Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Ordinations des diacres permanents 2005

Notre-Dame de Paris – samedi 8 octobre 2005

Jésus est le seul vrai pasteur, le seul vrai berger. La mission pastorale qu’il confie à son Eglise à travers les paroles que nous venons d’entendre, nous le savons, c’est lui, encore, qui l’accomplit aujourd’hui à travers l’Église. Lui, et non pas nous. C’est lui qui livre sa vie, c’est lui qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent. C’est lui qui entre avec le peuple qu’il fait surgir des eaux du baptême dans une communion comparable à celle qui existe entre lui et son Père.

La mission pastorale, nous voyons comment, à travers le déroulement de l’histoire, elle se réalise à travers des hommes qui sont appelés et choisis. D’abord les douze autour du Christ, puis, après eux, ceux qu’eux-mêmes choisiront pour leur imposer les mains et en faire leurs collaborateurs. Même si, à l’époque des textes du Nouveau Testament, la distinction des ordres et des fonctions n’est pas aussi marquée qu’elle le deviendra par la suite, ces textes marquent clairement que la mission apostolique suscite des collaborations.

On se plaît généralement à accrocher le diaconat aux sept hommes qui ont été recrutés par les apôtres qui voulaient se consacrer tout entiers à l’annonce de la Parole pendant que ceux-là s’occuperaient du « service des tables ». Mais il est remarquable que le récit des Actes ne nous décrive jamais ce qu’était le service des tables, il nous montre toujours des diacres qui prêchent. Les tâches ne sont pas définies avec une limpidité extraordinaire ? Qu’importe ! Que nous soyons évêque, prêtre ou diacre, l’exercice de notre ministère n’épuise pas la mission pastorale du Christ, il ne lui procure qu’une modalité et une réalisation pour le temps que nous vivons. Nous savons bien de surcroît que cette réalisation est toujours en deçà de la plénitude pastorale qui désigne le vrai berger.

Peut-être n’est-il pas inutile, au moins à titre de mémoire, en cette fête de la fondation du diocèse de Paris, de puiser dans les lectures que nous avons entendues quelques signes de cette mission pastorale du Christ. Non seulement, comme le dit l’Évangile de saint Jean, la connaissance intime de ceux qui composent le troupeau, non seulement la communion profonde entre le Christ et ceux qui le suivent, mais encore, cette affection maternelle qu’évoquait l’épître de Paul : « Il prend soin de nous comme une mère prend soin de ses petits », il veut nous entourer de la tendresse et de l’affection maternelle, il veut nous chérir.

A travers notre ministère, nous avons à traduire ces grands axes de la mission ecclésiale : connaître ceux que le Christ nous confie, entrer dans une relation personnelle avec eux, manifester pour eux et, parmi eux, pour ceux qui sont les plus éprouvés, les signes de la tendresse de Dieu à travers les gestes de la solidarité et de l’affection humaine. Nous découvrons, dans les quelques paroles du Christ que nous avons entendues, que cette proximité aimante, ce soin attentif qui caractérise le vrai pasteur s’accompagne du don qu’il fait de sa vie.

A deux reprises, Jésus nous présente cette offrande de lui-même par contraste avec l’attitude d’un berger mercenaire qui ne garde le troupeau que pour gagner de quoi vivre en évitant les accidents. Il fait ressortir ainsi d’une façon tout à fait claire, la différence entre une conduite pastorale qui serait simplement un métier ou une fonction, et une communion pastorale avec le Christ qui ne se réduit pas aux actes que l’on pose mais qui touche à l’être lui-même, à la personne.

Il ne s’agit pas seulement en étant ordonné de donner du temps. Bien sûr, il faudra aussi en donner. Mais ce n’est pas pour cela qu’on est ordonné : être ordonné n’est pas devenir expert de quelques catégories ou activités ecclésiales ou sociales que ce soit. Il ne s’agit pas d’endosser une fonction qui se signalerait par un costume ou un uniforme, ou une bannière, ou un programme. Il s’agit de s’offrir, de se donner. N’entendons pas cette expression de l’offrande de soi, du don de soi, seulement dans la forme extrême que représente le martyre, n’imaginons pas une sorte de dévouement sans limite dont le résultat le plus probable serait de faire exploser notre existence. Comprenons, et cela est beaucoup plu profond, que le ministère reçu transforme l’ensemble de l’existence, il n’est pas seulement l’habilitation à faire quelque chose, il est la consécration à devenir quelqu’un. Cette consécration nous prend tout entier, elle suppose que l’on se donne tout entier, non pas dans une sorte de championnat d’activisme et de générosité, mais dans une ouverture la plus complète possible pour que rien de notre vie ne demeure étranger à notre service, que ce soit notre métier, que ce soit notre vie de famille, que ce soient les loisirs ou les vacances.

A travers le tissu de notre existence, ce don de nous-même prend sa figure, parfois à travers des activités spécifiques, parfois à travers la banalité d’une vie ordinaire, toujours comme une communion plus profonde et entière à l’offrande que Jésus fait de sa vie comme vrai pasteur, offrande dans laquelle nous essayons de nous laisser emporter avec lui. Tout à l’heure le cortège des diacres qui traversait notre assemblée en accompagnant l’évangéliaire était comme une belle figure d’un aspect important du ministère diaconal qui est l’annonce de l’Evangile. En les voyant monter vers l’autel et en les reconnaissant malgré la luminosité un peu basse, je me disais que nous étions en train de voir une sorte de parabole du ministère diaconal. Ils font une procession, une cohorte, un accompagnement, un environnement pour l’Évangile qu’ils essayent de porter à travers l’Église et d’annoncer aux gens qu’ils rencontrent, comme ils vont, par leur service liturgique dans l’Eucharistie, manifester, même de façon très symbolique, la volonté de s’unir à l’offrande du Christ, comme ils vont non moins par leur présence dans la vie familiale, dans le tissu professionnel, dans la paroisse, dans la mission qui leur est confiée, s’efforcer de devenir davantage signes et acteurs de la proximité du pasteur, de celui qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent.

Dans vos quartiers, dans vos immeubles, dans votre profession, à travers le fait que vous êtes ordonnés ministres de l’Église, une proximité de Dieu est manifestée. Il s’est fait proche des hommes à travers des hommes qui se font proches de leurs frères. Il se fait témoin de la tendresse de Dieu à travers des hommes qui se mettent au service de leurs frères.

Je vous propose simplement que, pendant quelques instants de silence, nous priions les uns pour les autres, les uns avec les autres, pour cette magnifique mission pastorale du Christ à travers l’histoire des hommes, pour cette mission confiée à son Eglise, que par le don de nos vies, le don de sa vie soit signifiée. Que par notre présence sa proximité soit exprimée, que par notre parole sa parole soit annoncée, que par notre joie sa bénédiction soit promise.

Amen.

+ A. VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

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