Visite de l’exposition " Les Primitifs Italiens ".

De Sienne à Florence, les Primitifs Italiens, collection d’Altenbourg. Au Musée Jacquemart-André.

Communication de Marianne Caraux pour Art, Culture et Foi : visite de l’exposition au Musée Jacquemart-André, mardi 28 avril 2009.

Exposition du 11 mars au 21 juin 2009, tous les jours de 10h à 18h. Entrées 10€ et 7,50€, gratuit pour les moins de 7 ans. 158 boulevard Haussmann, Paris 8e. M° Saint-Augustin, Miromesnil, Saint-Philippe-du-Roule - Bus 22, 43, 52 54 28 80, 83, 84, 93.

Au milieu du XIXe s., le baron Bernhard August von Lindenau, philanthrope et amateur constitue une collection d’art qu’il lègue à sa ville Altenbourg en 1848. Elle est conservée intégralement, depuis lors, dans le musée construit peu de temps après sa mort. Parmi d’autres domaines représentés, sa collection rassemble 180 peintures des Primitifs Italiens de la fin du XIIIe au XVe s., des écoles de Sienne et de Florence. Cette période correspond, non à la peinture de la première renaissance mais à celle du Moyen Age si rarement présentée dans nos musées.
40 œuvres ont été choisies et sont actuellement présentées dans les salles d’exposition du Musée Jacquemart-André. Le plus souvent, les acquisitions du Baron von Lindenau sont des fragments, des panneaux amputés, parcelles incomplètes de grands polyptyques et « pala » d’autels ou bien de diptyques de moindre dimension destinés à la dévotion privée.
Les historiens de cette exposition ont ajouté à cette présentation une dizaine de tableaux empruntés à de grands musées étrangers, afin de tenter une reconstitution cohérente et lisible des prédelles et des retables aujourd’hui sectionnés et dispersés.

Sienne, comme sa rivale Florence est une ville commerçante prospère dès le XIIe s., grâce au négoce de la laine et à ses banquiers. Elle devient« civitas virginis », voue un culte merveilleux pour la Madone, en remerciement, depuis la victoire de Montaperti contre les florentins, en 1260. Cette victoire développe chez les Siennois un réveil communal et artistique. Cette conscience nouvelle s’exprime sur des formes s’éloignant peu à peu du « provincialisme byzantin » répandu jusque-là.

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Guido da Siena, L’adoration des Mages - vers 1270-1280.

Les « fonds d’or » demeurent pendant le Trecento (XIVe s.) ; la « maniera greca » perdure dans la suggestion simplifiée des architectures et de la végétation : rochers, arbre, ou bien encore dans le caractère iconique des visages et des corps. Dans la première salle d’exposition, cette tradition picturale et iconographique est représentée par les panneaux de l’Histoire du Christ attribuée à Guido da Siena.
Et déjà s’y dessine la nouveauté : un essai de mise en espace, un modelé, un mouvement expressif gagnent les figures et les humanisent. Les couleurs se différencient et commencent à chatoyer.

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Lippo Memmi, Vierge à l’enfant - vers 1320-1322.

A Sienne, Marie a la première place : « Maesta », Vierge en majesté trônant, l’enfant Jésus sur ses genoux. Son trône architecturé et luxueusement décoré, (Deodato di Orlandi : Vierge à l’enfant trônant) devient une construction gothique (Angelo Puccinelli : Vierge à l’enfant entourée d’anges avec Ève et le serpent) puis son bois est recouvert de riches étoffes brochées, doublées d’hermine (Lippo Memmi : Vierge à l’enfant d’Altenbourg). L’esthétique gothique faite d’élégance et de riches couleurs juxtaposées : des rouges, des verts, éclate sur les fonds d’or estampés et gravés simulant l’orfèvrerie (Lippo Memmi : Marie Madeleine du musée d’Avignon).

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Sano di Pietro, L’Assomption de la Vierge (détail) - 1448-1452.


Marie enveloppée dans sa robe blanche brodée d’or s’élève dans une mandorle de gloire constituée de chérubins et de séraphins (Sano di Pietro : Assomption de Marie).
La Vierge de tendresse, vierge « eleousa » conserve le voile noir, le « maphorion » byzantin. Elle s’humanise, ses traits sont d’une très grande douceur (Liberale di Verona : Vierge à l’enfant ).

L’iconographie s’enrichit. Comme le Christ est le nouvel Adam, Marie est la nouvelle Ève (dans le panneau de Puccinelli, associant Marie et Ève).
La vie de Marie, dont nous ne savons que peu de choses dans les écrits canoniques, est relatée dans la Légende Dorée, source de connaissance importante pour les imagiers (Sano di Pietro : Histoire de la Vierge).
Les sentiments se lisent sur les visages au pied de la croix : souffrance et compassion (Giovanni di Paoli : La Crucifixion). Marie s’est évanouie dans les bras de Marie Madeleine.

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Sano di Pietro, Marie revenant du Temple - 1448-1452.

Florence : dans la collection Lindenau, les premiers peintres florentins représentés appartiennent au début du XIVe s., avec une série admirable de trois panneaux peints par Bernardo Daddi. Suiveur de Giotto, il nous donne à voir son très grand talent de coloriste, sensible aux nuances soulignant le modelé des drapés et des figures. Dans sa Crucifixion, la silhouette toute de noir vêtue de Marie, délicatement ourlée d’or s’oppose et révèle les vert, rose, rouge et bleu des vêtements de Jean qui, dans un geste d’une grande tendresse lui prend la main dans les siennes. Ce lien entre eux deux et avec le Christ est affirmé par les paroles inscrites sur les deux phylactères rouge et bleu qui se croisent : « Mulier. Ecce. Filius. Tuus » et « Deinde. Dixit. Discipulo. Ecce Mater Tua ».
Dans La Cène d’Agnolo Gaddi, les mains des douze apôtres, en des gestes tous différents, disent l’agitation, l’étonnement, la surprise à l’écoute des paroles du Christ : « L’un d’entre vous va me livrer » (Jean 13, 21). Judas, vu de profil, assis sur un tabouret bancal, est le seul placé de l’autre côté de la table et le seul à ne pas avoir d’auréole. Dans la coupe tenue par le Christ figure l’hostie de la communion : le dernier repas est aussi la première Eucharistie.

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Lorenzo Monaco, La fuite en Egypte - vers 1405-1410.


Le début du Quattrocento, à Florence, est évoqué dans la dernière salle de l’exposition : trois artistes, tous trois membres du clergé régulier : Lorenzo Monaco, Fra Angelico et Filippo Lippi.
Au fond d’or, signe de la tradition orientale du tableau du Christ en croix entre saint François, Benoît et Romuald de Lorenzo Monaco s’ajoute déjà la science florentine d’un modelé délicat, d’un travail de la lumière touchant les traits des trois saints agenouillés devant la croix.
Un dépouillement, signe d’un nouvel esprit de réforme déjà présent chez Lorenzo Monaco est plus sensible encore dans les panneaux de Fra Angelico : ses trois saints, Jérôme, Bernard et Roch, figures frontales épurées, concises, austères, aux robes de bure d’un rendu sculptural reposent chacun sur un petit nuage bleu. Ces panneaux séparés faisaient partie du maître-autel de l’église dominicaine du couvent San Marco de Florence.

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Fra Angelico, La preuve par le feu de saint François (détail) - 1429.


Par contre, dans le petit tableau de La preuve par le feu de Fra Angelico, sur la vie de saint François d’Assise, c’est la fraîcheur des coloris, ce sont les détails des regards, des gestes des mains, c’est le travail d’une grande finesse de miniaturiste qui nous émerveille.
L’exposition s’achève avec un panneau de Filippo Lippi, Saint Jérôme pénitent et un frère carme qui faisait partie des collections de Cosme de Médicis, cette peinture annonce le grand mécénat des Médicis et la renaissance à Florence au XVe s.

Marianne Caraux

Photos : © Bernd Sinterhauf, Lindenau Museum, Altenburg, 2008.

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