L’école catholique relève le défi de la diversité religieuse

L’école privée catholique attire un public divers, composé de chrétiens, musulmans, agnostiques, juifs. Comment fait-elle cohabiter tous ces enfants, tout en les élevant sous un regard chrétien ? Enquête.

« Moi, je lis souvent la Bible le soir, avant de me coucher. » La petite voix qui s’élève est celle d’une enfant fluette, aux traits fins. Elle répond à Magali O., la jeune institutrice de cette classe de CE2-CM1 de l’école privée catholique Saint-Sauveur (2e), qui mène l’enquête auprès des élèves pour savoir s’ils utilisent parfois ce livre. « Moi mes parents n’ont pas la Bible. Ça ne m’intéresse pas trop », avance une autre aux boucles brunes. Une troisième raconte qu’elle lit une autre Bible, tous les samedis, à la synagogue. Lors du cours de culture chrétienne auquel assiste une vingtaine d’élèves – ceux que leurs parents n’élèvent pas dans la foi catholique et qui ne sont pas en cours de catéchisme – on parle de Rome, de prière, des diverses traditions religieuses. « On ne découvre pas seulement la culture chrétienne, mais aussi le judaïsme. C’est intéressant d’apprendre beaucoup de choses », estime Alice [1], petite fille aux longs cheveux blonds. Mais pour elle, comme pour ses camarades, ce cours qui aborde la spiritualité chrétienne mais aussi musulmane ou juive n’est pas qu’une simple ouverture culturelle ; c’est aussi une porte pour « comprendre la religion de l’autre ». Depuis quelques années, l’école catholique est confrontée de façon inédite à cette réalité d’un public aux croyances diverses.

Le Christ, un homme de la rencontre

Certains établissements vont même au-devant de cette diversité. Dominique Paillard, de la communauté Saint-François-Xavier, est directrice du collège-lycée Charles Péguy (11e). Son établissement « accueille des chrétiens, mais aussi des familles et des jeunes d’autres traditions religieuses et sensibilités philosophiques. » « Quand on se plonge dans l’Évangile, on voit que le Christ est un homme de la rencontre. Il va sans cesse à la périphérie. Le mystère même de la Trinité nous invite à cette rencontre. Dieu ne reste pas enfermé sur lui-même. De même, l’Église ne dit pas : allez parler aux catholiques, mais à tous ! », expose-t-elle. Son ouverture la conduit à considérer que l’école catholique ne cherche pas à « convertir », mais à « emmener chaque croyant aussi loin que possible dans sa propre foi en vue d’un dialogue possible et fécond ». Les élèves juifs ou musulmans peuvent suivre sur place des enseignements de la part de croyants de leur propre tradition.

Nourrir la vie intérieure

Mais tous entendent parler de l’Évangile, qui leur donne à penser qu’ « il y a des chemins divers pour aller à Dieu », précise Dominique Paillard. Sur le terrain, les professeurs sont invités à « un infini respect pour le parcours et l’humanité de chacun. À comprendre que chaque homme est en chemin. Tous les non-croyants ont une vie intérieure ! » Les propositions variées de Charles Péguy, parmi lesquelles se trouvent des cours de culture religieuse, des rencontres interreligieuses, ou encore des propositions d’enseignement religieux et de vie sacramentelle pour les catholiques, cherchent à « éveiller, réveiller, nourrir cette vie intérieure ».

Construire une « école du dialogue, de la communion, de la rencontre, sans renoncer à indiquer la source qu’est le Christ », selon le souhait de Dominique Paillard, passe d’abord par un recrutement de professeurs qui partagent l’idée que l’homme est capable du bien et de la vérité. Cette anthropologie, argumente Jean-François Canteneur, directeur adjoint de l’Enseignement catholique, « tient en haute estime la capacité de l’homme à découvrir la vérité ». Elle croit dans le besoin qu’il a de rechercher cette vérité pour devenir adulte, et enfin, elle croit que « toute vérité conduit vers la Vérité unique, Jésus Christ ». Il souligne que la présence d’enseignants chrétiens est indispensable et que le caractère catholique d’un établissement s’établit, entre autres, sur le témoignage indirect des acteurs éducatifs qui évangélisent par l’exemple et « font comprendre ce qu’est la miséricorde de Dieu en donnant eux-mêmes l’exemple du pardon, de la confiance dans les capacités de chacun ».

