L’Église
Catholique
À Paris

Jean-Paul II, lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia

Extrait de la lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia du Pape Jean-Paul II.

18. L’acclamation que le peuple prononce après la consécration se conclut de manière heureuse en exprimant la dimension eschatologique qui marque la Célébration eucharistique (cf. 1 Co 11, 26) : « ... Nous attendons ta venue dans la gloire ». L’Eucharistie est tension vers le terme, avant goût de la plénitude de joie promise par le Christ (cf. Jn 15, 11) ; elle est en un sens l’anticipation du Paradis, « gage de la gloire future ». Dans l’Eucharistie, tout exprime cette attente confiante : « Nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus Christ, notre Sauveur ». Celui qui se nourrit du Christ dans l’Eucharistie n’a pas besoin d’attendre l’au-delà pour recevoir la vie éternelle : il la possède déjà sur terre, comme prémices de la plénitude à venir, qui concernera l’homme dans sa totalité. Dans l’Eucharistie en effet, nous recevons également la garantie de la résurrection des corps à la fin des temps : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Cette garantie de la résurrection à venir vient du fait que la chair du Fils de l’homme, donnée en nourriture, est son corps dans son état glorieux de Ressuscité. Avec l’Eucharistie, on assimile pour ainsi dire le « secret » de la résurrection. C’est pourquoi saint Ignace d’Antioche définit avec justesse le Pain eucharistique comme « remède d’immortalité, antidote pour ne pas mourir ».

19. La tension eschatologique suscitée dans l’Eucharistie exprime et affermit la communion avec l’Église du ciel. Ce n’est pas par hasard que, dans les anaphores orientales ou dans les prières eucharistiques latines, on fait mémoire avec vénération de Marie, toujours vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur Jésus Christ, des anges, des saints Apôtres, des glorieux martyrs et de tous les saints. C’est un aspect de l’Eucharistie qui mérite d’être souligné : en célébrant le sacrifice de l’Agneau, nous nous unissons à la liturgie céleste, nous associant à la multitude immense qui s’écrie : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ! » (Ap 7, 10). L’Eucharistie est vraiment un coin du ciel qui s’ouvre sur la terre ! C’est un rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin.

20. Une autre conséquence significative de cette tension eschatologique inhérente à l’Eucharistie provient du fait qu’elle donne une impulsion à notre marche dans l’histoire, faisant naître un germe de vive espérance dans le dévouement quotidien de chacun à ses propres tâches. En effet, si la vision chrétienne porte à regarder vers les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » (cf. Ap 21, 1), cela n’affaiblit pas, mais stimule notre sens de la responsabilité envers notre terre. Je désire le redire avec force au début du nouveau millénaire, pour que les chrétiens se sentent plus que jamais engagés à ne pas faillir aux devoirs de leur citoyenneté terrestre. Il est de leur devoir de contribuer, à la lumière de l’Évangile, à construire un monde qui soit à la mesure de l’homme et qui réponde pleinement au dessein de Dieu.

Les problèmes qui assombrissent notre horizon actuel sont nombreux. Il suffit de penser à l’urgence de travailler pour la paix, de poser dans les relations entre les peuples des jalons solides en matière de justice et de solidarité, de défendre la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle. Et que dire des mille contradictions d’un univers « mondialisé » où les plus faibles, les plus petits et les plus pauvres semblent avoir bien peu à espérer ? C’est dans ce monde que doit jaillir de nouveau l’espérance chrétienne ! C’est aussi pour cela que le Seigneur a voulu demeurer avec nous dans l’Eucharistie, en inscrivant dans la présence de son sacrifice et de son repas la promesse d’une humanité renouvelée par son amour. De manière significative, là où les Évangiles synoptiques racontent l’institution de l’Eucharistie, l’Évangile de Jean propose, en en illustrant ainsi le sens profond, le récit du « lavement des pieds », par lequel Jésus se fait maître de la communion et du service (cf. Jn 13, 1-20). De son côté, l’Apôtre Paul déclare « indigne » d’une communauté chrétienne la participation à la Cène du Seigneur dans un contexte de divisions et d’indifférence envers les pauvres (cf. 1 Co 11, 17-22. 27-34).

Proclamer la mort du Seigneur « jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26) implique, pour ceux qui participent à l’Eucharistie, l’engagement de transformer la vie, pour qu’elle devienne, d’une certaine façon, totalement « eucharistique ». Ce sont précisément ce fruit de transfiguration de l’existence et l’engagement à transformer le monde selon l’Évangile qui font resplendir la dimension eschatologique de la Célébration eucharistique et de toute la vie chrétienne : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 20).

Chapitre II
L’Eucharistie édifie l’Église

21. Le Concile Vatican II a rappelé que la Célébration eucharistique est au centre du processus de croissance de l’Église. En effet, après avoir dit que « l’Église, qui est le Règne du Christ déjà présent en mystère, grandit dans le monde de façon visible sous l’effet de la puissance de Dieu » comme s’il voulait répondre à la question : « Comment grandit-elle ? », il ajoute : « Chaque fois que se célèbre sur l’autel le sacrifice de la Croix, par lequel “le Christ, notre Pâque, a été immolé” (1 Co 5, 7), s’opère l’oeuvre de notre rédemption. En même temps, par le Sacrement du pain eucharistique, est représentée et rendue effective l’unité des fidèles qui forment un seul corps dans le Christ (cf. 1 Co 10, 17) ».

