L’Église
Catholique
À Paris

Jean-Marie Lustiger, le choix de Dieu

Extrait de Le choix de Dieu de Jean-Marie Lustiger, entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton.

Liturgie, symbolisme, sacrements

D. W. - Vous avez souvent parlé de l’importance de la liturgie, tant comme aumônier que comme curé. Est-ce parce qu’elle permet de mettre en scène l’invisible ?

J.-M. L. - La liturgie n’est pas la mise en scène de l’invisible, elle est l’actualisation de ce qui s’est rendu visible. Dieu, personne ne l’a vu, ni ne peut le voir. Mais il se donne à entendre. Par la transmission de sa Parole, il se donne à voir : la présence de Dieu s’est inscrite dans l’histoire des hommes. Le peuple de ceux que Dieu a appelés à ne faire qu’un avec le Christ devient, au cours de sa vie temporelle, participant de sa mission d’éternité. Nous avons à participer à cette action par laquelle Dieu s’est donné à voir, et la liturgie est l’acte par lequel ceux qui y ont été appelés reçoivent comme une grâce et vivent comme une eucharistie ce que Dieu a donné une fois pour toutes. L’Eucharistie que le Christ a célébrée la veille de sa passion, c’est le rituel de la Pâque juive. Jésus, le Messie, donne à cette célébration un sens nouveau, un prix éternel dans la mesure où lui-même s’identifie à l’Agneau offert pour le salut du monde. Pour lui, le Messie, et pour les chrétiens, ses disciples, l’Eucharistie est le sacrifice de la réconciliation et de la délivrance, elle est l’entrée dans la Terre promise ; elle donne accès à Dieu qui a fait grâce. De ce même acte, Jésus lui-même, selon la tradition, nous l’a dit : « Vous le ferez en mémoire de moi. » Ainsi, quand les chrétiens célèbrent la messe, en célébrant eux-mêmes le mémorial institué par Jésus, ils deviennent participants de son offrande et communient à sa révélation. Ainsi ce qui est sien devient nôtre et ce qui est nôtre devient sien. C’est la présence à tous les moments de l’histoire et à tous les hommes de l’acte unique de Jésus-Christ accompli dans l’histoire, au temps de sa vie mortelle.

D. W. - La liturgie chrétienne est liée à une symbolique particulière. En quoi se distingue-t-elle des symbolismes qui jalonnent l’histoire de l’humanité ?

J.-M. L. - La symbolique chrétienne, comme la symbolique juive, est d’abord historique. Cependant, les symboles sont toujours liés à la condition biologique et naturelle de l’homme. Les symboles cosmiques sont universels et on les retrouve dans toutes les civilisations : le soleil, la lune, l’eau, le feu… La tradition juive et chrétienne réinterprète ces symbolismes cosmiques comme mémorial des événements historiques du Salut. En cela elle présente une complète originalité dans l’histoire comparée des religions.

J.-L. M. - Vous avez des exemples ?

J.-M. L. - Les bains rituels, les gestes d’ablution sacrée existent dans toutes les religions. Le baptême du Baptiste est le geste rabbinique d’admission des païens dans l’Alliance. Il symbolise déjà le passage de la mer Rouge par les enfants d’Israël et le franchissement du Jourdain pour entrer en Terre promise. Jésus, le Christ, a voulu recevoir ce baptême reçu dans le Jourdain avant d’être, comme le dit l’Évangile, baptisé du baptême de sa propre mort. Dès lors, quand un chrétien est baptisé avec de l’eau dans la foi de l’Église au Seigneur ressuscité, quand un petit bébé est baptisé, le geste sacramentel du prêtre rappelle ce qu’a fait Jean quand il a baptisé Jésus dans le Jourdain. Ce baptême dans le Jourdain prophétise et atteste la mort et la résurrection du Christ. Dès lors Paul l’enseigne : par le baptême, « nous avons été plongés dans la mort et dans la résurrection » du Christ. Le rituel cosmique du bain (purification, engloutissement et renaissance) est devenu second ; il a été assumé dans la signification messianique et dans la vie de l’Esprit Saint donnée par la mort et la résurrection du Christ.

Autre exemple, la célébration de la Pâque décrite dans la Bible rassemble deux rituels : celui des premières moissons, l’offrande des galettes de pain, un rituel agraire. Et aussi un rituel de nomades, l’offrande de l’agneau, des premiers-nés ... Cela se trouve partout, chez les Africains, chez les Peuls... En Israël, ce rituel repris de la tradition agraire et nomade est devenu le mémorial de la sortie d’Égypte et de l’Alliance conclue au Sinaï. Et, dans la tradition chrétienne, ce mémorial de la sortie d’Égypte est devenu le mémorial de la Pâque célébrée par Jésus dans son unique Sacrifice. L’historicisation des rites cosmiques est redoublée.

