconte le retour du jeune fils, la miséricorde de son père et la fête qui s’ensuit. C’est pour nous tous l’occasion de reprendre conscience que chaque eucharistie est une fête, et de nous rappeler que, de tous les traits constitutifs de l’expérience spirituelle de Chiara, la joie fut certainement le premier témoignage de sa communion avec le Christ. Dans son union avec le Christ crucifié, avec le Christ ressuscité et vivant aujourd’hui, dans la présence à sa Parole et à ses sacrements, toute la vie de Chiara s’est construite et structurée autour de cette présence continuelle du Christ, ou plutôt de cette attention constante de Chiara à celui qui jamais n’est absent d’aucune de nos vies.

Comme le fils cadet de la parabole, il nous arrive à certains moments, de nous saisir de ce que Dieu nous a donné, de nous détourner de lui pour profiter seul de la grâce reçue et de la gaspiller sans y prendre garde. Et nous connaissons nous aussi la famine, non pas à la manière du fils perdu, mais comme une faim plus profonde, qui peut être la tristesse du désamour, le désert du cœur ou la rencontre de la solitude.
Ces expériences sont le signe de la perte de la communion avec le Père, elles manifestent que la bénédiction donnée a été détournée, enfouie ou rejetée, et que nous sommes dès lors abandonnés aux malheurs du monde. Heureux celui qui, au creux de cette épreuve et de ce désespoir, garde le souvenir de la maison de son Père !
Heureux celui qui, se rappelant ce qu’il a quitté, peut se retourner, se convertir, revenir vers le Père et implorer son pardon ! Et la joie de la fête qu’organise le père, le veau gras et l’habit des noces sont l’apothéose de ce chemin de conversion sur lequel Dieu veut conduire l’humanité pour la rétablir dans la plénitude de son alliance.
Ce festin, c’est l’eucharistie à laquelle nous sommes invités. Par définition, l’eucharistie est donc ouverte sur l’univers entier puisque l’Église aspire à y accueillir la foule de tous ceux qui découvriront que Dieu s’y donne en nourriture dans sa parole et dans le pain vivant descendu du ciel. Dans cette fête, chacun est invité non seulement à retrouver sa place à la table de la famille et à refaire ses forces, mais plus encore à devenir témoin de la miséricorde dont il a bénéficié. Dans l’eucharistie renaissent en nos cœurs la joie d’avoir été pardonné et d’être accueilli par le père et le désir d’associer à ce repas tous ceux qui sont appelés à revenir vers la maison du Père.

Nous le voyons dans l’évangile, cette joie suscite aussi l’envie et la méchanceté. L’amour ne peut se vivre sans que se dresse face à lui le spectre de celui qui divise le cœur de l’homme et veut semer la division, jusque dans la famille de Dieu, de celui qui met au cœur du fils aîné la jalousie et le refus de recevoir son frère.
A la fin de la parabole des vignerons de la dernière heure, l’évangile de saint Matthieu nous parle de ce regard mauvais jeté sur la bonté du maître.
La question posée alors à l’ouvrier jaloux : « faut-il que ton œil soit mauvais parce que je suis bon ? » résume ce drame de l’humanité, qui d’une certaine manière ne supporte pas que l’amour surmonte les divisions et qui suscite la haine face au dynamisme de la bonté. C’est pourquoi notre participation à cette fête n’est ici bas jamais tout à fait paisible, car nous ne pouvons pas oublier ceux qui restent dehors, et qui voudraient que la fête n’existe pas ou soit attristée, ou bien que les divisions demeurent et se multiplient.

Frères et sœurs, pendant plus d’un demi-siècle Chiara Lubich a été dans l’Église et à travers le monde, un apôtre infatigable de cette joie que l’on trouve à la table du Père. Le Seigneur a fait d’elle un témoin de l’amour et de la communion, un artisan de tant et tant de démarches de réconciliation, d’affection et de reconstruction.
Tout au long de sa vie elle a suscité des foyers d’amour, pour que la charité touche le cœur des hommes et que soient surmontés les germes de la haine et de la division. Car elle était certaine que l’amour surmonte tout. Et elle savait nous convaincre que ces foyers d’amour, si petits et si discrets qu’ils puissent être, peuvent transformer le monde.

Prions donc le Seigneur, pour qu’il nous donne cette joie profonde de nous retrouver autour du Christ à la table du Père, qu’il fasse grandir en nous le désir de partager cette joie avec nos frères et que notre vie toute entière devienne un foyer d’amour.
Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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