Aux origines mêmes de l’Église, il y a une influence déterminante de l’Eucharistie. Les Évangélistes précisent que ce sont les Douze, les Apôtres, qui se sont réunis autour de Jésus, à la dernière Cène (cf. Mt 26, 20 ; Mc 14, 17 ; Lc 22, 14). C’est un point particulier très important, puisque les Apôtres « furent les germes du nouvel Israël et en même temps l’origine de la hiérarchie sacrée ». En leur donnant son corps et son sang en nourriture, le Christ les unissait mystérieusement à son sacrifice qui devait se consommer sur le Calvaire peu après. Par analogie avec l’Alliance du Sinaï, scellée par le sacrifice et l’aspersion du sang, les gestes et les paroles de Jésus à la dernière Cène posaient les fondements de la nouvelle communauté messianique, le peuple de la nouvelle Alliance.

En accueillant au Cénacle l’invitation de Jésus : « Prenez et mangez... Buvez-en tous... » (Mt 26, 26. 28), les Apôtres sont entrés, pour la première fois, en communion sacramentelle avec Lui. À partir de ce moment-là, et jusqu’à la fin des temps, l’Église se construit à travers la communion sacramentelle avec le Fils de Dieu immolé pour nous : « Faites cela en mémoire de moi... Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi » (1 Co 11, 24-25 ; cf. Lc 22, 19).

22. L’incorporation au Christ, réalisée par le Baptême, se renouvelle et se renforce continuellement par la participation au Sacrifice eucharistique, surtout par la pleine participation que l’on y a dans la communion sacramentelle. Nous pouvons dire non seulement que chacun d’entre nous reçoit le Christ, mais aussi que le Christ reçoit chacun d’entre nous. Il resserre son amitié avec nous : « Vous êtes mes amis » (Jn 15, 14). Quant à nous, nous vivons grâce à lui : « Celui qui me mangera vivra par moi » (Jn 6, 57). Pour le Christ et son disciple, demeurer l’un dans l’autre se réalise de manière sublime dans la communion eucharistique : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jn 15, 4).

En s’unissant au Christ, le peuple de la nouvelle Alliance, loin de se refermer sur lui-même, devient « sacrement » pour l’humanité, signe et instrument du salut opéré par le Christ, lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) pour la rédemption de tous. La mission de l’Église est en continuité avec celle du Christ : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est pourquoi, de la perpétuation du sacrifice du Christ dans l’Eucharistie et de la communion à son corps et à son sang, l’Église reçoit les forces spirituelles nécessaires à l’accomplissement de sa mission. Ainsi, l’Eucharistie apparaît en même temps comme la source et le sommet de toute l’évangélisation, puisque son but est la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui avec le Père et l’Esprit Saint.

23. Par la communion eucharistique, l’Église est également consolidée dans son unité de corps du Christ. Saint Paul se réfère à cette efficacité unificatrice de la participation au banquet eucharistique quand il écrit aux Corinthiens : « Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain » (1 Co 10, 16- 17). Le commentaire de saint Jean Chrysostome est précis et profond : « Qu’est donc ce pain ? C’est le corps du Christ. Que deviennent ceux qui le reçoivent ? Le corps du Christ : non pas plusieurs corps, mais un seul corps. En effet, comme le pain est tout un, bien qu’il soit constitué de multiples grains qui, bien qu’on ne les voie pas, se trouvent en lui, tels que leur différence disparaisse en raison de leur parfaite fusion, de la même manière nous sommes unis les uns aux autres et nous sommes unis tous ensemble au Christ » L’argumentation est serrée : notre unité avec le Christ, qui est don et grâce pour chacun, fait qu’en lui nous sommes aussi associés à l’unité de son corps qui est l’Église. L’Eucharistie renforce l’incorporation au Christ, qui se réalise dans le Baptême par le don de l’Esprit (cf. 1 Co 12, 13.27).

L’action conjointe et inséparable du Fils et de l’Esprit Saint, qui est à l’origine de l’Église, de sa constitution et de sa stabilité, est agissante dans l’Eucharistie. L’auteur de la Liturgie de saint Jacques en est bien conscient : dans l’épiclèse de l’anaphore, on prie Dieu le Père d’envoyer l’Esprit Saint sur les fidèles et sur les dons, afin que le corps et le sang du Christ « servent à tous ceux qui y participent [...] pour la sanctification des âmes et des corps ». C’est le divin Paraclet qui raffermit l’Église par la sanctification eucharistique des fidèles.

24. Le don du Christ et de son Esprit, que nous recevons dans la communion eucharistique, accomplit avec une surabondante plénitude les désirs d’unité fraternelle qui habitent le coeur humain ; de même, il élève l’expérience de fraternité inhérente à la participation commune à la même table eucharistique jusqu’à un niveau bien supérieur à celui d’une simple expérience de convivialité humaine. Par la communion au corps du Christ, l’Église réalise toujours plus profondément son identité : elle « est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».

Aux germes de désagrégation entre les hommes, qui, à l’expérience quotidienne, apparaissent tellement enracinés dans l’humanité à cause du péché, s’oppose la force génératrice d’unité du corps du Christ. En faisant l’Église, l’Eucharistie crée proprement pour cette raison la communauté entre les hommes.

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