Les questions posées au pape François à l’église anglicane de Rome

L’église de All Saints commença par un groupe de fidèles britanniques, mais c’est désormais une Congrégation internationale, avec des personnes provenant de divers pays. Dans certaines régions de l’Afrique, de l’Asie ou du Pacifique, les relations œcuméniques entre les Églises sont meilleures et plus créatives qu’ici en Europe. Que pouvons-nous apprendre de l’exemple des Églises du Sud du monde ?
« Merci, c’est vrai. Les Églises jeunes ont une vitalité différente, parce qu’elles sont jeunes. Et elles cherchent une manière de s’exprimer différemment… »

Votre prédécesseur, le Pape Benoît XVI, a mis en garde contre le risque, dans le dialogue œcuménique, de donner la priorité à la collaboration dans l’action sociale, au lieu de suivre le chemin plus exigeant de l’accord théologique. Il semble que vous préfériez le contraire, c’est-à-dire « marcher et travailler » ensemble pour atteindre l’objectif de l’unité des chrétiens. Est-ce vrai ?

Je ne connais pas le contexte dans lequel le Pape Benoît a dit cela, je ne le connais pas et c’est pourquoi je me trouve ici un peu en difficulté, cela me met dans l’embarras pour répondre... Il a voulu dire cela ou pas... Peut-être cela a-t-il été dit dans un dialogue avec les théologiens... Mais je n’en suis pas sûr. Les deux choses sont importantes. Cela est certain. Laquelle des deux a la priorité ?... Et d’autre part, il y a la célèbre phrase d’Athénagoras — qui est vraie, parce que j’ai posé la question au patriarche Bartholomée, qui m’a dit : « Cela est vrai » —, quand il a dit au bienheureux Pape Paul VI : « Faisons l’unité entre nous, et mettons tous les théologiens sur une île pour qu’ils réfléchissent ! ». C’était une plaisanterie, mais vraie, historiquement vraie ; j’en doutais, mais le patriarche Bartholomée m’a dit que c’était vrai. Mais quel est le noyau de cela, parce que je crois que ce qu’a dit le Pape Benoît est vrai : on doit chercher le dialogue théologique pour chercher également les racines..., sur les sacrements..., sur tant de choses à propos desquelles nous ne sommes pas encore d’accord... Mais on ne peut pas faire cela en laboratoire : on doit le faire en marchant, le long du chemin. Nous sommes en chemin et en chemin également nous discutons. Les théologiens le font. Mais entre temps, nous nous aidons, nous, les uns les autres, dans nos besoins, dans notre vie, nous nous aidons également spirituellement. Par exemple, dans le jumelage, il y avait le fait d’étudier ensemble l’Écriture, et nous nous aidons dans le service de la charité, dans le service des pauvres, dans les hôpitaux, dans les guerres... C’est très important, cela est très important. On ne peut pas faire le dialogue théologique en étant immobiles. Non. Le dialogue œcuménique se fait en marchant, parce que le dialogue œcuménique est un chemin, et les choses théologiques se discutent en chemin. Je crois qu’avec cela, je ne trahis pas l’esprit du Pape Benoît, ni même la réalité du dialogue œcuménique. C’est ainsi que je l’interprète. Si je connaissais le contexte dans lequel cette expression a été dite, je dirais peut-être autre chose, mais c’est ce qui me vient à l’esprit.

L’église de All Saints commença par un groupe de fidèles britanniques, mais c’est désormais une Congrégation internationale, avec des personnes provenant de divers pays. Dans certaines régions de l’Afrique, de l’Asie ou du Pacifique, les relations œcuméniques entre les Églises sont meilleures et plus créatives qu’ici en Europe. Que pouvons-nous apprendre de l’exemple des Églises du Sud du monde ?

