Le christianisme et les femmes

P. N.-D. – Vous allez recevoir, à Rome, le prix Ratzinger, qui honore un travail théologique. Une partie de vos recherches porte sur la place de la femme dans la Bible. Qu’est-ce que vous en retenez ?

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Anne-Marie Pelletier, docteur en science des religions, enseignante au Collège des Bernardins et auteur, entre autres, du Signe de la femme (Éd. du Cerf).
© D. R.

Anne-Marie Pelletier – Les Écritures bibliques nous parlent d’un monde qui n’a plus grand-chose à voir avec le nôtre. En particulier les relations hommes-femmes s’y vivent sur un mode de type patriarcal. C’est dire qu’elles sont fondamentalement dissymétriques, et évidemment pas à l’avantage des femmes. Or la belle surprise est que, malgré cela, la Bible garde une étonnante actualité jusque sur ces questions. Toutes les difficultés qui se vivent entre hommes et femmes y trouvent écho. Mais non moins tous les bonheurs qu’ils partagent. Le Cantique des cantiques, qui fut l’objet de ma thèse, célèbre superbement cette relation, si bonne qu’elle sert de référence à la Révélation que Dieu fait de lui. Et de plus, lorsque l’on se met à lire en chaussant les bonnes lunettes, on s’aperçoit que des femmes, non moins que des hommes, sont présentes aux aiguillages décisifs de l’histoire de la révélation. Pas de patriarches sans les matriarches. Pas d’histoire de Moïse sans, au départ, des femmes qui se liguent pour la vie contre le projet meurtrier de Pharaon. Et que dire du mystère du salut qui ne se réalise que parce qu’à la volonté de Dieu correspond le « oui » de Marie ?

P. N.-D. - Que pensez-vous de l’évolution de la place des femmes dans l’Église ?

A.-M. P. – Soyons lucides ! De nombreuses chrétiennes qui sont quotidiennement, courageusement, au service de l’Évangile dans toutes sortes de lieux ecclésiaux ou non, ressentent avec douleur le fait d’être peu reconnues, peu entendues dans une Église catholique qui est incontestablement très masculine. Il existe bien un problème. Le fait qu’il ne soit pas visible par tous fait d’ailleurs partie du problème ! Poser la question de la reconnaissance et de l’estime des femmes dans l’Église apparaît encore trop souvent comme un acte de revendication agressive et déplacé. En même temps, il serait injuste de ne pas reconnaître les progrès déjà réalisés. Pas si banal que depuis Paul VI le discours magistériel s’adresse régulièrement aux femmes, exhorte à reconnaître la richesse du témoignage, la force du signe que constitue la vie chrétienne vécue au féminin. Le pape François exhorte à « ouvrir un chantier » sur la question. Ce qui veut dire qu’il y a fort à faire encore. Il a manifestement le souci d’associer de plus en plus les femmes aux responsabilités de la mission. En même temps, il ne s’agit pas simplement de traiter la question sur un mode fonctionnel, de redistribuer des pouvoirs. Il est nécessaire que s’engage une réflexion de fond, qui s’ouvre à l’ampleur de toute la vie de l’Église. À partir de là seulement, des évolutions institutionnelles pourront se faire sans que l’on soit dans une logique de rivalité ou de concurrence. Il est clair qu’il est capital que la parole des femmes puisse être entendue dans l’Église, spécialement sur les questions anthropologiques du moment. Les femmes ont un rapport au temps, à la vie, au corps, qui n’est pas celui des hommes. Comment pourrions nous avoir aujourd’hui une parole audible, dans notre société comme dans l’Église, si elle n’est pas le fruit d’une collaboration réelle entre chrétiens et chrétiennes, prêtres et laïcs ? Tout cela demande de part et d’autre vérité et humilité. Mais l’enjeu en vaut la chandelle ! •
Propos recueillis par Céline Marcon

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