Homélie du Mgr André Vingt-Trois – Messe de l’Œuvre d’Orient 2007

Cathédrale Notre-Dame de Paris – dimanche 13 mai 2007

Dimanche 13 mai 2007 à 15h30, Mgr Vingt-Trois présidait la Messe annuelle de l’Œuvre d’Orient qui était célébrée cette année en rite grec-catholique (melkite) par Mgr Joseph Kallas, métropolite de Beyrouth, assisté de Mgr Antiba, curé de Saint-Julien-le-Pauvre, et du père Charbel.

Le chœur de Saint-Julien-le-Pauvre assurait le chant. Mgr Vingt-Trois a rappelé dans son homélie qu’être des témoins de l’espérance par delà les tribulations du monde, au milieu des tribulations du monde, voilà la vocation des chrétiens qu’honorent très spécialement les chrétiens d’Orient.

Excellences, Messeigneurs, chers amis !

Pendant le temps pascal, nos liturgies nous conduisent à lire, écouter et méditer, le récit des Actes des Apôtres qui est une sorte de chronique de la naissance de l’Eglise et de son extension. Or, tout au long de ce récit, – nous venons de l’entendre particulièrement dans l’épisode qui vient d’être lu à propos de Paul et Silas, – nous découvrons comment l’expansion de l’Eglise, la propagation de l’Évangile, la manifestation de la puissance de Dieu, sont étroitement liées aux péripéties, aux hésitations, aux résistances, aux agressions qui frappent la communauté chrétienne. Depuis le moment où Pierre et Jean ont été interdits de parole par les autorités du Temple jusqu’à l’exécution de Pierre et de Paul à Rome, l’ensemble du parcours apostolique dans le bassin méditerranéen et au-delà est marqué par des périodes de rejet, des périodes d’échec, des périodes d’emprisonnement, des périodes de persécutions. Chaque fois, déjà quand Pierre et Jean étaient prisonniers, à nouveau pour l’emprisonnement de Paul et de Silas, la puissance de Dieu délivre les prisonniers de leurs chaînes, leur rend la liberté et en fait des témoins de l’Évangile.

Il serait naïf de notre part de croire que cette action puissante de Dieu efface ou abolit les conflits qui ont marqué la vie de la première Eglise. Il serait naïf de notre part de croire que cette manifestation de la puissance de Dieu fasse passer par profits et pertes les souffrances endurées. Paul, dans certaines de ses épîtres, évoquera ses tribulations apostoliques, non pas comme une partie de plaisir mais vraiment comme une épreuve que le Christ lui impose pour parvenir à accomplir sa mission. Que le gardien de la prison soit converti et qu’il demande le baptême ne peut pas faire oublier que Paul et Silas ont été fouettés et emprisonnés. Ce n’est donc pas une légende dorée qui se substituerait à la réalité, mais c’est un déchiffrement de l’histoire qui fait ressortir comment les événements difficiles, pénibles et parfois mortels auxquels les témoins de Dieu sont soumis, sont transformés par la puissance de Dieu lui-même en tremplin pour l’annonce de la foi, en semence de la fécondité de la parole : « les martyrs sont semences de croyants ».
Si nous entendons cette histoire de l’Eglise primitive comme une sorte de prologue à l’histoire entière de l’Eglise, et il faudrait dire aujourd’hui de toutes nos Eglises, comment ne pourrions-nous pas, chacun selon nos traditions, nos cultures, nos histoires nationales, comment ne pourrions-nous pas voir monter de notre mémoire collective le souvenir de telle ou telle période de l’histoire où l’on avait pu croire un temps, – mais vous le savez, un temps cela peut être long –, que le christianisme était définitivement éradiqué et d’où la puissance de Dieu, le dynamisme de l’annonce de l’Évangile, sur les décombres de communautés parfois jadis très florissantes, a fait surgir à nouveau de nouvelles pousses et entrepris une diffusion nouvelle de l’Eglise.

Nous le savons, vous le savez mieux que tous : les communautés chrétiennes d’Orient, qu’il s’agisse de l’Europe Centrale, du Moyen-Orient ou de l’Asie, ont souvent été soumises à des pressions, à des contraintes ou à des persécutions au cours des siècles écoulés, y compris le siècle passé. Comment oublier ce qui advint des Eglises grecques sous l’Empire soviétique ? Comment oublier ce qui advint de nos frères arméniens ? Comment oublier ce qui advient aujourd’hui à certains chrétiens dans certains Etats de l’Inde ? Comment oublier qu’aujourd’hui encore, à travers le monde, des hommes et des femmes sont persécutés pour la foi ? Que nous croyions que cette persécution peut être la source d’un renouveau pour l’Eglise n’apaise pas leur souffrance. Que nous souhaitions que, là où vivaient jadis des communautés prospères, les Eglises ne se réduisent pas à un petit reste, n’empêche pas les gens de fuir. Mais soyons capables, à travers ces événements conditionnés largement par l’histoire politique des pays où sont implantés les chrétiens, de nourrir l’espérance parce que nous sommes convaincus que la foi au Christ n’est liée ni à une terre ni à une langue ni à une culture.

La foi au Christ est liée à la personne de Jésus de Nazareth et, depuis son Ascension que nous allons célébrer dans quelques jours, Jésus de Nazareth aujourd’hui présent en tous lieux de la terre, en toutes communautés, par son Esprit répandu au cœur des disciples et diffusé dans l’Eglise entière et à travers elle sur l’humanité. Là où deux ou trois sont réunis en son nom, il est au milieu d’eux. Il est au cœur de chaque croyant : qu’il puisse vivre et manifester publiquement sa foi ou qu’il soit réduit à l’exercer dans le secret de sa maison la puissance du Ressuscité est à l’oeuvre.

