L’Église
Catholique
À Paris

Dimanche 16 mai 2010 - Homélie du Père Emmanuel Schwab

7ème dimanche du Temps Pascal – Année C
Pèlerinage diocésain à Turin

Ac 7,55-60 ; Ps 96 ; Ap 22,12-14.16-20 ; Jn 17,20-26

Avec Saint Etienne, nous pourrions dire : « Voici que nous avons contemplé les cieux ouverts : le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu ».
Quelle que soit notre conclusion sur l’identité entre le linge qui est précieusement conservé à Turin et que nous avons vu de nos yeux, et celui dans lequel Jésus a été déposé au soir du vendredi où il est mort, le linge que nous avons vu nous renvoie à la question de la réalité de la mort du Seigneur Jésus et à sa résurrection, comme nous le disait notre archevêque dans cette même église jeudi après-midi.
Ce linge nous donne à voir le corps d’un homme supplicié, en tout semblable à celui de Jésus. Et vous avez sans doute été saisis, comme moi je l’ai été, par la paix qui émane de cette figure. L’accumulation des supplices : le fouet, le portement de croix, la couronne d’épines, les coups, la crucifixion, la mort sur la croix, tout cela ne nous est pas donné à voir à travers un corps défiguré et effrayé. Tout cela nous est donné à contempler dans un corps paisible.

Le Christ ressuscité nous donne à revisiter toute sa Passion qui ne commence pas le soir du Jeudi Saint, mais qui commence dès le jour de l’Annonciation. Lorsque le Verbe se fait chair, déjà il entre dans sa Passion. Le massacre des Saints-Innocents sera là pour nous dire que tout de suite la mort sanglante, cruelle, due au péché de l’homme, plane au dessus de Jésus.

Nous avons contemplé l’icône de celui qui a livré sa vie pour nous, par pur amour. Etienne, contemplant cette gloire du Christ dans la grâce qui lui est faite, va aussitôt partager la Passion de Jésus. Les Actes des Apôtres nous rapportent la mort d’Etienne en reprenant les mots même de la Passion de Jésus : « Seigneur Jésus reçois mon esprit ; Seigneur ne leur compte pas ce péché ». Notre contemplation du Christ ressuscité nous conduit vers sa Passion car la résurrection de Jésus nous fait découvrir que la Passion et la Croix sont le chemin de la Vie et de la Résurrection, le chemin paradoxal de la Vie et de la Résurrection.

Et j’ai toujours dans l’oreille ce petit verset du Livre de l’Apocalypse, au chapitre 6 verset 2 à propos du cavalier blanc : « Il partit en vainqueur, et pour vaincre encore ». Notre confession du Christ ressuscité doit se traduire pour nous dans une acceptation à nous laisser conduire par ce même Ressuscité sur le chemin de la Passion et de la Croix pour parvenir à la gloire de sa Résurrection. C’est la prière que l’Église met sur nos lèvres trois fois par jour dans la conclusion de l’Angélus : que nous soyons conduits, par sa Passion et par sa croix, à la gloire de sa résurrection.

Après avoir contemplé le Linceul, nous avons poursuivi notre chemin avec deux figures de saints : saint Jean Bosco, prêtre et le bienheureux Pier Giorgio Frassati, laïc : un saint prêtre et un saint laïc. Le verset de l’évangile de ce jour nous rappelait cette parole du Seigneur : « Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins ». Comment ne nous laisse-t-il pas orphelins ?
Il ne nous laisse pas orphelins en nous donnant une Église qui est une mère, et dans cette Église, il nous donne les uns aux autres, pour que nous exercions les uns envers les autres, chacun à notre place, quelque chose de la grâce du Christ les uns pour les autres. La sainteté n’est pas un chemin personnel, individuel et portatif, égoïste ou narcissique. La sainteté, c’est le chemin de la charité, c’est-à-dire l’apprentissage du don de sa vie.
J’ai grande joie d’avoir conduit notre archevêque à venir vénérer le Linceul. Après avoir vénéré le Linceul, il a été invité à écrire sur le livre d’or. Je me suis permis de photographier ce qu’il a écrit et je vous le lis :

Oui notre pèlerinage, en contemplant cette figure du Linceul, en allant sur les traces de saint Jean Bosco et du bienheureux Pier Giorgio Frassati, n’a d’autre but que de stimuler en nous la foi, l’espérance et la charité, pour que nous construisions, ici et maintenant, l’Église Corps du Christ, peuple de Dieu et temple de l’Esprit-Saint. Chacun de nous porte quelque chose de la responsabilité de l’Église à être dans le monde ce signe sacramentel du Christ, c’est-à-dire non seulement le signe qui évoque le Christ mais le signe qui donne le Christ.