J’insiste sur ce point. Nous sommes entrés dans une époque où le rapport au cosmos et au sacré antique a été détruit par la prise de possession rationnelle et scientifique du monde. La lune aujourd’hui n’est pas celle de l’Antiquité : l’homme l’a conquise. Même le corps de l’homme est devenu objet de maîtrise technique. Beaucoup ont fait ces observations et ont dit : « Le monde symbolique de l’homme est désenchanté, il a perdu son enchantement primitif. L’homme continue d’utiliser ces symboles originaires, mais il ne sait plus très bien qu’en faire. Cela devient un jeu. Le symbole a perdu sa fascination et sa puissance. Du coup, le monde est vidé du sacré ; les dieux sont morts. Le grand Pan est mort. L’ancien monde n’est plus. Où se situent encore la poésie et la religion d’un monde privé de symboles ? » Mais en fait cet enracinement symbolique de l’homme dans sa condition corporelle et cosmique fait partie d’un patrimoine inaliénable. Même si celui-ci a perdu sa force d’attraction et de répulsion immédiates, les symboles demeurent les fruits et les germes, les gages et les témoins de ce qui nous dépasse tous et fait vivre chacun. Ce que le symbole peut perdre de naïveté, il le gagne et le donne en raison et en sagesse. L’idée que le monde est « créature » de Dieu, et donc langage intelligible, a permis à l’astronaute ou à l’astrophysicien de dire, comme le psalmiste : « Les cieux chantent la gloire de Dieu. » Les symbolismes cosmiques et anthropologiques désacralisés sont réassumés dans la mémoire historique et intégrés dans l’histoire du Salut qui garde et donne sens aujourd’hui, y compris pour la forme moderne de la raison. La symbolique biblique et la symbolique chrétienne des sacrements ne sont pas entamées par la désacralisation du cosmos, car elles sont un mémorial historique et spirituel. Bien plus, elles rendent au cosmos la beauté qu’il reçoit de son Créateur.

D. W. - Avez-vous le sentiment qu’après le triomphe de la raison, il y a, dans l’Église, une redécouverte de la nécessité de cette assomption et de l’importance des symbolismes ?

J.-M. L. - On commence à peine à s’en rendre compte, car on a cédé à la fascination rationnelle. Dans la réforme liturgique, on a cédé à la griserie de la modernité en éliminant trop de symbolismes naturels, en estimant qu’ils étaient païens, ne voulaient rien dire et devaient faire place à « un nouveau langage » encore à inventer, notamment pour les jeunes. Mais ce nouveau langage peut être très décevant quand il n’a aucune dimension historique et eschatologique. On a eu trop tendance à penser que réformer signifiait faire table rase des enracinements et tout réinventer à neuf. C’est aussi compréhensible, mais aussi contraire à la condition de l’homme que l’attitude des révolutionnaires les plus radicaux, qui, en urbanisme ou ailleurs, disent : « Table rase du passé ! ». C’est une méconnaissance de l’histoire.

J.-L. M. - Mais le symbolisme, même lié à l’histoire, ne perd-il pas de sa saveur dans un monde désenchanté ?

J.-M. L. - Il ne peut plus avoir la même saveur, car l’histoire humaine est irréversible. Mais ne peut-il en gagner ? ou désespérez-vous de la création ?

D. W. - Ce qui a manqué - je complète la question de Jean-Louis Missika - ce qui manque aujourd’hui, c’est un travail de réinterprétation des symboles.

J.-M. L. - Les symboles cosmiques sont devenus, dans la tradition juive et chrétienne, des gestes historiques. En fait, c’est la révélation biblique qui sauve le patrimoine du paganisme dont elle rejette les fascinations idolâtres. La Bible délivre l’homme des idoles du paganisme, mais en même temps elle sauve les débris de celui-ci et en restitue les symboles.

J.-L. M. - Oui, mais cela ne répond pas à la question que je vous ai posée : l’homme moderne, quand il accomplit un acte symbolique, a tout à fait conscience de ce qu’il fait, et cela constitue une différence entre lui et les anciens.

J.-M. L.- Certes, ce n’est pas la même chose. Lorsqu’on célèbre aujourd’hui la Pâque en utilisant à nouveau le pain non levé, quand on dit la messe avec le pain non levé et avec une coupe de vin, le fruit de la vigne, quand on reprend les palmes pour les Rameaux, ou quand on utilise l’eau, le symbolisme de l’ablution, pour le baptême ou, comme à la veillée pascale, pour l’aspersion des fidèles, on ne conçoit probablement pas les gestes et les paroles comme pouvaient les comprendre les anciens. Mais nous posons encore les gestes et prononçons les paroles et par le fait même une part du patrimoine antique est réintégrée dans notre conscience actuelle et ce que nous trouvons dans les symboles n’est pas mesuré par nos interprétations. Le rituel qui les garde en mémoire est préférable aux récupérations sauvages, irrationnelles, dans lesquelles notre civilisation hyperrationnelle, mais dionysiaque, risque de sombrer. Ce sauvetage des anciens symbolismes est salubre, alors que leur réapparition non contrôlée, au sens strict superstitieuse, dans cet univers hyperrationnel, peut produire des effets contraires.

