Emil Nolde, une tempête de couleurs.

Emil Nolde, une tempête de couleurs - Communication de Sylvie Bethmont-Gallerand, professeur à l’Ecole Cathédrale de Paris.

Emil Nolde (1867-1956).
Exposition aux Galeries nationales du Grand Palais, 3 avenue du Général Eisenhower, Paris, 8e. Du 25 septembre 2008 au 19 janvier 2009.
Tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 20h (Nocturne le mercredi jusqu’à 22h). Fermeture exceptionnelle à 18h les 24 et 31 décembre. Fermeture le 25 décembre.

 [1]

Au sein de l’exposition rétrospective d’Emil Hansen, qui prendra le nom de sa terre natale, Nolde, en se mariant, quelques uns de ses cinquante-cinq « tableaux de Bible et de légendes » sont rassemblés en une même salle. En parcourant les deux étages de l’exposition, apparaît l’évidence de la singularité et de l’homogénéité de la production d’un artiste prolifique, mort presque centenaire (1867-1956). Une œuvre, toute entière dévolue à la couleur, mises à part de brèves incursions dans le monde monochrome de l’estampe, et qui résiste à la chronologie.

La Vie du Christ, 1911 © Nolde Stiftung-Seebüll.
La Vie du Christ, 1911 © Nolde Stiftung-Seebüll.

Ainsi Nolde trace-t-il son propre chemin dans le grand polyptyque de la Vie du Christ (Das Leben Christi, 1911-1912) même si la comparaison avec le retable d’Issenheim, de Matthias Grünewald s’impose pour le panneau de la Crucifixion centrale et celui de la Résurrection. Face à cet embrasement coloré, la sensibilité peut-être choquée, moins par les tempêtes de couleurs que par le choix délibéré de ne pas offrir aux personnages bibliques les canons de la beauté classique. Volontairement, l’artiste donne à ses personnages « le type juif, conformément à la vérité », selon ses termes, suivant en cela Rembrandt qui prenait un jeune rabbin pour modèle du Christ. Les photographies et les films accompagnant l’exposition révèlent la proximité du visage de Nolde et celui du Christ qu’il peint roux, inondé de l’or jaune vif caractéristique de ses personnages religieux.

Paradis perdu, 1921 © Nolde Stiftung-Seebüll.
Paradis perdu, 1921 © Nolde Stiftung-Seebüll.

Le vortex des yeux d’Eve au Paradis perdu, ceux de Pierre à la Pentecôte (1909) ou encore du Christ accueillant les enfants (Si vous ne redevenez…1929), conversant à Béthanie (1910) ou prenant l’envol de l’Ascension (La vie du Christ 1912) sont de l’azur de ses autoportraits (A. et E. Nolde, 1916, 1917) et ceux des jeunes gens de son pays (Fils de paysans 1915). Adam et Eve au Paradis perdu (Verlorenes Paradies, 1921), comme on ne les a jamais dépeints, sont semblables à ces figurines des horloges en bois dont les personnages avancent et reculent au rythme des secondes.

La Pentecôte,1909 - Staatliche Museen, National Galerie, Berlin.
La Pentecôte,1909 - Staatliche Museen, National Galerie, Berlin.

Une œuvre singulière, malgré ce qu’elle puise à l’énergie solaire de Van Gogh, comme en témoigne la série des tournesols (Sonnenblumen, 1928), des fleurs non pas coupées mais bien dressés dans leurs champs. Même si les apôtres réunis à Pentecôte (1909) évoquent les masques macabres de James Ensor, ils prennent la pose des paysans attablés (Bauern, 1904) que Nolde a peint dans un réalisme ombreux proche de celui des mangeurs de pommes de terre de Van Gogh. Une transe semblable aux danses hallucinées d’Edvard Munch anime les personnages, mais elle est mêlée d’une vraie joie vivifiante.

 Si vous ne redevenez pas comme des enfants, 1929 - Museum Folkwang, Essen, Allemagne.
Si vous ne redevenez pas comme des enfants, 1929 - Museum Folkwang, Essen, Allemagne.

Une œuvre singulière comme son auteur qui restera isolé malgré son rattachement aux mouvements et aux salons de l’art allemand des débuts du XXe siècle. Reconnu, établi, il tiendra une position difficile et contradictoire face au National-socialisme à partir de 1933. Finalement classé « impossible » (unmöglish) par Hitler il rejoindra la cohorte des artistes honnis, cloués au pilori des expositions dénonçant « l’art dégénéré » (die entartete Künst). Ce qui le conduira à l’exil intérieur au sein de sa chère terre natale (Heimat), produisant des « images non peintes » dans la clandestinité, des aquarelles superbes de liberté, prémisses des paysages composant la dernière partie de son œuvre.

Que son sujet soit religieux ou non, c’est sa terre que Nolde peint et l’amour de sa patrie qu’il énonce, sans se lasser, bien davantage que les mots de la Bible. De la religion de son enfance, il ne semble garder que les sensations ; celles des couleurs des tableaux religieux cachés dans un coffre de sa maison natale, celles des peintures de son église ou de la polychromie des sculptures ornant sa chaire à prêcher. Réalisées comme en transe, ces peintures plus spirituelles que religieuses, ont, dans son œuvre et selon ses propres mots « marqué un tournant, de l’attrait visuel extérieur à la valeur intérieure ressentie ».

[1Autoportrait, 1917 © Nolde Stiftung-Seebüll

Contact

Art, Culture et Foi / Paris
10 rue du Cloître-Notre-Dame 75004 Paris
Bureaux : 26 rue du Général-Foy 75008 Paris
Tél. 01 78 91 91 65 - E-mail

Avec le soutien de

Articles

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse