Mot d’accueil de Mgr André Vingt-Trois à l’occasion de la visite du Patriarche Alexis II

3 octobre 2007 - Notre-Dame de Paris

- Lire le discours de sa Sainteté Alexis II.

Sainteté,

C’est un grand honneur pour les catholiques de Paris et spécialement pour leur archevêque de pouvoir accueillir votre Sainteté dans cette prestigieuse cathédrale. Depuis plus de huit cents ans, elle est le centre de notre cité et le symbole architectural de la foi des chrétiens de notre ville. Plus largement encore, par les événements qui s’y sont déroulés, elle est un symbole de notre identité nationale dans lequel se reconnaissent beaucoup de Français, même s’ils ne sont pas chrétiens. Par le nombre de ses visiteurs de tous les continents, elle est un des monuments les plus connus et les plus visités de Paris. Mais, par-dessus tout cela, elle est avant tout l’église mère du diocèse où se réunissent souvent les catholiques parisiens. Nous sommes fiers de vous en faire aujourd’hui les honneurs.

Votre visite en ce jour n’est pas la visite d’un touriste mais la visite d’un grand croyant. A l’occasion de votre visite en Europe occidentale, votre Sainteté a souhaité faire ici un pèlerinage particulier pour vénérer les insignes reliques de la Passion de notre Sauveur et notamment la Couronne d’Épines que nous avons reçue en dépôt et que nous vénérons régulièrement dans cette cathédrale. Je suis heureux que vous ayez accepté l’invitation que je vous ai adressée pour cette démarche de croyant et de pèlerin.

Les traces matérielles, les reliques, de la Passion du Seigneur tournent nos regards et notre prière vers les jours bénis de son séjour terrestre, alors que, poussé par l’amour de Dieu, il s’avance pour donner sa vie au profit de la multitude de l’humanité. Ce jaillissement de la miséricorde divine nous fait plier les genoux devant le Père, de qui vient toute paternité et tout amour. La longue histoire de l’humanité, et plus spécialement celle du XX° siècle en Europe, a montré à quelles horreurs pouvaient atteindre les idéologies politiques qui rejetaient l’amour au profit de la domination du parti ou de l’idolâtrie de la race et de la puissance. Cette longue période tragique a du moins manifesté comment, fortifiés par la puissance de sa résurrection, les véritables disciples du Christ, même s’ils étaient condamnés au silence et à la clandestinité ou persécutés, entretenaient la vigueur de la foi par tous les moyens possibles, souvent au prix de leur liberté ou de leur vie. En vénérant la Couronne d’Épines, nous unissons dans un même mouvement le souvenir de la Passion du Christ et la mémoire de celles et de ceux qui ont été entraînés à sa suite par fidélité à la foi.

Notre attachement commun à la personne du Christ crucifié et ressuscité m’autorise à émettre devant vous un vœu : que le pèlerinage de votre Sainteté soit un signe vivant des liens de foi qui unissent déjà notre Église catholique romaine et les Églises de l’Orthodoxie, qu’il soit aussi un signe prophétique de l’unité entre les chrétiens à laquelle nous aspirons. Vous le savez, les péripéties de l’histoire moderne ont permis que les chrétiens orthodoxes soient bien implantés en France. Grâce à eux, nous, catholiques français, nous pouvons mieux connaître l’Orthodoxie dans l’unité de sa foi, la diversité de ses traditions et juridictions et nos relations sont facilitées par l’instance de représentation et de coordination que constitue l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. Nous entretenons avec les orthodoxes des relations fraternelles que nous souhaitons encore développer. Je ne doute pas que votre présence ici aujourd’hui constitue un encouragement à progresser dans une meilleure connaissance mutuelle et un respect fraternel entre les membres de nos Églises.

Les différences entre nos traditions respectives comme les différences entre nos contextes sociaux et culturels, loin de constituer un obstacle insurmontable, nous incitent au contraire à développer entre nous un échange des dons de la Providence. Nous avons déjà beaucoup reçu, en particulier par les théologiens russes de l’immigration. Nous suivons avec intérêt le renouveau de l’Eglise orthodoxe en Russie et nous rendons grâce pour les fruits qu’il produit, en particulier dans la vie paroissiale et monastique et dans le service des pauvres Nous, catholiques, sommes convaincus que nous avons beaucoup à apprendre et à recevoir de l’expérience des Églises orthodoxes. Oserais-je dire que notre propre expérience d’une foi vécue dans un tout autre contexte peut ne pas être non plus sans intérêt pour vous ?

Sainteté, nous allons entendre ensemble la proclamation de la même Bonne Nouvelle, nous prierons chacun dans notre tradition la prière enseignée par Jésus à ses disciples. Nous bénirons les chrétiens réunis en cette rencontre fraternelle. Comment ne serions-nous pas inspirés par la prière de Jésus lui-même avant sa Passion : « Qu’ils soient uns comme nous sommes un. » ?

+ André Vingt-Trois,
Archevêque de Paris

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