D. W. - Pourquoi finalement avez-vous accordé autant d’importance à la liturgie quand vous étiez à Sainte-Jeanne ?

J.-M. L. - Parce que la liturgie chrétienne n’est pas d’abord l’accomplissement de rites ; elle est acte historique comme lieu de la rédemption, du salut et de la présence de Dieu ; elle est geste de participation des disciples du Christ à son unique histoire. Il n’y a pas d’existence chrétienne sans les sacrements et sans la liturgie ; sinon le christianisme ne serait qu’une idéologie.

D. W. - La liturgie empêche la transformation éventuelle du christianisme en idéologie ?

J.-M. L. - Certainement. La preuve peut en être faite négativement : toute dérive idéologisante du christianisme déforme ou élimine la liturgie et les sacrements. Car la liturgie est le lieu où la Parole de Dieu est donnée comme une vie transmise, comme venant de Dieu et prononcée par le Christ sous la puissance de l’Esprit.

D. W. - Est-ce à cause de cela que la Vie sacramentelle est importante ?

J.-M. L. - Toute culture a besoin de sacré, et il y a une appropriation par les cultures de la foi catholique ; mais en même temps les sacrements sont la garantie que cette appropriation ne va pas se refermer sur elle-même. Je prends un exemple qui fait partie des enjeux majeurs de l’universalisme catholique. La religion chrétienne est née dans une aire géographique qui est celle du bassin méditerranéen, l’aire du blé et du vin. Partout, depuis les origines, de tous les pays de l’Asie centrale aux brumes de l’Ecosse, le rituel catholique a gardé les éléments du rituel de la Pâque, du pain et du vin, en référence à l’Exode. Aujourd’hui, on se trouve à nouveau dans des civilisations très différentes, celles du mil ou du riz. Pourquoi dès lors ne pas prendre ces nourritures simples et fondamentales pour célébrer ce rituel de la Pâque ? Pourquoi garder le pain et le vin ? Est-ce par conservatisme étroit ? Non, mais le rite oblige tous les peuples, dans la diversité de leurs cultures, à reconnaître que l’Absolu qui leur a été donné comme l’espérance de leur salut est apparu en un point déterminé de l’espace et du temps, en un peuple déterminé de l’histoire. Nous l’avons déjà dit : Jésus est né à Bethléem de Judée. Il n’est pas né à Tombouctou, ni au Tibet, ni à Caen. Il est né sous César Auguste, non sous Tamerlan ou Napoléon…

D. W. - Vous voulez dire que l’accès à l’universalisme passe par l’acceptation…

J.-M. L. - ... de cette singularité. Du coup, personne ne peut se l’approprier.

J.-L. M. - Oui, sauf les Occidentaux qui se le sont tout de même approprié, pendant une bonne dizaine de siècles.

J.-M. L. - Oui, mais ils en sont désappropriés.

D. W. - Peut-être, mais cela fait peu de temps qu’ils s’y résignent… Et ce n’est pas de bon gré.

J.-M. L. - Personne ne le fait de bon gré, jamais.

D. W. - Il y avait donc un accès universel, par l’intermédiaire d’une identité particulière, celle des Occidentaux. Ceux-ci, pour des raisons de pouvoir, se sont approprié cet accès pendant une dizaine de siècles ; et il y aurait, aujourd’hui, une certaine désappropriation ?

J.-M. L. - L’appropriation s’est faite vingt fois, trente fois, cent fois en quinze siècles. Vous dites cela parce que vous oubliez le passé. Quand le peuple d’Israël a dû accepter que des païens entrent dans l’Alliance, son Messie ne lui a pas été enlevé, mais il lui a fallu accepter que la famille soit plus grande qu’il ne pensait. Quand les Grecs eurent fini par recevoir ce Messie en leur langue, ils ont dû accepter que les Latins donnent la langue à l’Église et changent les perspectives théologiques. Dans les six ou sept premiers siècles de l’histoire chrétienne en dehors de l’aire grécolatine, vous avez des liturgies aussi originales et distinctes que les liturgies syriaque, chaldéenne, arménienne, copte, les rites d’origine syrienne répandus jusqu’en Inde avec des langues différentes. Il y eut ensuite les liturgies germaniques et l’évangélisation des Slaves avec l’invention de l’écriture par Cyrille et Méthode. Comme il fut difficile pour ces peuples de se sentir à tour de rôle dépossédés !

