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Invictus

Clint Eastwood

Invictus, le nouveau film du réalisateur américain Clint Eastwood, vient de sortir dans les salles de cinéma en France. Le P. Denis Dupont-Fauville, intervenant au sein du pôle cinéma du Collège des Bernardins, décrypte cette œuvre cinématographique qui réunit à la fois le rugby et Nelson Mandela, dans une parabole aux accents universels.

Au-delà des apparences

Classique, apparemment. Ultra-classique. Pourrait-il en être autrement, pour un film au titre latin, réalisé par un maître actuel du cinéma, avec cette histoire (vraie) d’une équipe de rugby sud-africaine dépassant les tensions de l’apartheid et menant tout un peuple vers la victoire par la grâce de Nelson Mandela, homme providentiel ? Une longue montée vers un happy end prévisible, un scénario qui forcément finira bien.

Et pourtant. Le titre lui-même devrait mettre en garde contre les jugements faciles : c’est en fait celui d’un poème anglais de l’époque victorienne, qui aidera les héros à surmonter les préjugés hérités de l’empire britannique. Aucun simplisme, donc : pas de personnage totalement positif, pas de méchant complètement antipathique. Durant tout le film, on redoutera un attentat qui ne viendra jamais : car l’ennemi est intérieur à chacun et ne peut être vaincu qu’en décidant de servir les autres. Aussi les membres des services de sécurité sont-ils emblématiques du chemin que nous avons à faire pour trouver la véritable paix. (...)

Les exigences du pardon

Le vrai sujet de cette grande œuvre est sans doute celui-ci : comment la fraternité ne devient possible qu’avec le choix de pardonner coûte que coûte, en acceptant d’avance de prendre des coups, qu’on soit président ou rugbyman ; comment ce pardon lui-même, toujours personnel, possède inexplicablement une force contagieuse. L’endroit d’où tout partira n’est autre que la cellule de Mandela, montrée au milieu du récit et à laquelle fait écho, en images, le creuset de l’Ellis Park Stadium où se joua la coupe du monde de rugby. Mais pour passer du président charismatique au peuple réconcilié, il faudra toute l’histoire de la « conversion » du capitaine des Springboks et, avec lui, de son équipe, de sa famille, de bien d’autres encore.

Cette progression ne se fait pas sans heurts. Tout au long du film, la fluidité des déplacements en voiture s’oppose aux percussions sur les terrains de sport, jusqu’au moment où la voiture du président n’avancera plus qu’au rythme des piétons en liesse. Le rugby, ici, devient parabole : dès la première image, celle d’un terrain où des blancs s’entraînent, séparés par des barrières d’enfants noirs qui jouent au foot, toute la violence de l’apartheid est résumée. Tandis qu’à la fin, le générique ne montre plus que du rugby, d’abord par des plans fixes de joueurs blancs en apesanteur, puis par une séquence de gamins noirs qui s’initient maladroitement. Comment mieux dire le passage de relais ?

Une leçon d’humanité

Une nouvelle fois, Clint Eastwood part d’une situation qui pourrait conduire à un alignement de clichés et de bons sentiments pour nous conduire, de façon subtile et limpide, jusqu’à l’affrontement de nos propres peurs et de la complexité humaine. Le spectateur ne sort pas de la salle simplement joyeux, mais profondément heureux : parce que le bien a gagné, mais surtout parce qu’il peut encore vaincre dans chacune de nos vies, ce dont ce film si maîtrisé témoigne avec une criante vérité.

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