L’Église
Catholique
À Paris

Vendredi 14 mai 2010 - Homélie du Père François Potez

Homélie du Père François Potez (curé de la paroisse N.D. du Travail - Paris 14ème)
lors de la messe du 14 mai 2010 à la basilique du Colle Don Bosco.

Celui qui n’accueille pas le Royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y en-tre-ra pas !

Ce n’est pas qu’il aura du mal à y entrer, c’est qu’il n’y entrera pas ! C’est plus difficile pour un riche d’entrer dans le royaume qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille. Mais à la limite en se serrant un peu on y arrive quand même. Donc les riches peuvent y arriver mais celui qui n’accueille pas comme un enfant n’y entrera pas ! Là Jésus est radical.

Qu’est ce que ça veut dire redevenir comme un petit enfant ? Qu’est ce que ça veut dire accueillir le Royaume comme un enfant ?

Ça veut dire qu’on ne gagne pas le Royaume par la force, on ne gagne pas le Royaume par ses propres facultés, ses propres qualités. On reçoit le Royaume. On reçoit un Don. Aimer c’est bien mais il faut apprendre à se laisser aimer. Faire c’est bien mais il faut apprendre à se laisser faire, à se laisser conduire et tous, nous, hommes adultes nous savons à quel point c’est difficile de se laisser faire, de se laisser conduire par un autre.

Vous vous rappelez ce que Jésus disait à Pierre ? Quand tu étais jeune tu allais où tu voulais tu t’habillais toi-même, tu faisais comme tu pensais. Quand tu deviendras vieux un autre te mettra ta ceinture et te conduira pour aller là où tu ne voudrais pas aller.
Et Saint Jean l’Evangéliste note : « il disait cela pour dire par quel genre de mort il rendrait gloire à Dieu ». Quel est le genre de mort par laquelle Pierre rendra gloire à Dieu ? C’est la dépendance d’Amour. La dépendance par rapport à Dieu. C’est une découverte fondamentale et tellement importante, parce qu’elle est capable de bouleverser une vie. Le démon a susurré à l’oreille du premier homme - c’est-à-dire à nous tous parce que c’est notre histoire à tous -, à susurré cet immense mensonge, lui qui est le père du mensonge : « libérez-vous de cette servitude, libérez-vous du commandement de Dieu qui en réalité vous étouffe et qui vous empêche de faire votre bonheur vous-mêmes. Vous êtes assez grands quand même pour faire votre bonheur comme vous voulez, comme vous l’entendez, vous êtes assez grands quand même pour savoir ce qui est bon pour vous, ce qui est mauvais pour vous. Libérez-vous de toute espèce de commandement ! Soyez vous-même indépendants et libres ! ».

Menteur ! Prince du mensonge. Homicide dès l’origine. La mort est entrée dans le monde par la jalousie du Diable. Terrible, terrible péché d’orgueil qui en réalité nous a fait mourir, nous a fait reconnaître que nous étions nus, c’est-à-dire sans rien. Néant quand nous avons « pipé » la dépendance vis-à-vis de Dieu, Lui qui nous avait revêtu de lumière, Lui qui nous habillait de son regard d’Amour. Nous nous sommes retrouvés nus : la mort !

Vous savez, quand nous sommes adultes, ça vous est déjà arrivé comme à nous tous de dire une fois de temps en temps : « Ah ! Enfin seul ! Je vais pouvoir décider tout seul sans rien demander à personne ! ». C’est vachement bien de pouvoir décider tout seul.

« Si vous ne redevenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas » : c’est ça qui rend joyeux. L’indépendance, l’indépendance d’orgueil, c’est dire celui qui voudrait être la propre référence de ses décisions : c’est la mort ! Et nous le savons bien parce que c’est notre expérience, c’est la tristesse, c’est l’angoisse ; est-ce que j’ai bien décidé, est-ce que c’est ça qu’il faut ? Est-ce que c’est comme ça qu’il faut faire ? C’est une angoisse quelquefois insoutenable, intenable.