D. W. - Pour en revenir aux sacrements, avez-vous le sentiment qu’ils sont moins importants ou plus visibles aujourd’hui ? Depuis Vatican II, il y a une tendance à les rendre moins mystérieux, et plus intelligibles, alors même que les intégristes réaffirment la nécessité du mystère.

J.-M. L. - Il y a une tentation perpétuelle ; elle ne date pas de Vatican II mais de l’origine de toute liturgie : il y a toujours la tentation de l’explication. Comme ces professeurs qui prétendent prendre un poème de Baudelaire et l’expliquer de A à Z ; il n’y aurait plus de mystère. Mais il n’y aurait plus de poème, il n’y aurait plus d’autres lectures possibles ! La liturgie est un acte concret qui fait appel au patrimoine symbolique et historique et dont le sens n’est pas réductible à ce que pense celui qui la pratique. Le rite porte un mystère dont la richesse symbolique est à la mesure de la Parole de Dieu et du mystère de l’histoire. Ramener la liturgie à ce qu’une génération peut en comprendre, c’est en faire un cérémonial des Jeux olympiques, ou bien un défilé du 14 Juillet. Vous n’avez plus qu’à prendre un commentateur à la voix chaleureuse et chaude ; il vous expliquera tout ce qu’il faut comprendre !

D. W. - Vous êtes plutôt favorable au latin par conséquent ?

J.-M. L. - Pas nécessairement.

D. W. - Pas nécessairement, mais vous n’êtes pas hostile ?

J.-M. L. - Non, le latin marque une certaine continuité dans une aire culturelle déterminée. Les peuples germaniques et les peuples anglo-saxons, qui ont été beaucoup moins marqués par la latinité, ont très vite adopté un autre système linguistique pour exprimer la liturgie. Et les peuples slaves, au IXe siècle, eux qui étaient étrangers à Byzance, au monde grec et au monde latin, ont gardé la langue qui était la leur, le vieux slavon. La langue liturgique n’est pas une question de doctrine, mais ce n’est pas non plus parce que le célébrant parle la langue vernaculaire qu’il communique mieux avec l’assemblée.

J.- L. M. - D’une façon plus générale, vous êtes plutôt favorable à la conservation, et plutôt hostile à des changements dans les rites ?

J.-M. L. - Cela dépend des changements. Nous n’avons pas assisté à la première réforme liturgique de l’histoire, loin de là, mais c’est la première qui ait été aussi radicale dans le rite latin.

D. W. - En quoi a-t-elle été un changement radical ?

J -M. L. - La Constitution conciliaire sur la liturgie en est restée à des principes généraux, mais il faut considérer les applications ultérieures. Ce sont des universitaires, des professeurs, qui ont conçu cette réforme. Elle a été précédée d’un travail scientifique très remarquable. L’érudition historique moderne sur la liturgie s’est constituée à partir du XVIII siècle. Peu à peu, il s’est instauré une critique historique et « génétique » des sources. Entre les années 1930 et le Concile, les spécialistes de la liturgie ont généralement donné en modèle la liturgie basilicale de la belle époque, entre le IV et le V siècle : c’était l’idéal qu’il fallait reconstituer ! Et on a fait de la reconstitution. C’était intelligent, mais il n’est pas sûr qu’une évolution plus lente, moins volontariste, plus respectueuse des permanences et des continuités n’aurait pas donné aux fidèles eux-mêmes le sentiment d’un traumatisme moins grave. Si l’on avait mieux mesuré la portée des rites comme mémoire historique inscrite au cours des générations, on aurait probablement avancé plus lentement dans la réforme liturgique.

D. W. - Oui, mais certains voyaient une « démocratisation » dans cette volonté de rendre la liturgie et la vie sacramentelle plus accessibles, plus participatives.

J.-M. L. - Démocratisation ? Cela allait à rebours du désir de la majorité des gens.

D. W. - On pourrait répondre qu’il y avait dans le sentiment populaire une sorte d’obscurantisme que la réforme de la liturgie devait permettre de réduire.

J.-M. L. - Cela allait au rebours du désir majoritaire des fidèles. La plupart des gens souhaitaient finalement le silence, la musique, le rite ancré dans la mémoire. C’est une idée très volontaire que celle de la « participation active » qui a été l’un des objectifs du Concile. Mais fallait-il poursuivre cet objectif à la manière de la révolution culturelle de Mao, avec des obligations de participation ? ou bien valait-il mieux la gérer avec infiniment plus de lenteur ? Nous avons géré cette mutation d’une façon peut-être volontariste et arbitraire qui a produit l’effet opposé, et cela révèle un manque de sens historique, me semble-t-il.

