Conférence du cardinal André Vingt-Trois lors de la rencontre avec les animateurs et responsables pastoraux du Parcours Alpha

Saint-François d’Assise – Samedi 23 janvier 2010

Le cardinal Vingt-Trois ouvrait la rencontre, conjointement avec le Pasteur Claude Baty.

Conférence du Cardinal André Vingt-Trois

Pour faire suite à ce que vient de nous dire le Pasteur Baty, je voudrais vous partager quelques réflexions autour de ce que nous attendons, de ce que nous pourrions ou devrions attendre du parcours Alpha dans nos communautés chrétiennes. Je vous propose de différencier trois degrés d’attente, dans un ordre croissant de préférence.

1. Raffermir la communauté chrétienne

La première chose que nous pouvons attendre du parcours Alpha est de fournir à des chrétiens participant à la vie de leur Église un lieu de réconfort et de raffermissement. Ceci est loin d’être négligeable dans une société telle que la nôtre, dans laquelle un certain nombre de chrétiens vivent leur foi d’une façon contestée, voire attaquée. Il est normal – et ce n’est pas un péché - qu’ils aient besoin de temps en temps de se sentir encouragés dans leur adhésion au Christ, de voir qu’ils ne sont pas seuls, d’apprendre à dire les mots de la foi dans un environnement parfois hostile ou non.
Comme de plus Alpha ajoute la convivialité et la cordialité au partage de la foi, cela ne gâte rien et vient répondre à une attente de nos contemporains, peut-être d’avantage en milieu urbain.

2. Réveiller les chrétiens

La deuxième attente me semble correspondre étroitement à l’intuition et à la première mise en œuvre des cours Alpha. Il s’agit de la fonction de réveil. Nous prenons de plus en plus conscience qu’un certain nombre de membres de nos communautés adhèrent par choix à la foi chrétienne ou à une Église, sans que leur adhésion ne change énormément de choses dans leur manière de vivre. Ils sont comme les gardiens un peu somnolents d’une richesse qu’on leur a confiée et qu’ils acceptent volontiers pourvu qu’on leur tienne la main.

Ils veulent bien la transmettre à la génération future, mais sans trop s’inquiéter de vérifier si cela peut leur servir à eux. Sans stigmatiser personne, nous voyons ce que cette description un peu caricaturale peut rejoindre en chacun d’entre nous.

Il est donc important que toute la communauté chrétienne soit provoquée au réveil, pour que les fidèles ne soient pas simplement des chrétiens bienveillants - et souvent même cotisants à la vie de leur église - mais pour que leur foi soit un élément central de la structuration de leur vie.

Nous savons d’ailleurs que cette intégration de la foi et de la vie n’est pas acquise une fois pour toutes. Il y a des étapes dans la prise de conscience de ce que la foi conduit à vivre. A certains moments, des réalités connues et acquises de notre foi chrétienne cessent d’être simplement des vérités auxquelles on croit, mais prennent une consistance et une énergie nouvelle et deviennent des vérités à vivre.

Ainsi, je peux croire pendant très longtemps que Jésus est le Fils de Dieu sans que cela change quoique ce soit à ma vie. Et vient un jour où ce simple énoncé : « Jésus est le Fils de Dieu », me percute pour des raisons que je ne suis d’ailleurs pas forcément capable de préciser, d’expliquer ou même d’identifier.

Il y a donc dans nos communautés et dans nos assemblées chrétiennes, des personnes qui ont besoin d’être provoquées, stimulées et appelés pour que la parole de Dieu ne soit plus simplement un discours entendu mais devienne une parole vivante et efficace dans leur vie.

Ce réveil se vérifie à ce que la foi n’est plus simplement quelque chose qui va de soi mais qui ne change rien, mais devient quelque chose de problématique qui change quelque chose. Ce pas est difficile à franchir parce qu’il implique de quitter les eaux calmes et tranquilles de la possession non réfléchie de la foi pour gagner les eaux tourmentées du milieu du lac, où tout devient moins clair et où la présence de Jésus se fait plus difficile à appréhender.

Vous vous souvenez que quand les apôtres ont vu Jésus marchant sur les eaux approcher de la barque, ils ont cru que c’était un fantôme (Mc 6, 49). Mais c’est à ce moment-là que leur foi se construit. Ils passent d’une relation qui semblait aller de soi, à une relation dans laquelle il faut choisir et se décider.

Pour passer du statut de chrétien passif à celui de chrétien actif, du statut de participant discret à la vie de l’Église à celui de participant visible et connaissable, il nous faut accepter que la parole de Dieu change quelque chose dans notre vie, modestement peut-être mais qualitativement en tous cas.

