Interview du cardinal André Vingt-Trois au sujet de la bioéthique dans Ouest-France

Ouest-France – lundi 18 février 2008

Une soixantaine d’évêques participent, du lundi 18 au mercredi 20 février 2008, à Rennes, à une session sur « Les débuts de la vie humaine », organisée par la commission doctrinale de l’Église de France. Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, préside le groupe de travail des évêques sur la bioéthique. Le généticien Axel Kahn interviendra lors de cette session et le cardinal Vingt-Trois clôturera les travaux.

Les questions de bioéthique préoccupent l’Église. Pourquoi un tel intérêt ?

Les lois bioéthiques votées en 2004 vont être révisées. Il est important que les évêques prennent le temps de réfléchir à ces questions. Les enjeux de la bioéthique touchent à l’ensemble de l’existence humaine, depuis la conception de l’enfant jusqu’à la fin de sa vie terrestre. Cela transcende les croyances des différentes religions. Tous les hommes doivent y réfléchir car il s’agit de l’avenir même de l’existence humaine.

Cela transcende-t-il les clivages avec les agnostiques, les athées ?

Bien entendu. De grands professeurs de médecine, qui ne s’expriment pas au nom d’une religion mais au nom d’une compétence, se posent des questions sur certaines recherches. Un homme comme Axel Kahn, grand biologiste, agnostique, a les mêmes préoccupations que nous : l’avenir de l’homme.

Quel est, à vos yeux, le point fondamental sur lequel doit reposer le débat éthique ?

Le respect absolu de la vie humaine, en raison de sa dignité intrinsèque. Par exemple, le législateur a voulu que le corps humain ne soit pas commercialisable : on peut acheter du bifteck de cheval, pas de l’homme. Le législateur a ainsi exprimé une conviction quant à la dignité humaine qui dépasse chacun des éléments du corps. Quand il y a transplantation d’organes, la question est résolue par le don et la gratuité. C’est essentiel. Nous ne devons jamais être dans un cadre marchand.

Y sommes-nous quand il s’agit des cellules souches de l’embryon ?

Pourquoi se polarise-t-on sur celles-là et pas sur les cellules souches adultes ? Quel est le fantasme qui se cache derrière ces cellules ? On fait rêver le grand public en lui promettant la guérison des maladies de Parkinson et d’Alzheimer. Après des années de recherche, il n’y a pour l’instant aucun progrès notable, contrairement aux travaux sur les cellules souches adultes. L’alibi thérapeutique ne tient pas. On assiste en revanche à une course aux brevets entre grands laboratoires.

Le prélèvement de cellules sans destruction de l’embryon, est-ce la solution ?

Ce n’est pas fait. C’est une lointaine perspective. Une question est centrale : que sommes-nous prêts à sacrifier ? Est-ce que cela vaut la peine de sacrifier le respect de la dignité humaine, même pour des progrès médicaux ?

Vous souhaitez donc protéger l’embryon. Cela passe par un statut juridique ?

Les récentes péripéties judiciaires nous acheminent vers cette solution. Quand la Cour de cassation décide de légitimer l’inscription d’un fœtus comme membre de la famille, cela signifie bien que ce fœtus a un statut. Ce qui s’est produit depuis une cinquantaine d’années, c’est au contraire une transformation rampante du statut juridique, de fait, du fœtus et de l’embryon. On les a chosifiés.

L’embryon - les théologiens en discutent - est-il une personne ?

La position de l’Église est que l’on doit agir comme si l’embryon était une personne. Il y a une continuité humaine entre la cellule initiale et l’être humain qui naît. Si l’on ne veut pas déstabiliser cette perception de la continuité humaine, respectons le premier moment comme le dernier. C’est l’application d’un principe de précaution. On protège les espèces animales menacées, on doit protéger l’homme !

En souhaitant un statut juridique du fœtus, ne craignez-vous pas de rouvrir le débat sur l’interruption volontaire de grossesse ?

Je ne vois pas pourquoi. À ce jour, jamais l’avortement n’a été légalisé. Il a été dépénalisé, ce n’est pas la même chose. Mme Veil n’a jamais voulu établir un droit à l’avortement. Elle a voulu atténuer des situations de détresse en ne laissant pas subsister une pénalisation considérée alors comme disproportionnée. On peut donc définir un statut de l’embryon et du fœtus dans le cadre actuel.

Recueilli par Bernard Le Solleu.

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