Dimanche 7 mars, l’histoire du salut

Les conférences de Carême à Notre-Dame

« L’histoire du salut ». C’est le thème de la troisième conférence de Carême à Notre-Dame, prévue le dimanche 7 mars. Un laïc, Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI (Fonds Monétaire International), et un religieux, le frère Benoît-Dominique de La Soujeole, prieur du couvent dominicain de St-Albert le Grand (Fribourg), se pencheront sur la question, en s’appuyant sur deux textes du concile Vatican II. Leur intervention sera suivie d’un débat avec le public dans la cathédrale.

Promulguée en 1965, la constitution pastorale* Gaudium et Spes* était « un “oui” fondamental à l’âge moderne », selon Benoît XVI. En montrant que la réussite finale de l’homme est pleinement solidaire de celle du monde, elle engageait l’Eglise et les chrétiens à agir en vue du bien commun*. Quarante ans après, quelle est l’actualité de ce texte ?

L’engagement des chrétiens dans le monde

La réponse de Michel Camdessus ancien directeur général du FMI

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D.R.

P. N.-D. – Pourquoi vous être intéressé à Gaudium et Spes ?

Michel Camdessus – C’est un texte sans précédent dans l’histoire de l’Eglise. Elle s’adresse à tous les hommes de son temps pour leur dire qui elle est, comment elle conçoit ses rapports avec le monde et les hommes, et comment elle souhaite collaborer avec eux pour « l’instauration d’une fraternité universelle ».

P.N.-D. – Qu’en avons-nous fait ?

M. C. – Beaucoup de choses positives se sont passées depuis sa pro­mulgation. Je pense en particulier à « la génération Gaudium et Spes », qui s’est engagée au service de la solidarité. Elle a renouvelé le visage de l’Eglise, dont on ne peut plus douter qu’elle soit au service des pauvres, des malades et des migrants. Parallèlement, hélas, la société est devenue de plus en plus avide de possession, livrée à l’ « économisme » contre lequel Jean-Paul II mettait en garde, et qui nous a conduits à la crise actuelle.

P.N.-D. – A cet égard, qu’est-ce que Gaudium et Spes a encore à nous dire ?

M. C. – La crise met en évidence l’effondrement d’une conception de l’économie aux antipodes de cette constitution. Un système économique, fondé sur l’idolâtrie de l’argent, ne peut survivre longtemps. Il nous faut construire cette économie plus fraternelle, esquissée par Gaudium et Spes et que l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI explicite. La deuxième partie de la constitution pastorale analyse en effet les problèmes du dernier tiers du XXe siècle et y apporte des réponses qui gardent aujourd’hui beaucoup de sens. Notamment sur des sujets comme la famille, la paix dans le monde, etc. Il s’agit, en fait, d’enseignements que l’Eglise n’a cessé de répéter : le développement économique doit favoriser le développement intégral de l’homme, avec un souci préférentiel pour les pauvres. Je pense aussi à la nécessité de renforcer l’autorité des organisations internationales dans un monde qui a besoin d’une gouvernance mondiale tournée vers le bien commun.

P.N.-D. – Que dire des chrétiens qui vivent leur foi uniquement dans la sphère privée ? Gaudium et Spes ne les pousse-t-elle pas à agir en vue du bien commun ?

M. C. – Gaudium et Spes appelle à l’engagement. Malgré leurs faiblesses et leurs limites, les chrétiens sont appelés à travailler à la création d’un monde plus fraternel qui soit une contribution à la construction du Royaume à venir.

P.N.-D. – Vous avez finalement un message d’espérance. Avez-vous raison d’être positif ?

M. C. – Une conséquence regrettable de la crise est un pessimisme qui nous pousse à une désespérance ; mais nous devons être attentifs aux « signes des temps  »
– comme l’Evangile nous le demande – et je vois dans l’engagement de beaucoup – des jeunes notamment –, de bonnes raisons de vivre l’Espérance. • Propos recueillis par Ariane Rollier.

L’éclairage du fr. Benoît-Dominique de La Soujeole, Vatican II et l’histoire du salut

Dans son intervention, le P. de La Soujeole fait le lien entre « les deux grandes constitutions de Vatican II », la dogmatique Lumen gentium et la pastorale Gaudium et Spes. S’il souligne la tentation parfois grande « de séparer le dogmatique du pastoral, « ce qui relève de la vie éternelle et ce qui relève d’indications prudentes valables dans un contexte donné », il insiste sur le fait que le concile ne fait pas « cette coupure ». « Il n’y a aucun dualisme entre l’histoire du salut et l’histoire profane, car il n’y a qu’une seule destinée humaine : voir et aimer éternellement Dieu », explique le théologien. Il ne s’agit donc pas « de deux histoires parallèles, mais d’une seule : celle de l’engagement de Dieu et de la réponse de l’homme  ». A. R.

Témoignages

Laurent, de St-Ferdinand des Ternes (17e), 54 ans.
« L’application des textes conciliaires ne se mesure pas à l’aune d’années, mais de siècles. Nous ne sommes qu’au tout début de leur compréhension. Mais déjà, depuis quarante ans, nous pouvons noter des évolutions : l’Eglise s’est prononcée en faveur d’une autorité mondiale par exemple. Et puis nous avons obtenu, en décembre, que figure dans le traité de Lisbonne l’importance du dialogue des instances européennes avec les Eglises (art. 16). Malgré tout, je pense que nous ne combattons pas assez la tendance de la société nous poussant à ramener la religion dans la sphère privée. Au contraire, en tant que chrétiens, nous devons mettre “dans ce monde” un peu de ce qui n’est pas “de ce monde”, ce qui suppose un réel engagement. »

Marie-Pierre, paroissienne de St-Vincent de Paul (10e), 30 ans.
« J’accompagne des catéchumènes et suis amenée à parler du salut avec eux. Car Jésus est venu pour nous sauver et lorsqu’ils recevront le baptême, ils seront plongés de la mort vers la vie. Quand je leur demande ce qui va alors changer dans leur vie concrète, ils sont souvent étonnés : ils n’ont pas toujours conscience que le chrétien est en rapport avec le monde et qu’il est appelé à y être un témoin. Pas nécessairement en sortant tous les soirs distribuer la soupe populaire, mais dans son quotidien, avec son entourage proche, notamment par l’exercice de la charité. Lorsque l’on exerce la charité se pose immédiatement la question du salut : le salut que l’on peut apporter, mais aussi celui qu’on espère. »

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