Intervention du cardinal André Vingt-Trois lors du rassemblement « Ensemble pour l’Europe » organisé par plusieurs mouvements chrétiens

Salle de la Mutualité (5e) – Samedi 16 mai 2009

Rassemblement organisé par Fondacio, Sant’Egidio, Verbe de vie, Communauté du Chemin Neuf, END, CLER, AFC, Mvt Sève, Pax-Christi, Fédération Protestante de France, ACAT, Mouvement de jeunesse Orthodoxe,…

Intervention du cardinal André Vingt-Trois lors de la table-ronde finale, après le Pasteur Baty et le P. Valentin qui lisait le message de Mgr Emmanuel Adamakis

On nous dit que les élections européennes n’intéressent pas beaucoup de monde et que les partis politiques ont du mal à se mettre en campagne. C’est là le signe que la construction européenne elle-même peine. Elle souffre d’une méconnaissance de la part des peuples au service desquels elle existe.

Cette ignorance est d’ailleurs une ingratitude. En effet, comme cela est souvent évoqué, cette Europe imparfaite que nous connaissons, n’est certes pas encore arrivée au terme de sa maturité ni peut-être même de sa forme, mais elle nous a procuré plus d’un demi siècle de paix et un développement économique important.

D’une manière plus prospective, je voudrais vous proposer les trois réflexions suivantes :

Depuis 1989, nous avons pu constater la capacité de cette Europe imparfaite à s’élargir et à accueillir de nouveaux pays tout en développant une plus grande libéralisation. Mais dans le même temps, face à l’expérience universelle de la mondialisation, nous avons vu se développer les germes d’un retour risqué du protectionnisme économique, culturel et politique, tant au niveau de l’ensemble de la communauté européenne, qu’au niveau de chacun de ses nouveaux membres. Ainsi, comme beaucoup d’autres réalités de ce monde, l’Europe est capable de s’élargir et dans le même temps de se fermer, elle peut accueillir de nouveaux membres et simultanément nourrir des phénomènes de rejet à leur égard, elle arrive à se développer comme un corps puissant tout en refoulant ceux que sa puissance attirent. C’est pourquoi nous ne devons pas oublier la manière dont l’Europe occidentale a su réfléchir, mettre en œuvre et, je l’espère, assimiler son élargissement vers l’Europe de l’Est pour déterminer l’attitude globale de la grande Europe à l’égard des autres pays du monde. Nous ne pouvons pas vouloir vivre une unité européenne garante de justice et de paix, si nous la construisons non plus divisée par le rideau de fer, mais encerclé par le mur de Schengen. La question qui nous est posée est de savoir si nous voulons devenir plus forts pour nous protéger des autres ou plus forts pour accueillir les autres.

Deuxièmement, je voudrais que nous nous encouragions pour mener notre mission de chrétiens du mieux que nous pouvons dans ce contexte européen. La mission de l’Europe est de promouvoir la paix et le progrès. Comment sommes-nous des artisans de paix ? Comment pouvons-nous œuvrer pour que les fruits du progrès profitent à ceux qui n’y ont pas encore accès ? Car sinon, nous risquons de devenir d’avantage les protecteurs de nos racines que les promoteurs de ces objectifs. On ne construit pas un projet simplement en faisant mémoire. Le ressort d’un vrai progrès est de mobiliser un patrimoine pour un projet d’avenir. Si nous sommes fiers des racines chrétiennes de l’Europe, nous devons en déployer la richesse dans la proposition et la construction d’un projet d’une Europe ouverte au monde.

Enfin, il me semble que l’expérience que vous avez vécu aujourd’hui, qui est elle-même le reflet de ce que vous vivez le reste du temps, doit pouvoir servir plus largement la construction européenne, en particulier à propos des deux questions suivantes. Premièrement, comment la vie et l’expérience de chacune de nos églises peut-elle être une référence pour un mode de vie sociale ? Le type de rapports sociaux qui se construit dans nos églises autour du commandement de la charité peut-il servir de référence pour l’ensemble de la société qui nous entoure ? Et deuxièmement, comment les relations que nous vivons entre les églises chrétiennes et que nous appelons œcuménisme, peuvent-elles devenir une promesse, une espérance, ou tout au moins un appel pour que les rapports entre les hommes ne soient plus définis par les conflits présents ou passés ou par les différents qui pourraient les opposer légitimement ? Les disciples du Christ cherchent à assumer ce qui les oppose dans la charité qui les fait échapper au protectionnisme, au nationalisme et à l’isolationnisme. Dès lors comment les relations entre nos Églises peuvent-elles servir de référence pour progresser dans la communication entre des nations qui ont vécu des histoires différentes et qui ont nourri une culture différentes ?

André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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