Les artisans de la réforme liturgique trouvaient, non sans raison, que les rites étaient devenus obscurs parce qu’on ne savait plus pourquoi ils étaient là et ce qu’ils signifiaient. On accusait, non sans raison, la langue, mais il ne suffisait pas de traduire. On a donc voulu, pour rendre les rites de nouveau « performants », leur donner plus de transparence. Souvent on a substitué l’explication au rite, le commentaire au symbole. Un rite, un symbole doit être porté historiquement et avoir une certaine universalité sociale. Ce n’est pas un prêtre ni un groupe de gens qui peuvent inventer un symbole. D’ailleurs inventer des symboles, cela n’a littéralement pas de sens. Les grandes révolutions ont voulu inventer des symboles ; seuls, ont « pris » ceux qui furent repris et enrichis par l’histoire et la mémoire des peuples. La reprise des symboles cosmiques dans la tradition juive et chrétienne vient de l’histoire, et si cela devient porteur d’une force symbolique, c’est que l’histoire des générations humaines conduites par l’Esprit a, dans la mémoire, une puissance d’identification et de percussion inouïe.

J.-L. M. - Seriez-vous favorable à redonner un aspect corporel à la foi, comme le jeûne ou d’autres pratiques qui ont beaucoup reculé depuis une vingtaine d’années ?

J.-M. L. - Tout le mouvement de la culture contemporaine nous y pousse. L’attention au corps, une nouvelle sensibilité qui majore les modes d’expression sensible, chant, gestuation, peinture, etc., en les rendant accessibles à tous. Cela nous permet de nouveau de comprendre la haute valeur spirituelle de l’existence corporelle de l’homme : Dieu s’est fait homme. La chair dit la Parole. Il en ressort que l’ascèse chrétienne, loin d’être un mépris du corps, lui assigne, au contraire, sa vraie destinée. Il est le temple de l’Esprit. Les jeunes générations retrouvent ce que nous avions cru désuet, même si elles le réinventent parfois bien, parfois mal. Pourquoi notre génération a-t-elle été traumatisée et blessée par ces pratiques qui lui avaient été transmises, au point de s’en débarrasser ? Que s’est-il donc passé en Occident pendant un demi-siècle ?

D. W. - Etes-vous d’accord avec cette phrase du cardinal Ratzinger à propos de la liturgie : « Pour le catholique, la liturgie est la patrie commune, elle est la source même de son identité. C’est pourquoi elle doit être prédéterminée, invariante, pour qu’à travers le rite se manifeste la sainteté de Dieu » ?

J.-M. L. - Oui, fondamentalement. Invariante ne veut pas dire uniforme. La liturgie, de toujours, a pris des formes multiples et elle en prendra d’autres encore. Mais la liturgie a ceci de particulier qu’elle est une expression objectivée du don que Dieu a fait à son Église. Un chanteur, un artiste exprime sa subjectivité face à une assemblée qui se reconnaît ou non en lui, qui s’identifie ou ne s’identifie pas à lui. Cela fait ou non son succès ; sa force d’expression vient d’abord de sa subjectivité et de la manière dont il sera capable de la traduire. Mais dans le rite chrétien, le célébrant est d’abord porteur d’une signification qui ne lui appartient pas ; elle ne dépend pas de sa subjectivité ; c’est un geste auquel obéissent et consentent ceux qui sont réunis. Quand le prêtre célèbre l’Eucharistie, c’est lui qui parle et pose les gestes, mais il célèbre l’Eucharistie au nom du Christ Tête de l’assemblée, et les gens ne viennent pas pour le voir, mais pour célébrer l’Eucharistie du Seigneur. Le spectacle comprend acteurs et spectateurs. Dans la liturgie, tous sont et acteurs, coopérateurs de Dieu, et aussi spectateurs de l’oeuvre de Dieu en eux.

J.-L. M. - Mais les prêtres savent-ils toujours expliquer cette signification de la liturgie ?

J.-M. L. - Le prêtre, s’il n’accédait pas à une compréhension savoureuse et vivante de la foi, pourrait avoir le sentiment de n’être qu’un fabricant de cérémonies, un prestataire de services parmi d’autres, pour les rites sociaux. Par exemple, dans la célébration d’un mariage, il peut lui sembler, à tort ou à raison, qu’il lui est d’abord demandé un certain décorum et que l’aspect proprement religieux qui engage sa conviction la plus profonde passe au second plan.

D. W. - Mais l’idée de réformer la liturgie n’est—elle pas venue du fait qu’une partie des fidèles ne voyait plus la richesse de sens des sacrements ?