Messe annuelle pour tous

Sur le terrain, maintenir le caractère chrétien des établissements n’est pas toujours aisé par manque d’élèves pratiquants. Un premier moyen est la célébration d’offices au sein de l’établissement scolaire. Le groupe scolaire Sœur Rosalie (5e), par exemple, a mis en place – outre les messes de rentrée, de sortie et de grand temps liturgique – une messe par an pour chacune des classes, qui doit être préparée par les élèves. « Tous viennent. On leur explique qu’ils entrent dans un projet d’école, qu’ils sont dans un établissement catholique qui propose une découverte du christianisme », explique Magali de M., adjointe en pastorale scolaire (APS) au collège. Les retours sont très positifs, et les élèves sont heureux de vivre ce moment d’intériorité qui les ouvre sur une dimension qui ne leur est pas toujours familière car peu d’élèves sont élevés dans la foi catholique et pratiquent de manière régulière.

Le contenu de l’enseignement religieux contribue aussi à créer un environnement à la fois chrétien et respectueux de tous. Au collège du groupe scolaire Sœur Rosalie, comme dans tous les autres établissements catholiques, les APS donnent des cours de culture chrétienne à tous les élèves. C’est une façon de parler de l’Évangile sans heurter les croyances de l’enfant ni les exigences des parents. En outre, chaque année, et parfois en cours de route, des élèves expriment le désir de recevoir le sacrement du baptême ou de la première communion. Magali de M. tente alors d’accompagner leur désir. Elle propose une vraie formation catéchétique à ceux dont les parents acceptent qu’ils cheminent vers le sacrement.

Les cours de culture chrétienne sont aussi une façon de transmettre aux enfants un regard chrétien sur la vie. En 4e, Magali de M. passe un temps de l’année à parler de l’appel, dans le christianisme, mais aussi dans la vie de chaque personne humaine. Elle rend ainsi les élèves sensibles à l’idée qu’ils sont eux aussi appelés à réaliser quelque chose et qu’ils ont tous des dons. Un autre moyen pour éduquer les élèves à un regard chrétien sur soi et les autres est de les impliquer dans une entreprise caritative. Cette année, les enfants peuvent vendre des bougies pour l’association Enfance et Partage. Ils s’y sont spontanément beaucoup investis.

Selon Jean-François Canteneur, l’école catholique donne avant tout la possibilité de dire qui on est, et donne à l’autre celle de le dire à son tour. Se dessine, en négatif, une critique d’une laïcité radicale, « où la moindre allusion à une foi quelconque menace l’équilibre de l’établissement. Dans une école confessionnelle, au contraire, on dit clairement qui on est, évitant ainsi la manipulation, et le refoulement des motivations profondes de chacun ». • Pauline Quillon

PRIVÉ/PUBLIC : LE DÉFI DE L’INTÉGRATION

Suite aux attentats de Charlie Hebdo, les écoles françaises ont connu des remous de la part d’élèves qui justifiaient le recours à la violence au nom du respect de l’islam. L’enseignement catholique privé sous contrat, au contraire, n’a que très peu connu ces contestations qui ont tant choqué l’opinion publique. Interrogé à ce propos, Frédéric Gautier, directeur diocésain de l’Enseignement catholique de Paris, a estimé que le calme maintenu dans le privé tenait au respect de la dimension religieuse de l’homme. Dans une tribune du 22 janvier parue dans le FigaroVox, il a ainsi déclaré que « beaucoup d’écoles catholiques associées à l’État par contrat apparaissent aujourd’hui, et de plus en plus, comme des lieux efficaces d’intégration de familles juives et musulmanes au sein de la nation, en raison même de leur référence chrétienne et de leur capacité à promouvoir en leur sein un authentique dialogue interreligieux ». • P. Q.

UNE PÉDAGOGIE CHRÉTIENNE

« Je te demande pardon », « Merci » : les élèves de l’école Saint-Sauveur peuvent communiquer avec leurs camarades en écrivant de petits mots glissés dans des boîtes dans un coin de la classe. Une façon d’éduquer chacun à « ces paroles de l’amour », « pas si simples à mettre en pratique », dont parlait le pape François lors de la catéchèse sur la famille, donnée mercredi 13 mai. • P. Q.

[1Les prénoms ont été changé.

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