L’Église
Catholique
À Paris

Mon âme par toi guérie

François Dupeyron

François Dupeyron, 2013. Critique du père Denis Dupont-Fauville.

Un film plein de promesses, mais décousu et décevant.

L’histoire a tout pour plaire. Frédi, un marginal interprété avec la force hésitante et la bonhomie tendre de Grégory Gadebois, vivote d’expédients sans vouloir utiliser le don de guérisseur que sa mère lui a laissé en mourant. Mais les circonstances vont l’obliger à s’ouvrir aux autres et à laisser passer l’amour.

Sur cette trame, beaucoup pouvait être filé et de nombreux thèmes ou embryons de problématiques s’esquissent d’ailleurs en cours de route, sans éviter toujours l’impression d’un matériau composite, fait de bric et de broc : la vie des déclassés forcés d’habiter dans des mobil homes le long de départementales, l’ouverture aux autres par l’acceptation de soi, le combat de l’égoïsme et de l’altruisme chez un timide, l’amitié virile et la reconstruction personnelle, la découverte de la femme à travers la fréquentation de plusieurs partenaires, la nostalgie de la famille dans une société décomposée, la griserie et la fuite, la séduction et la vérité, la rencontre des solitudes, etc.

Deux atouts principaux portent le film. D’abord l’extraordinaire performance de certains de ses acteurs, au premier rang desquels Jean-Pierre Darroussin dans le rôle du père du héros. Grégory Gadebois, sans être aussi confondant de naturel que dans Angèle et Tony, livre lui aussi une prestation de grande classe. Plusieurs figures féminines sont également marquantes, Marie Payen (dans le rôle de la “voisine - meilleure copine - amour inavoué”) et Nathalie Boutefeu (dans celui de la mère d’une enfant malade) notamment. Ensuite, la maîtrise étonnante du chef opérateur Yves Angelo, tout en fluidité et nuance, avançant et reculant de manière imperceptible autour des personnages au point que la caméra semble souvent le protagoniste d’un dialogue avec ceux-ci. Quelques scènes sont ainsi littéralement magnifiques, telle celle des copains plaisantant au bar autour d’une histoire entre Marie et Joseph, si courte qu’elle vaut surtout par ses non dits et devient le symbole du jeu difficile entre les hommes et les femmes : sur un texte presque injouable, nous avons là une vraie tranche d’humanité fraternelle.

Mais ces qualités ne suffisent pas à sauver Mon âme par toi guérie de l’ennui. Le temps se fait de plus en plus long à mesure que l’histoire déroule son lot de surprises, à la fois convenu et sans axe véritable. Les différentes facettes du scénario ne sont bientôt plus unies que par la répétition jusqu’à plus soif (encore que) d’absorption de bière 1664. Le maintien de l’espoir veut se donner à voir dans le refus de tout sens : ni “construction” narrative, ni interprétation acceptée, la seule constante, au-delà de quelques charges violentes et gratuites contre les chrétiens (qu’on ne voit d’ailleurs pas), étant l’émerveillement devant la gentillesse des faibles et la fascination devant un au-delà dénué de surnaturel. Du coup, le spectateur, malgré la multiplicité des approches, n’a nulle part où se tourner.

Ceci se reflète aussi dans la manière de filmer : si le contrejour systématique cherche sans doute à signifier que nous n’arrivons pas à tout voir, il aboutit au tour de force de nous faire mal aux yeux avec la lumière d’hiver en Méditerranée. Quant à la fin, elle semble à la fois terriblement artificielle et prévisible, ce que renforce le jeu assez outré de Céline Sallette.

Peut-être l’écriture du roman initial, d’où le film est tiré, permettait-elle de pallier ce sentiment croissant de longueur et de décomposition du récit. Dommage, car avec les atouts présents il y avait sans doute autre chose à faire que « Mon bobo chez les pauvres ».

Denis DUPONT-FAUVILLE
17 octobre 2013

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