J.-M. L. - En partie. La simplification devait permettre aux prêtres d’engager un dialogue plus authentique. Mais par contre coup les fidèles ont trouvé que les curés en faisaient trop, demandaient trop de choses. Je me suis entendu dire quand j’étais curé : « Soyez déjà bien content que l’on vienne vous voir. Si vous nous ennuyez trop, on ne viendra plus. » Notre objectif, et sa difficulté, était de rendre vie au rituel, donc de l’insérer davantage dans la vie ; mais comment ? jusqu’où ? Nous avions le sentiment, parfois un peu faux, qu’il y avait d’un côté la sacristie et de l’autre la place publique ; la foi, la religion, la fidélité au Christ, n’étaient-elles pas prisonnières de la sacristie ? Il fallait donc l’en sortir sur la place publique et recréer l’unité de la vie et de la foi. Une deuxième tentative a consisté à majorer la vie ordinaire, « la vie de tous les jours », mot passe-partout dans la langue ecclésiastique. On parlait de la vie quotidienne comme du lieu où pouvaient se révéler le sacré et Dieu. Ce n’est pas non plus tout à fait faux. Mais il ne faut pas pour autant oublier que l’univers moderne connaît d’autres modèles. La vie de tous les jours, c’est « métro, boulot, dodo » ! C’est l’usine, le grand magasin, le bureau ; c’est la vie organisée selon les fonctions de la société : le réfrigérateur, le surgelé, la télévision, l’aspirateur, les synthétiques, le week-end ici ou là. Or, cette vie sociale ne s’est pas faite toute seule ; elle a été organisée en fonction de choix et de rationalités qui ne laissent pas forcément leur place à d’autres significations. Ainsi une usine, c’est d’abord fait pour produire au meilleur coût, au meilleur prix, pour faire de l’argent, à la rigueur pour distribuer des salaires, peut-être pour engendrer de meilleurs rapports sociaux ; mais ce n’est pas fait pour exprimer des états d’âme ! Finalement les individus doivent se réfugier dans leur vie privée pour retrouver un peu de liberté. Les différents champs de l’existence humaine sont pris dans des réseaux organisationnels où la symbolique de la vie est réduite, mesurée et polarisée en fonction de finalités bien précises, de projets exigeants et d’objectifs souvent économiques. Quand, témoins du Christ, nous avons adopté cette rationalité en prétendant faire entrer dans cet univers rationnel la foi et sa symbolique, nous avons pris la voie la plus difficile. Il n’y a pas là de lieu propre pour l’expression de la symbolique religieuse, puisque, par hypothèse, elle en est expulsée ou y est récupérée.

J.-L. M. – Vous êtes plutôt pour le maintien de lieux et de moments séparés où puisse s’exprimer la symbolique religieuse ?

J.-M. L. - Mais on est obligé de le faire ! Les événements ponctuels que sont la naissance, la mort, le mariage, sont précisément les points de rupture de la vie ordinaire, où des hommes et des femmes pris dans la mécanique impitoyable du quotidien peuvent retrouver ce qu’ils ne découvrent nulle part ailleurs. Un homme ou une femme, dans sa vie, n’a pas tellement d’instants de liberté, d’instants où les choix orientent gravement l’avenir. Or, les moments dont on vient de parler en font certainement partie. Nous sommes, nous pasteurs, placés au bord de la route. Nous voyons apparaître, pour des moments furtifs mais décisifs, des hommes et des femmes demandeurs de quelque chose qu’ils ne peuvent souvent guère exprimer. Cela exige beaucoup de disponibilité de la part des prêtres, car ces moments sont brefs, même s’ils ont une signification formidable pour qui se présente devant nous. Il faut alors faire et donner quelque chose qui n’est justement pas ce que ces individus font par ailleurs dans leur vie de tous les jours.

D. W. - Vous êtes donc opposé à ce que l’on pourrait appeler l’idéologie de la participation qui a voulu pendant un certain nombre d’années réduire la séparation entre la vie quotidienne et les lieux et moments de la prière ?

J.-M. L. - Il ne peut y avoir de vraie participation que s’il y a d’abord une différenciation. Sinon la participation est archaïque, fusionnelle, régressive ; la participation que nous devons espérer et vers laquelle nous devons tendre sans cesse suppose précisément la mise en évidence des différences.

D. W. - Pourtant on associe rarement communion et différenciation. On la comprend en général comme synonyme de fusion.

J.-M. L. - C’est un aspect de notre mission que d’empêcher cette régression, surtout si l’on prête attention à ce que représente le symbolisme de l’Eglise et de la paroisse.

D. W. - Oui, mais les prêtres ont joué un rôle considérable dans le sens du désir de participation et de désacralisation. On a dit : « A bas l’archaïsme des rites et des cultes, incompréhensibles pour la population. Banalisons-les, ouvrons-les »…

J.-M. L. - Ce ne fut pas seulement le fait d’une mode ou d’une pratique répandue par le clergé, mais aussi d’un certain nombre de fidèles qui le réclamaient. C’est l’erreur d’une société qui, dans la confusion, risque de se détruire elle-même.

