La conversion de saint Paul en images


"La conversion de saint Paul en images" par Sylvie Bethmont-Gallerand, conférence le 28 mai 2008 à 15h30, Ecole Cathédrale, 8 rue Massillon, Paris 4e.

Image : Francesco Mazzola, dit Le Parmesan, La conversion de saint Paul, 1527-1528, Vienne, Kunsthistorisches Museum (TDR).

Au début de notre ère, pour certains, la foi est une histoire pleine de bruit et de fureur ; Saül de Tarse, avant de devenir notre saint Paul, est de ceux-là. « Ne respirant toujours que menaces et carnages », il partage les vues de ceux qui voient l’histoire de Jésus s’arrêter au pied de la croix (Actes 9, 1-22). Pour lui Etienne est un blasphémateur, un traître à la foi juive, dont la lapidation est la juste sanction, accomplie au nom de la Loi de Moïse (Actes 8, 1). Prenant une part active à la persécution qui fond sur les premiers chrétiens rassemblés à Jérusalem, il « ravage l’Eglise » (Actes 8, 2-3). C’est un acharné, puisant sa légitimité auprès du grand prêtre lui-même, auquel il demande des « lettres pour la synagogue de Damas » afin de poursuivre les hommes et les femmes adeptes du Christ. Des hommes et des femmes formant la primitive Eglise que l’on nomme alors « la Voie ». (Actes 9, 1-2).

C’est dans cet élan, c’est sur un chemin, celui de Damas, que cette Voie-là le rattrape un beau jour. Il est alors renversé, mis à terre, réduit à rien, aveuglé par la présence du Christ, afin d’être relevé par son Sauveur et rendu à la vue, puis à la vie par le baptême. Cette conversion n’est pas celle d’un païen, mais bien celle d’un croyant qui doit revoir toutes ses certitudes à la lumière nouvelle de la Résurrection. Comme tous les apôtres, lui, le dernier, « l’avorton », reçoit la présence de Jésus ressuscité et cela le renverse (1 Co 15). « A cause du Christ mon Seigneur, j’ai tout perdu et je considère ce que j’ai perdu comme ordure, afin de gagner le Christ ». De la Loi Paul ne connaîtra plus désormais qu’un commandement, celui de l’Amour, un amour qui « excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Co, 13, 1-5).

Lorsque les peintres des temps modernes (à partir du XVe siècle), s’emploient à représenter cette conversion de Paul, ils nous dépeignent cette furie anéantie, une lumière aveuglante, la solitude de la foi. Ainsi le Parmesan (de son vrai nom, Francesco Mazzola, 1503-1540) a-t-il peint cette conversion de saint Paul vers 1527, aux lendemains du sac de Rome.

Loin d’illustrer mot à mot un récit, le Parmesan évacue tout contexte comme les protagonistes, l’anecdote, le superflu pour nous placer face à face avec Saül, le converti. Comme Moïse devant le buisson ardent, Saül entend une voix et comme à Moïse, pour se désigner, Dieu dit : « Je suis ». La personne du Christ n’est pas représentée ici ; seul signe de la divinité, la lumière vient du ciel, révèle et rend aveugle. Elle se déverse alors que vient l’Esprit, comme le fera l’eau du baptême, sur la tête et les épaules de Saül devenu Paul. Pour nous, comme pour Etienne, comme pour Saül-Paul, et bien d’autres visionnaires qui jalonnent la Bible, « le ciel s’ouvre » et la voie est tracée.

Est-ce que ce cheval blanc de lumière, ce cheval dressé qui nous regarde et fait corps avec Saül, est sa monture ? Ou bien est-ce le signe que la furieuse cavalcade est terminée, qu’il est temps de rendre les armes, l’épée étant jetée à terre ? Les prophètes Isaïe et Michée n’ont-ils pas annoncé que les épées seront forgées en « socs de charrue » alors que vient le temps de l’Amour, de la lumière et de la grâce ? Dans le livre de l’Apocalypse, le « ciel s’ouvre » et Jean voit un autre cheval blanc monté par un cavalier, qui part en vainqueur. Un cavalier dont le nom est « le Verbe de Dieu » (Ap 6, 2 et 19, 13). Paul aveuglé est déjà redressé. Son corps et celui du cheval ouvrent comme un éventail sur le paysage baigné de lumière, sur la ville au loin, la terre qui reverdit, autant d’annonces des missions à venir de Paul et de notre propre mission à « suivre le Christ ».

Sylvie Bethmont-Gallerand

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