Celui qui sait qu’il est dans la volonté de Dieu, celui qui est prêt à changer de route du tout au tout, d’un instant à l’autre, si Dieu lui montre que finalement il faut faire comme ci plutôt que comme ça, il est libre ! Dépendance d’Amour totale ! Il est libre ! Alors il est joyeux. C’est quand même incroyable quand on regarde Jésus dans l’Évangile : sans cesse il manifeste cette dépendance par rapport à son Père : « Je ne parle pas de moi-même. C’est ce que mon Père dit que je vous dis. Je ne fais rien de moi-même ». Comme le Fils voit faire au Père, le Fils fait pareillement. Le Fils est dans une dépendance totale par rapport à son Père. Mais c’est ça qui fait qu’il est Fils et c’est la raison pour laquelle on lui donnera le nom qui est au dessus de tout nom, comme dit Saint Paul. Lui qui s’est abaissé jusqu’à mourir, mort d’amour en manifestant dans le temps et dans le visible ce qui était depuis l’éternité dans l’éternité. Jésus a manifesté d’une façon visible, et à cause du péché d’une façon sanglante, ce qu’il vit éternellement, c’est-à-dire une totale dépendance d’Amour par rapport à son Père. Jésus meurt d’amour. Il le dit à Catherine de Sienne : « ce qui m’a retenu à la croix, ce ne sont pas les clous, c’est l’Amour que j’ai pour mon Père et que j’ai pour vous ».

Est-ce que vous n’avez pas été frappés hier de voir la sérénité de ce visage (du Saint Suaire) ?
« Que votre sérénité soit connue de tous les hommes » dit Saint Paul. C’est vrai, notre monde est si angoissé, notre monde est si douloureusement inquiet. D’où vient la sérénité, d’où peut venir la sérénité ? De la dépendance d’Amour. Je suis heureux que le père Hubert tout à l’heure l’ait souligné. Comment pouvons-nous mener une vie chrétienne si nous sommes indépendants ? C’est la dépendance par rapport à un autre, c’est le discernement qui ne vient pas de nous, mais qui peut nous conduire, qui nous conduit dans la lumière ; c’est en nous en remettant dans l’ouverture de cœur, dans la vérité de notre cœur que nous pouvons être libres.

Comment Saint Paul peut-il dire : « soyez joyeux » ? Il ne dit pas : « c’est un conseil ». Il dit : « Soyez joyeux ! Et je vous le redis soyez dans la joie ». Comment peut-on être joyeux dans les difficultés, les épreuves, les souffrances (et il y en a parmi nous qui souffrent de grandes blessures, de grands drames parfois) ? Comment être joyeux dans les blessures, dans les épreuves, dans les grandes souffrances ? Sinon en étant, comme dit Saint Paul, remis totalement à un autre. « Ne soyez inquiets de rien ». Qui peut rajouter une mesure à sa vie ? Qui peut changer le cours des choses ? Nous avons finalement un pouvoir sur les toutes petites choses mais pas sur les grandes. Dieu nous conduit. Dieu est un père, Dieu est un bon père qui nous conduit de façon sûre, parce qu’il veut pour nous le meilleur.

Le drame, c’est quand nous voulons nous conduire tout seuls. Si nous nous laissons conduire par le Père, alors c’est le bonheur qu’il nous donne ; peut-être à travers les larmes… Tous les saints, c’est leur caractéristique - et Don Bosco n’y échappe pas, il est même un modèle de cette réalité -, tous les saints pleurent parce qu’ils souffrent, mais c’est une souffrance qui est tellement profondément joyeuse !

Voilà le secret de la vie chrétienne : la joie et la douleur pour le chrétien ne font qu’un ! Je ne peux pas séparer l’un de l’autre. C’est dans la douleur, c’est-à-dire dans cette douleur d’appartenir à un autre qu’en réalité je découvre ma joie profonde. C’est dans la douleur de l’appauvrissement de soi que je découvre cette joie profonde que rien ni personne ne peut m’enlever. Saint François d’Assise -le grand saint de la Joie–, pourquoi est-il joyeux ? pas parce qu’il est écolo et qu’il aime les petits oiseaux – , Saint François d’Assise, le grand saint de la Joie, découvre la vérité de la joie parce qu’il a découvert le secret de la pauvreté. Le dépouillement total de lui-même. Il s’est laissé conduire, il ne décide plus rien. Don Bosco a fait de la douceur et de la patience son principe fondateur pour l’éducation. Je pense que « douceur » selon Don Bosco c’est cette sérénité là. Il l’a appliquée aux enfants dont il a reçu la charge.

Si on avait du temps - mais je sens que le Père Emmanuel Schwab va montrer une grosse horloge, alors je vais conclure -, si on avait du temps on développerait ce que Don Bosco a pratiquement légué comme son trésor, les trois blancheurs (vous avez forcément entendu parler des trois blancheurs). Ces 3 blancheurs, je pense qu’on pourrait les prendre comme le secret de cette vraie joie, le secret de cette grande sérénité :

- L’Eucharistie
L’Eucharistie, c’est, comme Jean Paul II, apprendre à être exposé par amour. J’ose poser cette question : est-ce que vous êtes du côté de l’amour qui s’impose ou est-ce que vous êtes du coté de l’amour qui s’expose ? La question est formidable. Jean Paul II n’a jamais été autant…fort que quand il a été totalement dépouillé jusque de sa force humaine, infirme, sans plus être capable de dire même un mot. Il n’a jamais eu autant d’autorité que quand il était « exposé » au monde. C’était l’année eucharistique.
Pour moi ça a été un bouleversement complet. Il avait demandé dans son encyclique que nous devenions des hommes eucharistiques. Très longtemps je me suis demandé ce que cela voulait dire « devenir des hommes eucharistiques ». C’est en méditant son agonie, après, que je crois avoir compris quelque chose. Jean Paul II est devenu lui-même « eucharistie » c’est-à-dire « Amour exposé », sans aucune défense, sans aucune protection, sans plus rien qui puisse le protéger du regard. On peut le mépriser, on peut l’injurier, on peut le laisser … Lui est donné, tout entier donné. Le modèle bien sûr c’est Jésus, exposé sur la croix, retenu à la croix non pas par les clous mais par l’Amour.

Voilà la 1ère blancheur, le premier chemin que nous enseignerait Don Bosco, chemin d’un Amour exposé.

La 2ème blancheur : l’Eglise.
Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas indépendants. Nous sommes, comme dit Saint Paul, « membres les uns des autres ». Membres les uns des autres, membres d’un seul corps qui est l’Eglise dont le Christ est la tête. Oui, nous sommes tous dépendants les uns des autres. Nous dépendons les uns des autres. Il y aurait tellement à dire, tellement à méditer… mais c’est un chemin qu’il faut explorer, qu’il faut développer beaucoup entre nous…

Et puis la 3ème blancheur c’est Marie.
Petit enfant qui ne s’est jamais regardée elle-même. Elle est vierge, elle est comblée de grâces, elle est immaculée... C’est elle qui au fond est le modèle – le concile l’a manifesté d’une façon éclatante –, c’est elle qui est le modèle de cette perfection de la vie chrétienne, elle qui est toute entière offerte au Père, tellement offerte qu’elle conçoit dans sa chair la Parole d’Amour incarnée. Prodige de l’Amour ! Elle donne cette Parole au monde. Comme dit Jean Paul II - et je m’arrête là - la joie de Marie est tellement éclatante ! Comme elle est grande, comme elle est héroïque la foi de celle qui a cru dans les paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! Marie n’a jamais - c’est encore Jean Paul II -, Marie n’a jamais chanté plus parfaitement son Magnificat qu’au calvaire, au pied de la croix de Jésus. La joie et la douleur, pour Marie, ont fait la perfection de sa vie. Quel secret d’Amour !

Tâchons de nous laisser emporter maintenant dans la messe en cette célébration eucharistique où Jésus vient sur l’autel, lui le Pauvre, lui qui n’a plus rien à lui, lui qui est totalement offert. Il est dépendant de son Père, il a voulu aller jusqu’à dépendre de nous. Il dépend du regard que nous poserons sur lui. Posons sur lui le regard des petits enfants émerveillés devant un tel secret d’Amour.

Amen.

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