D. W. - Vous avez conscience qu’en disant cela, on peut justifier une société, disons, plus hiérarchique. On peut passer de la nécessité de maintenir des différences à la vision d’un ordre - que l’on a connu beaucoup plus rigide et hiérarchisé.

J.-M. L. - Je vois bien comment mon propos pourrait être entendu de la sorte. De la même façon, le discours fusionnel peut être compris de façon anarchique ou fasciste. En fait, je plaide au contraire pour une véritable démocratie au sens le plus fort. Qui dit démocratie - c’est du moins la conception que j’en ai - dit idéal de la responsabilité et donc de la personnalisation. Qui dit personnalisation dit distinction et différenciation des fonctions et des rôles, différenciation aussi du sacré. Il ne peut y avoir de communion sans acceptation de l’autre. Considérer que la distance dans laquelle l’autre se constitue est une négation de la communion, c’est littéralement nier l’autre. Ce serait le ramener au même. TI ne peut y avoir de véritable communion à autrui sans accepter qu’il soit autre et sans le respecter dans son altérité. C’est vrai de l’homme et de la femme. C’est vrai des parents et des enfants : si les parents ne jouent pas le rôle de parents, les enfants ne peuvent exister comme enfants. Pratique et morale chrétiennes

D. W. - Que se passe-t-il pendant la messe ?

J.-M. L. - La messe est l’acte d’une assemblée : ekklèsia, mot grec qui traduit le mot hébreu qahal et qui a donné le mot « église ». Tous les membres de cette assemblée sont « convoqués » par Dieu. L’Eglise-assemblée est un corps structuré avec une tête et des membres ; et sa structure est « apostolique ». Par les apôtres du Christ et leurs successeurs, tous les gestes de la messe nous donnent part à des gestes accomplis historiquement par le Christ lui-même et enracinés dans la tradition d’Israël. La liturgie chrétienne de la messe réunit et la liturgie de la Parole empruntée au culte synagogal, et celle du repas tirée du rituel familial du repas pascal.

Le célébrant est face à l’assemblée. Il la préside et la salue au nom du Christ. Après avoir demandé le pardon des péchés, l’assemblée écoute la proclamation de la Parole vivante de Dieu : Ancien Testament, écrits apostoliques et Évangile.

J.-L. M. - Et le sermon ?

J.-M. L. - Celui qui a lu l’Évangile le prolonge par un commentaire. Puis l’assemblée confesse la foi de l’Église, le Credo, et intercède pour les besoins du monde et de l’Eglise. Le célébrant présente le pain et le vin et prononce sur eux une bénédiction : « Tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes... Nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie. » « Tu es béni, Dieu de l’univers, Toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vie et du travail des hommes ; nous te le présentons : il deviendra le vin du Royaume éternel. »

L’autel est à la fois la table du festin et le lieu du sacrifice. Au début de la prière eucharistique, le célébrant appelle l’assemblée à rendre grâce au Père des Cieux au nom du Christ, rappelant l’histoire du Salut depuis la Création jusqu’à la venue du Christ en ce monde. Puis la prière eucharistique invoque la puissance de l’Esprit et le célébrant, suivant les récits du Nouveau Testament, dit les paroles de Jésus à la Cène sur le pain et le vin. L’assemblée s’incline et fait mémoire du Sacrifice du Christ rendu présent dans son Corps et son Sang. Le mémorial de la libre offrande de sa vie inclut les vivants et les morts dans une supplication pour l’Eglise.

Le rite de la communion commence par la récitation du Notre Père, prière de tous les chrétiens. Le célébrant fractionne le pain consacré, y communie et le distribue aux fidèles ; il boit le vin consacré. Après une prière d’action de grâce pour le don reçu, il envoie l’assemblée en mission : ceux qui ont été incorporés au Christ par le sacrement eucharistique doivent accomplir dans leur vie ce qu’ils ont reçu dans le sacrement.

D. W. - Que se passe-t-il pendant la semaine sainte ?

J.-M. L. - Le Journal de voyage d’Egérie, une femme du IV siècle, nous relate son pèlerinage à Jérusalem et les liturgies de la semaine sainte telles qu’elle les a vécues. Ce sont ces liturgies qui se sont répandues dans l’univers catholique tout entier. Le jour des Rameaux, la liturgie de Jérusalem rassemblait les chrétiens de la ville au sommet du mont des Oliviers et ils entraient à nouveau dans Jérusalem, comme Jésus dans le récit des Évangiles. La procession aboutissait au Saint-Sépulcre, lieu de la mort et de la résurrection du Christ.

