Cinq-cent personnes démunies à Lourdes : Un avant-goût d’éternité

Le pèlerinage diocésain « Chemins de fraternité » a réuni à Lourdes, du 5 au 8 mai, 500 personnes démunies ainsi que les responsables et bénévoles associatifs les accueillant. Une belle première pour le diocèse.

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Photo : Laurence Faure

La nuit vient de tomber sur la basilique N.-D. du Rosaire à Lourdes, ce dimanche 6 mai, révélant d’un coup les milliers de luminions tenus à bout de bras par les pèlerins participant à la procession aux flambeaux. Tandis que les « Je vous salue Marie » s’égrènent, chantés en plusieurs langues, Cathy, sans abri en voie de réinsertion, hôte de l’association « Cœur du cinq », entonne la prière du pauvre en anglais à la surprise de ses compagnons qui ne soupçonnaient pas qu’elle ait une aussi belle voix. La statue de la Vierge portée en tête de la procession fend soudain la foule dans un halo de lumière. S’il est impossible de connaître le chamboulement intérieur de Bernadette en présence de Marie en février 1858, on se plaît à croire que les pèlerins en ont expérimenté une infime part ce 6 mai. « Au passage de la statue, Marie était comme vivante. J’ai été très émue. C’était un phare dans la nuit », s’exclame Jeanne, jeune maman en situation précaire, venue avec son fils de 9 ans en lien avec l’association le Rocher de St-Joseph Artisan (10e). Cela fait à peine deux jours que les 500 membres du pèlerinage « Chemins de fraternité » sont à Lourdes, mais déjà la tranquillité qui se dégage de cette petite foule bigarrée en dit long sur la grâce de ces quelques jours de répit et de prière proposés aux personnes démunies du diocèse ainsi qu’à leurs accompagnateurs par le Vicariat pour la solidarité [1]. Au total, 25 paroisses ou associations diocésaines sont représentées, accompagnées de Mgr Renauld de Dinechin, évêque auxiliaire de Paris, de 12 prêtres, 11 diacres et 3 séminaristes. Également présent ce matin-là, le cardinal André Vingt-Trois a célébré la messe à la grotte avant de rencontrer les pèlerins, parmi lesquels des personnes de la rue ou en situation de précarité, d’autres touchées par l’addiction à la drogue et à l’alcool, par la fragilité psychique ou encore la maladie.

« Des grâces sensibles »

Logés à la Cité Saint-Pierre, sur les hauteurs de Lourdes, tous ces grands éprouvés ont profité d’un programme à la fois spirituel, créatif et festif qui a révélé bien des talents et suscité d’authentiques rencontres. En témoigne la richesse de la production artistique des ateliers proposés – dessin, poterie, théâtre, chant, gravure. Même chose pour les groupes de parole qui, s’ils en ont rebuté certains, ont aussi permis à ces visages marqués, à ces corps douloureux, à ces cœurs abîmés de déposer leur fardeau. Pour Aurore, de « Aux captifs la libération », ce sont là les « grâces sensibles » de Lourdes… que l’on admire dans la volonté de Lydia, sans-abri, de freiner sa consommation d’alcool pour mieux « prier et partager » ; dans le sourire radieux d’Olivier Arpa, convalescent accueilli à « Tibériade » [2], peu après avoir communié pour la première fois des mains de Mgr de Dinechin. « Ici, tout est fait pour que le pauvre soit, pendant quelques jours sur cette terre, au centre de notre organisation, afin qu’il puisse découvrir qu’il est également au centre de l’amour de Dieu », explique-t-il. La paix qui se dégage de ces moments n’efface pas pour autant le poids parfois insurmontable des souffrances déposées. En témoigne l’angoisse ou la mélancolie palpable de certains pèlerins dans le TGV du retour, emportant néanmoins avec eux le souvenir saisissant de la cérémonie du lavement des pieds qui a clôturé le rassemblement mardi 8 mai. Une synthèse parfaite de la finalité de ce pèlerinage authentiquement fraternel. « Il y a une vraie douceur dans le geste que nous avons vécu, reflet de la beauté de l’Église, où le fort et le faible cheminent côte à côte », souligne Mgr de Dinechin. Un avant-goût du Ciel en somme, dont saint Vincent de Paul disait que ce seraient les pauvres, ces « grands seigneurs au Ciel », qui nous en ouvriraient les portes. • Laurence Faure

Plus de témoignages, d’infos et de photos sur www.paris.catholique.fr

Témoignage de
Marco, ancien de la rue

« C’est la cinquième fois que je viens à Lourdes avec “Aux captifs la libération”. Cette année, le regroupement des associations et des paroisses parisiennes change un peu la donne. C’est une bonne chose, cela nous permet de renforcer nos liens avec les membres de tout ce réseau de charité. J’ai moi-même retrouvé avec plaisir beaucoup de visages connus, étant bénévole à Antigel (15e) et au Relais Frémicourt (St-Léon, 15e). Ce pèlerinage nous permet de fortifier notre fraternité, de ne pas oublier notre prochain ; car devant le grand nombre de pèlerins (500, ndlr), la précarité de nombreuses personnes à Paris saute aux yeux. La présence du Cardinal, dimanche, était aussi importante pour moi. C’était un rappel de l’année Éthique et solidarité qu’il a lancée et qui, on l’espère, va gonfler les initiatives… et pas seulement pendant l’hiver ! Plus personnellement, je suis heureux de rendre ici visite à ma Mère. Marie est Celle qui protège les petits. Elle les regarde, Elle est attentive. À Lourdes, je viens faire ce qu’Elle a demandé à Bernadette : prier et aimer son Fils. Marie lui a aussi demandé d’aller se laver à la source. Se plonger dans la piscine, c’est une façon de l’écouter et de faire ce qu’Elle dit dans la confiance. J’y puise de la force pour ma vie et mon travail à Paris. » • Propos recueillis par L. F.

Cérémonie du lavement des pieds

Laurent : « C’est toujours gênant de se laisser laver les pieds. Cela a été un moment de grande émotion. »

Marguerite : « Ce moment a été une révélation. En participant au lavement des pieds, j’ai décidé de proposer à mes frères et sœurs – entre lesquels l’entente est difficile –, d’en faire autant la veille de l’enterrement de notre père. Je prie pour qu’ils l’acceptent. »

Jeanne-Marie : « Ce geste m’a énormément touchée. J’ai lavé les pieds de quelqu’un que je ne connaissais même pas. C’est un rappel fort de notre devoir d’attention envers notre prochain, quel qu’il soit. Nous nous aimerions plus les uns les autres si tout le monde faisait ce geste. »

[1Avec le soutien de la Fondation Notre Dame

[2Association diocésaine de soutien de personnes vivant avec le VIH.

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