« Notre avenir n’est pas dans une sortie de l’humanité, mais dans sa sanctification »

Les 19 et 20 mai, un colloque est venu conclure le séminaire Humanisme, transhumanisme, posthumanisme du département d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins (5e). Entretien avec son co-directeur, le P. Brice de Malherbe.

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Promesses, utopies et nouveaux prophètes, un thème abordé lors du colloque par, de gauche à droite, Françoise Brulliard, Jean- Gabriel Ganascia, Anne-Laure Boch, modérateur, et Pierre Pollack.
© Océane Qiu

Paris Notre-Dame – Qu’est-ce que le transhumanisme ?

P. Brice de Malherbe – Deux idées fortes traversent ce courant idéologique : la volonté de prolonger indéfiniment la vie et d’augmenter radicalement les performances humaines – physiques, psychiques et cognitives – grâce à une symbiose entre l’homme et les artefacts issus des nouvelles technologies. Dans le royaume des post-humains, l’homme est aussi performant que les robots et les ordinateurs. La machine est promue comme le modèle de l’homme. Son idéal. Le transhumanisme implique ainsi un changement total d’anthropologie.

P.N.-D. – En quoi cette approche mécaniciste de l’homme est-elle dangereuse ?

P. B. M. – En 2004, Francis Fukuyama a qualifié le transhumanisme de « plus grand danger pour notre temps ». Ce danger n’est autre que la négation de l’homme dans sa dignité unique et spécifique. Jacques Ellul l’avait prédit en son temps : à partir d’un certain niveau de technique, on n’est plus dans l’amélioration de la condition humaine, mais dans la déshumanisation. À commencer par la négation du plus faible, de celui qui ne répond pas au critère de performance, ce nouveau facteur de sélection des personnes. Pas étonnant que les transhumanistes encouragent la sélection prénatale qui, pour le coup, est déjà bien réelle.

P.N.-D. – Le royaume post-humaniste est-il déjà instauré ?

P. B. M. – Il ne faut pas se concentrer sur les fantasmes des transhumanistes tels que les machines réceptrices de cerveaux humains. Mais être attentif à la logique technologique qui envahit notre quotidien et qui, sans se revendiquer du transhumanisme, a des conséquences importantes. Ainsi, par exemple, de l’omniprésence du téléphone portable. Ainsi de la proposition du Parlement européen de donner aux robots un statut juridique de personne. Ainsi de la médecine proactive qui considère la santé comme un capital risque. Face à l’attitude libérale libertaire qui refuse toute régulation et toute objection éthique au nom du principe d’innovation, il faut appeler au discernement.

P.N.-D. – Quand la science-fiction devient réalité, comment ne pas céder à la peur ?

P. B. M. – Certes très minoritaires – quelques centaines –, les transhumanistes activistes sont soutenus par les acteurs importants de l’économie mondiale. Ils sont Goliath. Nous sommes David. Cependant, il n’y a pas de fatalité. Le pape François nous invite à redire la bonne nouvelle que sont les hommes et femmes de chair et d’os. Notre avenir n’est pas dans une sortie de l’humanité – le cyborg – mais dans sa sanctification. La vraie amélioration est au niveau de notre vie intérieure et relationnelle. À partir de là, nous pourrons discerner ce qui est juste ou non dans nos comportements vis-à-vis, notamment, des nouvelles technologies. Les chrétiens, je le crois, sont appelés à adopter un mode de vie plus sobre, plus franciscain en somme.

Propos recueillis par Alexia Vidot

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