Péguy, un écrivain inclassable

P. N.-D. – Vous allez participer à une table ronde sur Charles Péguy (1873- 1914) au Collège des Bernardins, le mardi 23 septembre. [1] . Quelle sont les particularités de l’oeuvre de cet écrivain français ?

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Claire Daudin, écrivain et présidente de l’association « L’amitié Charles Péguy »
© Céline Marcon

Claire Daudin – Elle est marquée par le ton du débat et souvent par l’invective à des interlocuteurs particuliers. C’était un auteur engagé qui prenait position sur des sujets de son époque et dénonçait vigoureusement tout ce qu’il considérait comme des injustices. Il a par exemple défendu le capitaine Alfred Dreyfus. Son style vigoureux et inclassable s’explique en partie par le contexte de publication de ses écrits : ils ont quasiment tous été publiés de son vivant dans les Cahiers de la quinzaine. C’était une revue politique, qu’il avait fondée en 1900, où il mettait en avant un socialisme d’ouverture, donnait de la place aux faits bruts et laissait s’exprimer la pluralité des opinions. C’est seulement après sa mort que ses textes ont été regroupés et publiés sous forme de livres ; et que le milieu littéraire l’a alors reconnu comme un grand écrivain. Pour moi, l’ensemble de sa production est remarquable car elle est portée par un souffle poétique.

P. N.-D. – Certains de ses écrits sont inspirés par sa foi. Quelle en est l’originalité ?

C. D. – La beauté de ses vers, notamment sur la Vierge Marie, a touché et touche encore aujourd’hui un large public. Il me semble cependant injuste de réduire son œuvre chrétienne à ses poèmes. La dimension théologique de certains de ses textes en prose est moins connue et, pourtant, elle peut nourrir une intériorisation du mystère divin. Charles Péguy a secoué la pensée chrétienne de son époque et déclenché des polémiques par ses positions inhabituelles. Il a affirmé, par exemple, l’importance de la liberté de l’homme dans la question du salut et a souligné le lien entre le spirituel et le charnel. Aujourd’hui, de nombreux chrétiens reconnaissent l’intérêt de sa réflexion.

P. N.-D. – Que sait-on de son cheminement spirituel ?

C. D. – Il a reçu une éducation catholique pendant son enfance mais il a rompu avec l’Église, au lycée, entre autres parce qu’il désapprouvait sa conception de l’enfer. Progressivement, il a retrouvé la foi grâce à l’approfondissement des Évangiles et des textes liturgiques. C’est en 1910, à l’âge de 37 ans, qu’il s’est revendiqué publiquement comme catholique. Contrairement à certaines idées reçues, il n’a nullement été question d’une conversion subite et d’une rupture avec sa vie passée, marquée par un militantisme socialiste. Il a bien démontré, dans son essai Notre jeunesse, la cohérence entre sa foi et ses engagements politiques : la vertu de la charité et son empathie envers les souffrants ont toujours été au cœur de ses luttes. La question du mal le taraudait particulièrement. Ses écrits révèlent néanmoins une évolution de sa foi. L’espérance y a pris au fil des années de plus en plus de place. S’il est resté jusqu’au bout un homme de combat, il a gagné au cours de sa vie en paix intérieure. • Propos recueillis par Céline Marcon

Association « L’amitié Charles Péguy »
www.charlespeguy.fr

[1À 18h30, sur la nouvelle édition des Œuvres poétiques et dramatiques de Charles Péguy (sous la direction de Claire Daudin, Éd. Gallimard, collection « la Pléiade »), et à 20h, sur le thème « Charles Péguy, anticlérical et théologien ? » Le cycle « Charles Péguy » se poursuivra, entre autres, par des cours publics de l’École Cathédrale. Plus d’infos : 01 53 10 74 44 ; www.collegedesbernardins.fr

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