« Les églises, on ne les abandonne pas ! »

Quel avenir pour nos 42 000 clochers ? Un sujet crucial pour les évêques comme pour les fidèles. Entretien avec Mgr Jacques Habert, évêque de Séez et président du groupe de travail sur les églises de la Conférence des évêques de France.

Paris Notre- Dame – Pourquoi avoir créé, en 2014, un groupe de travail sur les églises dont les travaux se sont conclus, le 10 mars, par un colloque au Collège des Bernardins ?

Mgr Jacques Habert – L’avenir de nos 42 000 clochers est un sujet crucial pour nous, évêques. Il est au carrefour de plusieurs préoccupations : ecclésiales, bien sûr, mais aussi patrimoniales, culturelles et politiques.

P. N.-D. – Certains ont peur que nos églises soient détruites ou transformées en mosquées. Or, une enquête publiée en 2016 dans le cadre de votre travail, révèle que cette peur est sans fondement…

Mgr J. H. – J’étais partisan qu’on fasse un colloque intitulé Les églises, on ne les abandonne pas ! parce qu’en effet, le phénomène est marginal [1]. L’Église ne pousse pas les désaffectations, au contraire ; mais s’il y en a, ce n’est pas non plus un drame. Qu’une certaine peur de l’islam réveille des personnes à la défense d’une identité chrétienne, c’est possible, mais nous ne sommes pas dans cette posture-là.

P. N.-D. – Le colloque est placé sous le thème Les églises, un enjeu pour tous. Quels enjeux et pour qui ?

Mgr J. H. – Pour les chrétiens d’abord. Ces églises, ce sont les vôtres. Si vous craignez pour leur avenir, parce que des messes ne peuvent y être célébrées de manière régulière, organisez, par exemple, des chapelets ou des temps de catéchèse. Une église ouverte, bien entretenue, est le signe que l’Église est vivante. À l’inverse, une église fermée, délabrée, est le signe que la foi est finie.

P. N.-D. – Un enjeu de taille dans le contexte de nouvelle évangélisation.

Mgr J. H. – L’église parle d’elle-même, mais il y a un effort à faire pour que le touriste ou l’homme en quête de sens puisse être touché par le lieu. Cela passe déjà, très concrètement, par son ouverture. Mais cela ne suffit pas : il faut qu’il y ait des explications, des panneaux, des gens à l’accueil pour guider les personnes. Que celles-ci comprennent que l’église n’est pas un lieu comme les autres.

P. N.-D. – Le risque est-il grand que l’église soit réduite à sa dimension patrimoniale et culturelle ?

Mgr J. H. – Beaucoup d’associations culturelles et patrimoniales sont intéressées pour utiliser nos édifices. On le leur permet volontiers car cela fait partie de la vocation de l’église, mais il faut une certaine vigilance. Car par sa consécration – sa dédicace – l’église est affectée au culte. Même la loi de 1905 parle d’une affectation « gratuite, permanente et exclusive », et indique que c’est à l’affectataire – le curé – de décider.

P. N.-D. – Cette loi de 1905 soulève également une problématique financière…

Mgr J. H. – Cette loi institue la séparation de l’Église et de l’État. Elle a eu pour conséquence, dans les années qui ont suivi, que les églises paroissiales sont propriétés des communes, et les cathédrales, celles de l’État. Sont donc en jeu des sommes considérables d’argent public. Cela oblige les catholiques à se situer dans la société. Soit ils se présentent comme un groupe sectaire : ici, on est chez nous. Soit, tout en respectant ce qu’ils sont, ils s’ouvrent : cette église est aussi la vôtre. Mais le risque opposé au repli identitaire est la salle polyvalente ! L’église est un lieu consacré, on ne peut pas y faire n’importe quoi. • Propos recueillis par Alexia Vidot

En chiffres

Depuis 1905, en Île-de-France :
- 12 églises ont disparu ou leur destination a changé
- 22 églises ont été reconstruites
- 300 églises ont été construites (avec la participation des Chantiers du cardinal depuis 1931).

[1Depuis 1905, 0,60% des églises et chapelles existantes en France ont été aliénées, dont douze en Île-de-France.

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