Les trois derniers jours de la semaine sainte, jeudi saint, vendredi saint, samedi saint, nous font suivre historiquement et pas à pas la dernière Pâque que le Christ a vécue. Dans la messe du jeudi saint, la liturgie inclut le geste du lavement des pieds (Jn. 13). Jésus s’est fait l’esclave de ses disciples en leur lavant les pieds, prenant ainsi la figure du Serviteur souffrant d’Isaïe. La nuit du jeudi au vendredi, l’Église demeure en prière, partageant ce que Jésus a vécu cette nuit-là : la descente dans la vallée du Cédron, le combat de Gethsémani, son arrestation, le procès et les outrages.

Le vendredi, au jour de la mort du Seigneur, l’Église célèbre une liturgie austère. Les fidèles écoutent d’abord le récit de la Passion selon saint Jean, puis le célébrant les invite à une solennelle intercession pour l’Église et l’humanité entière. Alors, il leur présente la Croix pour qu’ils la vénèrent. Elle était l’instrument ordinaire de la mise à mort des condamnés de droit commun par l’autorité romaine. Éclairés par le récit de la Passion, les chrétiens voient dans la Croix un signe de l’amour, de la vie, de la victoire, de la plénitude donnés par Dieu. Elle revêt dès lors une extraordinaire richesse symbolique. Le bois de la Croix est rapproché de l’arbre de vie de la Genèse, et ses quatre dimensions revêtent un sens cosmique. Après la vénération de la Croix, la communion se fait à l’Eucharistie consacrée la veille.

Suit alors un silence de vingt-quatre heures. La nuit du samedi au dimanche est la grande vigile pascale. Elle commence par une liturgie d’illumination. Le cierge pascal symbolise le Christ sortant de la mort, lumière du monde, qui illumine tous ses frères. La liturgie de lectures bibliques, très longue, va du récit de la création au récit de la résurrection en passant par l’Exode, les prophètes et saint Paul. C’est la nuit de Pâques que sont célébrés les baptêmes des catéchumènes. Du moins tous les fidèles y renouvellent la profession de foi de leur baptême, avant la liturgie eucharistique

J.-L. M. - A quoi reconnaissez-vous un chrétien ?

J -M. L. - J’appelle chrétien celui qui est baptisé. Le chrétien, c’est celui qui a été baptisé, c’est-à-dire celui qui a été identifié au Christ par l’acte qui l’a fait naître à la condition d’enfant de Dieu en lui donnant part au baptême du Christ, c’est-à-dire à sa mort et à sa résurrection. Dès lors, irrévocablement, le chrétien a reçu la vocation de devenir ce à quoi il a été appelé. Il a été enfanté : à lui maintenant de vivre. Voilà la définition du chrétien. On n’est pas plus ou moins chrétien selon que l’on pratique ou que l’on ne pratique pas. Dès le moment où on l’est, on le demeure.

J.-L. M. - Mais les sociologues et les politologues pourraient répondre qu’ils ont découvert des différences significatives, par exemple pour le Vote, entre les pratiquants et les non-pratiquants, ou pour les opinions sur les questions fondamentales telles que l’avortement, le Mariage…

J.-M. L. - La question est de savoir ce qui est déterminant : l’appartenance chrétienne est-elle identifiée à une certaine forme de culture ? A un moment donné, les Latins, les peuples de l’Empire romain, étaient chrétiens et les Barbares ne l’étaient pas. On pouvait donc considérer que les différences entre les Barbares et les Romains devaient être attribuées au christianisme, et les caractéristiques des Barbares pouvaient être attribuées à l’absence de christianisme. Plus tard, quand les Barbares sont devenus chrétiens, voire catholiques, les différences entre les Barbares et les Romains subsistaient, même s’ils étaient tous catholiques.

D. W. - Mais à quoi pourrait-on, « phénoménologiquement », reconnaître un chrétien ?

J.-M. L. - Un chrétien ne doit pas vouloir se donner l’air d’être chrétien ; il ne serait alors qu’un comédien, un Tartuffe, qui fait tout ce qu’il faut pour ne pas l’être en voulant avoir l’air de l’être. Vous connaissez le grand jeu du défi ! « Je croirais davantage à leur résurrection s’ils avaient l’air sauvés. » Devant cette accusation nietzschéenne, les chrétiens ont voulu avoir l’air d’être sauvés ! Mais cela ne sert à rien d’avoir l’air : il faut être. Et si l’on se fait reconnaître, c’est par ce que Dieu fait de nous, et non pas par l’air qu’on veut s’en donner. Dans l’Évangile, le Christ dit à ses disciples : « On vous reconnaîtra à ceci que vous vous aimerez les uns les autres », et il ajoute : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Cette phrase est tout à fait décisive et correspond à la réponse déjà faite, mais elle est susceptible d’être mal entendue. Je veux dire : que signifie « s’aimer les uns les autres » ? Quand on regarde les sociétés chrétiennes au cours de l’histoire, on s’aperçoit, non qu’elles ont eu le monopole de la haine ou des divisions, mais qu’il y a eu chez elle aussi de la haine, des divisions et des conflits.

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