« Merci, c’est vrai. Les Églises jeunes ont une vitalité différente, parce qu’elles sont jeunes. Et elles cherchent une manière de s’exprimer différemment. Par exemple, une liturgie ici à Rome, ou bien à Londres ou encore à Paris, n’est pas la même qu’une liturgie dans ton pays, où la cérémonie liturgique, même celle catholique, s’exprime à travers la joie, la danse et tant de formes différentes qui sont propres à ces Églises jeunes. Les Églises jeunes ont plus de créativité ; et au début, ici aussi en Europe, c’était la même chose : on cherchait... Quand tu lis, par exemple, dans la Didaché, comment on célébrait l’Eucharistie, la rencontre entre les chrétiens, on voit une grande créativité. Ensuite, en grandissant, en grandissant, l’Église s’est bien consolidée, elle a grandi et est arrivée à un âge adulte. Mais les Églises jeunes ont plus de vitalité et elles ont également eu soin de collaborer, un besoin fort. Par exemple, je suis en train d’étudier, mes collaborateurs sont en train d’étudier, la possibilité d’un voyage au Soudan du Sud. Pourquoi ? Parce que tous les évêques sont venus, l’anglican, le presbytérien et le catholique, les trois ensemble, pour me dire : « S’il vous plaît, venez au Soudan du Sud, seulement une journée, mais ne venez pas seul, venez avec Justin Welby », c’est-à-dire avec l’archevêque de Canterbury. C’est d’elles, des Églises jeunes, qu’est venue cette créativité. Et nous réfléchissons pour savoir si cela peut se faire, si la situation le permet là-bas… Mais nous devons le faire parce qu’eux, tous les trois ensemble, veulent la paix, et ils travaillent ensemble pour la paix… Il y a une anecdote très intéressante. Quand le bienheureux Paul VI a célébré la béatification des martyrs de l’Église de l’Ouganda — une Église jeune —, parmi les martyrs — ils étaient tous catéchistes, jeunes — certains étaient catholiques et d’autres anglicans, et tous ont été martyrisés par le même roi, en haine de la foi et parce qu’ils n’avaient pas voulu accepter les sales propositions du roi. Et Paul VI s’est trouvé dans l’embarras, parce qu’il disait : « Je dois béatifier les uns et les autres, ce sont des martyrs les uns et les autres ». Mais à ce moment, dans l’Église catholique, il n’était pas tellement possible de faire cette chose. Le Concile venait de se dérouler… Mais cette Église jeune célèbre aujourd’hui les uns et les autres ensemble ; Paul VI lui aussi dans l’homélie, dans le discours, lors de la Messe de béatification, a voulu nommer les catéchistes anglicans martyrs de la foi au même niveau que les catéchistes catholiques. C’est ce que fait une Église jeune. Les Églises jeunes ont du courage, parce qu’elles sont jeunes ; comme tous les jeunes, elles ont plus de courage que nous… qui ne sommes pas très jeunes !

Et ensuite mon expérience. J’étais très ami des anglicans à Buenos Aires, parce que l’arrière de la paroisse de la Merced communiquait avec la cathédrale anglicane. J’étais très ami de l’évêque Gregory Venables, très ami. Mais il y a une autre expérience : dans le nord de l’Argentine, il y a des missions anglicanes avec les aborigènes et des missions catholiques avec les aborigènes, et l’évêque anglican et l’évêque catholique de là-bas travaillent et enseignent ensemble. Et quand les gens ne peuvent pas aller le dimanche à la célébration catholique, ils vont à l’anglicane, et les anglicans vont à la catholique, parce qu’ils ne veulent pas passer le dimanche sans une célébration ; et ils travaillent ensemble. Et ici, la Congrégation pour la doctrine de la foi le sait. Et ils font la charité ensemble. Et les deux évêques sont amis et les deux communautés sont amies.

Je crois que c’est une richesse que nos Églises jeunes peuvent apporter à l’Europe et aux Églises qui ont une grande tradition. Et ces dernières peuvent nous donner la solidité d’une tradition très, très soignée et profondément pensée. Il est vrai que l’œcuménisme dans les Églises jeunes est plus facile. C’est vrai. Mais je crois que — et je reviens à la deuxième question —, dans la recherche théologique, l’œcuménisme est peut-être plus solide dans une Église plus mûre, plus habituée à la recherche, à l’étude de l’histoire, de la théologie, de la liturgie, comme l’est l’Église en Europe. Et je crois que cela ferait du bien aux deux Églises : d’ici, de l’Europe, d’envoyer plusieurs séminaristes pour faire des expériences pastorales dans les Églises jeunes, où l’on apprend tant. Ils viennent des Églises jeunes pour étudier à Rome, tout au moins les catholiques, nous le savons. Mais les envoyer voir, apprendre des Églises jeunes serait une grande richesse dans le sens que vous avez dit. L’œcuménisme est plus facile là-bas, il est plus facile, ce qui ne veut pas dire plus superficiel, non, il n’est pas superficiel. Ils ne font pas de concession sur la foi et l’identité. Cet aborigène te dit, au nord de l’Argentine : « Je suis anglican ». Mais il n’y a pas d’évêque, il n’y a pas de pasteur, il n’y a pas de révérend… « Je veux louer Dieu le dimanche et je vais à la cathédrale catholique », et vice versa. Ce sont des richesses des Églises jeunes. Je ne sais pas, c’est ce que j’ai envie de te dire.

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