Et quel est le signe visible immédiatement par nos contemporains de l’Église ?
C’est l’unité de la charité. C’est l’objet de la prière du Seigneur : « Père qu’ils soient un comme toi Père tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un comme nous sommes un. » Mais quelle est cette unité de la Trinité Sainte, si ce n’est la charité qui a été répandue en nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ? (Rm 5,5) Et dans notre pèlerinage nous avons fait — je l’ai entendu de multiple manières — l’expérience de la charité. A plusieurs reprises sur la route verte, le Père François Potez vous a exhortés à marcher en vous abstenant de tout péché. Moyennant quoi beaucoup sont restés silencieux… C’est un bon apprentissage de la sainteté ! Nous avons reçu une bouche pour bénir et il y a si souvent des paroles inutiles qui sortent de notre bouche… Sur la marche plus difficile d’hier, mais aussi chaque jour, l’entraide entre les différents membres de nos routes a été réelle, et elle a été stimulée par cette charité. Ce que nous avons vécu pendant ces quelques jours, si cela peut être un entrainement pour le reste de notre vie ! Ce que nous avons vécu ici, c’est sans doute ce qu’il nous faut continuer à vivre là où nous sommes. Et là où nous sommes, parfois, nous sommes la seule présence de l’Église. Dans nos classes d’école, de collège, de lycée, à la faculté, sur nos lieux de travail, dans des réunions d’amis, nous sommes parfois une unique présence chrétienne et en nous c’est toute l‘Église qui est présente et c’est toute la charité du Christ que le Christ veut donner à voir.

Nous sommes allés sur les lieux de don Bosco et de Pier Giorgio Frassati, pas d’abord pour aller les voir eux, mais pour aller contempler les lieux où ils ont vécu et les œuvres qu’ils ont faites. Et cela nous renvoie à ce que nous entendions dans la lecture de l’Apocalypse : « Voici que je viens sans tarder, dit le Christ, j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il aura fait ».
Qu’aurons-nous fait ?
Le Christ n’est pas mort et ressuscité pour que nous allions bien. Le Christ n’est pas mort et ressuscité d’abord pour que notre ego soit satisfait. Le Christ est mort et ressuscité pour que tous les hommes soient sauvés, et il nous a appelés à travailler à son oeuvre. Nous sommes à la fois les bénéficiaires du salut, et les co-acteurs du salut.
Comment travaillons-nous à l’œuvre de Dieu ?
Quelle est la fécondité de notre vie ?
Nous ne pouvons pas le savoir, mais ce que nous pouvons nous poser comme question, c’est comment tout au long de la journée nous cherchons à travailler avec le Christ, comment nous cherchons à mettre en oeuvre sa parole. Il y a ce cri étonné de Jésus dans le Sermon dans la plaine dans Saint Luc : « Mais pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6,46). L’Esprit Saint, que l’Église appelle de tout son cœur en ces jours entre l’Ascension et la Pentecôte, nous est donné pour que nous fassions la Parole de Dieu, pour que nous accomplissions les commandements de Dieu, comme le Christ les a accomplis.
Comment est-ce que nous œuvrons aux œuvres de Dieu de manière volontaire et décidée ?

« L’Esprit et l’épouse disent : "Viens !". Celui qui entend qu’il dise : "Viens" ». Nous n’appelons pas seulement le Seigneur à la fin des temps, un jour que nous avons reculé très très loin dans l’histoire ; nous appelons le Seigneur aujourd’hui : « Amen, viens Seigneur Jésus ! ».

Et dans la célébration de l’Eucharistie, nous ne faisons pas seulement mémoire de l’évènement du passé de la mort et de la résurrection de Jésus, nous affirmons sa résurrection aujourd’hui et sa venue aujourd’hui au milieu de nous.

Oui, amen ! Viens Seigneur Jésus au milieu de nous !
Viens te livrer à nous en ton Eucharistie, viens nous saisir avec toi dans ce mystère de l’Eucharistie, pour que par toi, avec toi et en toi, nous puissions nous aussi livrer notre vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Amen

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