Interview du cardinal Vingt-Trois par Zenit à propos de la visite du pape en France

Rome - Dimanche 27 avril 2008

De passage à Rome où il a pris possession, dimanche 27 avril, de l’Église Saint-Louis-des-Français, le cardinal Vingt-Trois a accepté de répondre aux questions de Zenit sur la visite de Benoît XVI en France.

En septembre prochain, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, accueillera le pape Benoît XVI qui devrait entre autres inaugurer, avec une conférence très attendue, le collège des Bernardins, un lieu de convergence et de réflexion sur le lien entre culture et foi, voulu par le cardinal Jean-Marie Lustiger.

Le pape viendra en France en septembre. Comment l’Église de France se prépare-t-elle à cette visite ?

Elle commence à s’y préparer, parce c’est assez long avant de pouvoir annoncer publiquement la visite du pape. Sa visite était annoncée depuis un certain temps, notamment pour participer au 150ème anniversaire des apparitions de Notre Dame à Lourdes, qui est l’objet principal du voyage du pape, et très aimablement il a accepté de faire précéder ce pèlerinage à Lourdes d’une visite éclair à Paris qui va nous donner l’occasion de l’accueillir dans la capitale de la France.

Le lien entre l’Église et la culture est important aujourd’hui ; est ce que c’est pour l’Église une manière d’être plus visible, et est-ce que la visite du pape à Paris pourrait contribuer à renforcer ce lien ?

Je l’espère beaucoup, puisque je lui ai demandé et qu’il a accepté très aimablement de prononcer une conférence à Paris sur le sujet du lien entre la foi et la raison dans la société contemporaine, ce qui est évidemment une des questions principales auxquelles nous sommes confrontés puisqu’il s’agit de savoir si la culture chrétienne, développée par la révélation et la réflexion sur la révélation, trouve sa place dans le dialogue avec les autres modes d’approche de l’existence humaine et comment elle trouve cette place.

Que pensez-vous que le pape, qui viendra en France en septembre, attende plus particulièrement de cette Église ?

Ça, je pense qu’il nous le dira. Je pense qu’il attend de l’Église de France qu’elle vive sa vie d’Église du Christ en France, qu’elle manifeste sa vitalité, qu’elle mette en œuvre la richesse de la foi, qu’elle exprime sa foi aussi bien à travers les manifestations collectives qu’à travers l’engagement des chrétiens.

Le pape revient des États-Unis où il a exhorté les chrétiens à être fiers de leur foi. En décembre, le président Sarkozy dans son message au Latran remerciait également l’Église pour son action et l’encourageait à s’engager toujours plus. Est-ce que cette double invitation peut être pour l’Église de France un appel à être décomplexée ?

Je n’ai pas le sentiment du tout que l’Église de France soit complexée. L’appel adressé par le pape aux Américains ne s’adressait pas aux Français, et j’attends de savoir ce qu’il va nous dire à nous. Mais je ne doute pas que ça aille dans le même sens, et donc que ce soit vraiment une invitation à ce que les chrétiens assument pleinement leurs responsabilités dans le développement de la vie sociale de leur pays.

N’y a t-il pas, pour l’Église de France en tout cas, le risque en formant de petites communautés de chrétiens, de tomber dans le communautarisme, au détriment de l’aspect missionnaire ?

L’Église ne cherche pas a priori à former de petites communautés. Elle assume les situations telles qu’elles sont. S’il y a des petites communautés, c’est parce qu’il y a peu de monde. S’il y a des grandes communautés, c’est parce qu’il y a beaucoup de monde. La question n’est pas une question de chiffre ni une question de format de la communauté, c’est une question d’objectif, c’est-à-dire qu’est ce que nous souhaitons faire, et qu’est ce que nous essayons de faire avec les moyens qui sont les nôtres. Quand c’est une petite communauté, c’est une petite communauté, quand c’en est une grande, c’en est une grande. Mais ce n’est pas ça qui détermine notre objectif. Notre objectif, c’est d’être témoins de l’Évangile à travers les différents domaines de l’existence humaine.

La France va prendre dans quelques semaines la présidence de l’Union Européenne. Qu’est ce que l’Église peut apporter aujourd’hui à la construction européenne ?

Elle a déjà beaucoup apporté, elle apporte beaucoup, simplement par son existence. C’est-à-dire que l’Église catholique en Europe est probablement l’une des rares organisations qui a une expérience réelle de collaboration entre les pays, entre les différentes nations, qui a une communion intense et profonde entre les membres de différentes nations et qui montre qu’il y a une collaboration possible au-delà de la coopération économique.

Éminence, vous venez de prendre possession de l’église Saint-Louis-des-Français à Rome. Quel est le sens de la prise de possession par un cardinal de son Église à Rome ?

Eh bien c’est assez simple, puisque dans la tradition, les cardinaux sont les collaborateurs du pape pour son gouvernement du diocèse de Rome. D’une certaine façon on pourrait dire en termes modernes le presbyterium du pape. Et donc, chaque cardinal est doté d’une des paroisses de Rome, comme membre du presbyterium du pape. A ce titre, je prends possession de l’église Saint-Louis-des-Français, qui est un titre cardinalice relativement récent, puisque ça date de quelques dizaines d’années simplement. Je deviens curé, je ne sais pas comment il faut dire, honoraire, d’une paroisse romaine.

Et comment s’exprime en particulier le lien au Saint Père et au service de l’Église universelle pour un cardinal ?

C’est un autre domaine, c’est la participation des cardinaux au gouvernement de l’Église et à la mission propre du pape comme souverain pontife. Chaque cardinal est membre d’une ou plusieurs congrégations à travers lesquelles il contribue au travail du pape. Moi je participe au Conseil pontifical pour la famille et à la Congrégation pour les évêques. En dehors de ce travail habituel dans les congrégations, il y a évidemment la participation au consistoire quand le pape décide d’en réunir un, comme ça a été le cas au mois de novembre dernier, sur un sujet défini par lui, et puis la participation à des conversations ou des travaux que le pape demande, ou des questions personnelles qu’il pose.

Ce week-end ont eut lieu des ordinations à Rome. Pouvez-vous nous dire quel est le visage du prêtre que vous attendez pour aujourd’hui ?

Il y aurait beaucoup de caractéristiques à dire. La première, certainement un homme de foi. La deuxième, c’est un homme passionné par le ministère qui lui est confié. La troisième, c’est un homme passionné par l’amour des fidèles auquel il est envoyé.

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