« Aller plus loin encore dans la reconnaissance de la spiritualité de l’autre ? »

Complément de l’entretien avec Rivon Krygier paru dans Paris Notre-Dame le 18 mars 2010.

Paris Notre-Dame – Comme juif, quelle est votre position vis-à-vis du dialogue avec le christianisme ?

Rivon Krygier – Je fais moi-même partie du mouvement Massorti, une tendance moderniste du judaïsme dont l’une des figures de proue, le rabbin Abraham Yehoshua Heschel, a joué un rôle essentiel dans les débuts de ce dialogue au cours des années soixante. Abondamment consulté, ce rabbin américain fut en effet impliqué, au plus près, dans l’élaboration des points du concile Vatican II concernant les relations avec le judaïsme. Pour ma part, j’ai eu l’occasion d’enseigner le judaïsme dans une perspective comparative, dans plusieurs instituts catholiques comme le Centre Sèvres, l’Institut Catholique de Paris et aujourd’hui, le Collège des Bernardins. Je suis modestement engagé dans les « Amitiés judéo-chrétiennes », commet parfois un article dans sa revue, Sens, et participe à de nombreux colloques. Pour mon plus grand intérêt spirituel et ma plus grande joie.

P. N.-D. – La communauté Adath Shalom est voisine de l’église Saint Léon (15e). Quelles relations entretenez-vous avec cette paroisse ?

R. K. – Excellentes. Nous avons établi depuis six ans un dialogue triangulaire exemplaire entre la paroisse, la salle de prière musulmane de Javel et notre communauté. Nous nous rencontrons régulièrement au sein du groupe interreligieux et nous avons eu, à plusieurs reprises, l’occasion d’organiser des événements communs très marquants.

Je pense particulièrement à la collecte de sang que nous avons initié de concert. Avec un message très fort : « Hier, et encore de nos jours, les religions ont pu conduire, hélas, à verser le sang et à répandre la mort. Ici, des membres des trois religions monothéistes mélangent symboliquement leur sang pour donner la vie. » Une association de jeunes des trois religions, « Coexister », porte ce projet et ce message.

Un autre exemple de ce dialogue vif et effectif me vient à l’esprit. C’était en pleine guerre de Gaza. Alors que les relations entre communautés juive et musulmane étaient extrêmement tendues, nous avons souhaité lancer un signe d’espoir dans le sens opposé. Une prière pour la paix commune aux trois confessions a été organisée. Ne pas désigner les « coupables », mais affirmer un désir ardent de réconciliation au nom du Dieu Un. Ce fut un moment très fort.

P. N.-D. – Dialoguer à deux n’est déjà pas évident, à trois, est-ce pensable ?

R. K. – Du fait d’un canon d’Ecritures communes, et de certaines accointances spirituelles, il peut exister une certaine complicité entre juifs et chrétiens. Mais aujourd’hui, en France comme au Moyen Orient, l’urgence, à mon sens, c’est le dialogue triangulaire intégrant les musulmans. Parce que le conflit israélo-arabe comporte une dimension religieuse, et qu’il s’exporte parfois en dégénérant en conflit entre juifs et musulmans ; le rôle du tiers médiateur peut alors se révéler d’une importance capitale. Les chrétiens, en l’occurrence, ont un rôle-clef à jouer dans la pacification des relations entre juifs et musulmans. Ce n’est bien sûr pas à un rabbin d’établir quelle est la mission de l’Eglise catholique, mais il me semble que l’Eglise s’illustrerait spirituellement, en œuvrant activement au rapprochement des cœurs et des âmes des uns et des autres. Ce serait « un saint office » ! • Propos recueillis par Guillaume Desanges

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