Œcuménisme de la persécution

Le 22 avril 2013, soit il y a déjà plus de quatre ans, deux évêques d’Alep étaient enlevés et sont toujours aux mains de leurs ravisseurs, Paul Yazigi, pour les grecs-orthodoxes d’Antioche, et Jean Ibrahim, pour les syriens-orthodoxes. Les communautés orthodoxes et catholiques étaient unies dans l’espérance et la détermination pour la célébration des vêpres dans la petite église dédiée à sainte Hélène à Vaucresson, qui abrite le siège épiscopal pour les Grecs orthodoxe du patriarcat d’Antioche. A cette occasion des personnalités chrétiennes orientales ont fait allusion au rôle particulier que la France s’est donné depuis longtemps en Orient.

Les évêques syriaque et grec orthodoxe d’Alep enlevés et toujours disparus.

Le 22 avril 2013, soit il y a déjà plus de quatre ans, deux évêques d’Alep étaient enlevés et sont toujours aux mains de leurs ravisseurs, Paul Yazigi, pour les grecs-orthodoxes d’Antioche, et Jean Ibrahim, pour les syriens-orthodoxes. À l’invitation d’Ignace El Hochi, archevêque antiochien orthodoxe pour la France, l’Europe occidentale et méridionale du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, l’évêque des syriaques orthodoxes en Europe avait fait le voyage de Bruxelles, et il était accueilli par le Père Yacup Aydin, curé de cette communauté à Montfermeil. Les communautés orthodoxes et catholiques étaient unies dans l’espérance et la détermination : Grecs-orthodoxes, syriaques orthodoxes, grecs-catholiques représentés par Mgr Charbel Maalouf, curé de saint Julien le pauvre, maronites, le représentant du cardinal André Vingt-Trois, Mgr Marc du patriarcat de Roumanie pour l’Europe occidentale, unis pour la célébration des vêpres dans la petite église dédiée à sainte Hélène à Vaucresson, banlieue résidentielle et tranquille, qui abrite le siège épiscopal pour les Grecs orthodoxe du patriarcat d’Antioche.

Les responsabilités de l’Occident, de la France en particulier, en Orient

Mgr Ignace et d’autres personnalités chrétiennes orientales ont fait allusion au rôle particulier que la France s’est donné depuis longtemps en Orient. Ce rôle lui est bien volontiers reconnu et devrait se traduire aujourd’hui par un engagement politique clair. Le rôle qu’on attend de la France en Orient se fonde sur l’histoire. Après la chute de Constantinople en 1453, le patriarche Gennade II Scholarios reçoit des mains du Sultan le bâton pastoral, signe de sa charge. Il doit quitter Sainte Sophie pour l’Église des Saints Apôtres. Cependant, son pouvoir comme chef civil et religieux des chrétiens de l’Empire est renforcé. En 1461, l’archevêque arménien Grégorien de Brousse est lui aussi établi à la tête de la nation (vilayet) arménienne de l’Empire ottoman. Face à l’Empire ottoman, les nations chrétiennes prennent acte de la fin de l’Empire byzantin qu’elles n’ont pu aider à se maintenir, et jouent la collaboration. Ainsi, la France de François Ier négocie les Capitulations pour « protéger les chrétiens d’Orient » et promouvoir ses intérêts nationaux. Louis XV signera de nouvelles Capitulations, le 28 mai 1740.

L’Occident et la question d’Orient

Les autres nations occidentales ne sont pas en reste. Officiellement, toutes veulent protéger les Lieux Saints et reprennent, en l’adaptant à leurs intérêts, le thème, usé au cours du Moyen Âge, de la politique pontificale de la croisade, dont l’objectif était de préserver l’accès aux Lieux saints et de protéger les pèlerins et les chrétiens orientaux. Par exemple, l’Autriche obtient par le traité de Karlowitz du 20 janvier 1699 la protection des chrétiens et l’Empereur allemand Guillaume II fait édifier à Jérusalem l’église luthérienne et la basilique de la Dormition de la Vierge sur le mont Sion. Les papes restent jusqu’au XVIIIe siècle dans la logique de la croisade, c’est-à-dire de l’expulsion des Ottomans de l’ancien Empire byzantin ; par la suite, les puissances continentales reprendront cet objectif dans une optique nationaliste. Les nations européennes profitent de toute façon du déclin ottoman pour reconquérir du terrain ; ainsi, l’Autriche-Hongrie reprend Buda en Hongrie en 1686. Le 13 juin 1700, la Russie obtient le droit de protectorat des pèlerins orthodoxes en Terre Sainte ; le traité du 22 juillet 1774 renforce ce droit, ce qui est une pierre jetée dans le jardin du patriarche œcuménique. L’Occident a donc des intérêts en Orient et l’avènement des régimes démocratique s’inscrit dans la poursuite de la même politique .

La France est attendue aujourd’hui

La France de la IIIe République soutiendra en Orient et dans ses colonies les Congrégations religieuses qu’elle persécute en Métropole… Aujourd’hui, l’Église de France agit notamment à travers l’Œuvre d’Orient, mais beaucoup d’Orientaux, chrétiens ou d’autres religions, sont en attente d’une action diplomatique et politique plus ambitieuse. Sur le plan politique, l’influence de la France peut contribuer à refonder l’état de droit en Syrie et au Liban et aider à reconstituer un équilibre entre pouvoir central et communautés, équilibre qui dans ces deux pays penche aujourd’hui du côté d’un système féodal. Des amis chrétiens orientaux plaident pour que la France adapte sa doctrine de la laïcité au contexte oriental, pour éviter l’aveuglement sur les questions socioreligieuses et favoriser la cohabitation harmonieuse des communautés dans un état de droit qui est le but de la laïcité.

Maintenir la flamme

Durant l’office célébré pour le retour des deux évêques d’Alep, nous n’avons pas oublié les victimes des attentats anti-chrétiens qui se sont multipliés en Orient comme en Occident. Les initiatives de prières œcuméniques sont aussi l’occasion de nous découvrir, de nous comprendre et d’éprouver aussi la proximité spirituelle et théologique. Puissent nos prières porter des fruits d’unité, dont les évêques Paul et Jean d’Alep, chefs de communautés chrétiennes différentes, confessent dans leur captivité l’unique Chef et Sauveur de son unique Église, Jésus-Christ.

P. Jérôme Bascoul

Éditorial

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