Cette espérance, cette foi qui habite nos cœurs s’alimente au récit des signes, des signes accomplis par le Christ dans l’évangile tel celui de la guérison de l’aveugle-né que nous venons d’entendre. Là où la foule qui l’entoure voudrait ne voir que supercherie ou tromperie, lui dont les yeux ont été ouverts revient vers celui qui l’a guéri et lui dit : « Seigneur, qui est-il pour que je crois en lui ? » Combien de fois dans l’évangile selon saint Jean voyons-nous cette question apparaître au terme d’un chapitre : « qui est-il Seigneur que je crois ? » ou ce cri : « Seigneur, je crois en toi ». Notre foi, notre foi chrétienne, notre foi au Christ Ressuscité est le seul point d’appui, le seul ressort, qui permette de traverser les épreuves de l’histoire humaine.

Chers amis, amis de l’Oeuvre d’Orient et vous tous qui les avez rejoints aujourd’hui, cette foi se nourrit non pas seulement par la parole, mais encore par la charité vécue concrètement entre les chrétiens des différentes communautés. Comment nos frères des communautés orientales si éprouvées au cours du siècle écoulé, si menacées aujourd’hui encore, tellement dispersées par les flux de la migration, pourraient-ils espérer un lendemain fécond et riche s’ils ne pouvaient s’appuyer sur la fraternité de l’Eglise dont vous êtes l’un des instruments ? Aujourd’hui, nous rendons grâce pour la générosité de ceux et de celles qui soutiennent avec persévérance les œuvres des communautés orientales ; nous rendons grâce pour la foi qui vous anime quand vous espérez que les chrétiens ne disparaîtront ni de l’Europe Centrale, ni du Proche-Orient, ni de l’Asie. Nous rendons grâce quand l’espérance de Dieu nous conduit à soutenir les œuvres qui manifestent la volonté des chrétiens de s’enraciner dans leur peuple et dans leur terre. Nous rendons grâce pour la fécondité de l’Évangile qui fleurit là où les disciples du Christ supportent avec persévérance, constance et sérénité l’épreuve de la foi.

Amen.

+ André Vingt-Trois, Archevêque de Paris

Compte-rendu de la célébration

Assistaient aussi à cette Divine liturgie aux côtés de Mgr Brizard, Mgr Hrynchyshyn, exarque apostolique des Ukrainiens et Mgr Ghabroyan, éparque des Arméniens (l’un et l’autre évêques), Mgr Bressolette, vicaire général de Mgr Vingt-Trois pour l’Ordinariat des catholiques des Eglises orientales résidant en France, Mgr Jacquin, recteur de la Cathédrale, Mgr Yousif, vicaire patriarcal des Chaldéens, recteur de la Mission chaldéenne en Île-de-France, et plusieurs autres prêtres liés à l’Œuvre d’Orient ou à l’Ordinariat.

Le Président de l’Œuvre, l’Amiral Louzeau, des membres du Conseil, M. Chmelewsky, conseiller pour les affaires religieuses, la Déléguée de la Palestine en France et un représentant du Maire de Paris participaient à la messe.

L’évangile lu était le chapitre 9 de saint Jean : la guérison de l’aveugle-né et l’épître, un passage des Actes des Apôtres racontant comment Paul et Barnabé avaient été arrêtés à Philippes et miraculeusement délivrés ce qui avait provoqué la demande du gardien de recevoir le baptême. Mgr André Vingt-Trois a fait remarquer dans son homélie comme les tribulations, les oppositions, parfois les brutalités (Paul et Barnabé sont roués de coups) accompagnent la diffusion de l’Évangile. Il en a toujours été ainsi. Dans certaines zones le christianisme paraît solide, puis il semble s’effondrer, et pourtant il dure. Les chrétiens d’Orient savent bien cela. Si saint Paul n’a pas fait semblant de souffrir, si les joies apostoliques n’ont pas supprimé l’épreuve de l’adversité à combattre toujours, la fécondité de l’Évangile vient de vies vraiment données. Le baptême est la liberté de voir l’espérance et de la servir, de la viser à travers toute sa vie. Etre des témoins de l’espérance par delà les tribulations du monde, au milieu des tribulations du monde, voilà la vocation des chrétiens qu’honorent très spécialement les chrétiens d’Orient.

Mgr Kallas a prononcé une brève allocution à la fin de la célébration. Il a rappelé la belle période du christianisme d’Orient aux IVe, Ve et VIe siècle, et depuis le VIIe leur calvaire qui ne connaît plus de fin. C’est une lutte spirituelle que les chrétiens d’Orient ont entamé parfois au péril de leur vie. Vatican II a reconnu la valeur de cet Orient et Jean-Paul II sa splendeur.

Mgr Kallas a alors remercié l’Œuvre d’Orient de soutenir les chrétiens d’Orient, de les aimer surtout. Il a demandé que soient soutenus les efforts permettant de consolider la foi, notamment tout ce qui aide la catéchèse. Car, « loin de constituer une pierre d’achoppement, l’appartenance à une Eglise, en Orient, est plutôt une gloire pour le croyant et un havre de sécurité pour le fidèle ; Ils y trouvent la sécurité et la sérénité que ne saurait accorder le meilleur des gouvernements ». Il a ensuite exalté la capacité des pauvres à partager et à se soutenir pour donner le témoignage de la foi tandis que les riches s’enfuient.

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