Ce travail de réveil est en quelque sorte la mission permanente des communautés chrétiennes. Et dans les modalités de leur vie, il doit être exprimé et mis en œuvre d’une manière concrète. Ainsi, dans le diocèse de Paris nous essayons de solliciter en ce sens les participants à l’Eucharistie dominicale, qui sont tout-de-même « nos meilleurs clients ».

Nous voulons les aider à se demander si leur participation à l’Eucharistie peut susciter dans leur vie quelque chose de nouveau, si dans leurs relations entre eux, leur appartenance à l’Église est seulement de l’ordre du rayon d’une roue individuellement relié au moyeu, ou s’ils se savent intégrés à un tissu, à une trame, à un corps.

Chacun doit s’interroger pour comprendre comment la vitalité de la communauté chrétienne peut, à travers l’engagement de ses membres, faire progressivement bouger non seulement le noyau dur des chrétiens de la messe du dimanche mais le groupe vague des chrétiens de la lisière. Car nous ne pouvons être juges de la foi les uns des autres et ceux-là sont chrétiens comme nous. Si aujourd’hui, pour cette période de leur vie, ils sont des chrétiens du bord du stade et regardent le match sans jouer, peut-être en a-t-il été autrement avant et en sera-t-il autrement après ?

La seule question est de savoir comment les amener à jouer, comment leur faire franchir le bord du terrain et les transformer de spectateurs en acteurs. Pour cela, il ne s’agira pas simplement de les convaincre, mais plutôt de rendre attirante et intéressante la partie qu’ils voient se dérouler. Ils doivent saisir que les choses iraient peut-être mieux encore dans leur vie s’ils n’étaient pas seulement des chrétiens de la lisière mais bien des chrétiens du centre.

Cette activité de réveil consistera peut-être à réveiller les acquis du catéchisme de leur enfance, à retrouver le souvenir de telle personne qu’ils ont aimée ou de tel moment de leur vie particulièrement intense dont la trace s’est estompée et dont la force s’est assoupie « dans les soucis de la vie » (Mc 4, 19). Ne faut-il pas justement rejoindre ces hommes et ces femmes dans leurs soucis de la vie pour les aider à faire jaillir à nouveau la source qui est au fond d’eux ?

3. Aller vers ceux qui ne viennent pas

Le troisième degré dans ce que nous pouvons attendre des cours alpha concerne ceux qui ne sont pas chrétiens. Il ne faudrait pas que cette initiative se laisse absorber simplement par la question de la vitalité de la foi des chrétiens.

Il faut justement que cette vitalité renouvelée et retrouvée dans l’annonce de l’Évangile soit investie vers ceux qui ne connaissent pas le Christ. Dans une agglomération comme Paris, nous savons qu’il ne suffit plus que nous ayons des églises parsemées dans toute la ville ou des activités plus ou moins identifiables.

Notre existence et notre témoignage personnel ne permettent pas par eux-mêmes que nos contemporains puissent identifier d’où vient ce que nous vivons. Pour que les fruits puissent être mis en relation avec le cep, pour que les effets de la vie du Christ dans le cœur des fidèles puissent conduire à la source de cette vie il faut une médiation.

Et celle-ci commence quand nous donnons le premier signe de la communion humaine à laquelle tous sont invités, et que nous faisons le premier pas pour aller rencontrer nos frères, et pas seulement nos frères identifiés, répertoriés, bienveillants et bien intentionnés à notre égard mais aussi nos frères inconnus, ceux qui ne nous connaissent pas et qui ne connaissent pas le Christ.

Si nous souhaitons que leur cœur s’ouvre à une connaissance nouvelle et si nous prions pour cela, nous devons aller vers eux. Une première brèche dans leur défense pourra être ouverte par la rencontre d’un homme ou d’une femme qui n’a pas d’intérêt personnel à venir satisfaire auprès d’eux.

Comme nous y invite la parabole du Bon samaritain (Lc 10), nous sommes invités à nous faire proches de nos frères, à aller les rencontrer comme le Christ est allé vers des hommes. Dans la mise en œuvre des activités que nous développons, il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un qui n’est pas chrétien peut quand même participer mais plutôt d’être capables d’inventer des lieux intermédiaires de dialogue, de réflexion et de partage pour que des hommes et des femmes qui ne partagent pas notre foi entrent en contact avec des chrétiens, ce qui rendra possible que la parole du Christ puisse toucher leur cœur.

Ce troisième degré est celui de la mission. Nous pouvons souhaiter que tous ceux et toutes celles qui trouvent renfort et réconfort pour leur foi chrétienne (1er degré), et que ceux et celles dont la puissance de la foi est réveillée (2e degré) deviennent à leur tour des témoins auprès de tous leurs frères humains. Je vous remercie.

+André, cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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