« Qu’est-ce qui a changé dans ta vie ? »

Au cours de la rencontre des nouveaux baptisés à la basilique Sainte-Clotilde, Danielle Brunon témoigne de ce qui a changé dans sa vie.

C’est au seuil de ma vie chrétienne en Eglise, quelques semaines après le baptême, que j’ai fait mon premier pèlerinage en Terre Sainte. Cinq ans plus tard, je reviens du second. Il m’a été demandé de témoigner sur le baptême en répondant à la question : qu’est-ce qui a changé dans ma vie ? Et c’est précisément au retour de ce deuxième pèlerinage, alors qu’il m’est donné de voir que le temps du néophyte cède la place au temps de l’approfondissement, que ce témoignage m’est demandé.

Quelles sont donc les grandes découvertes, les ouvertures vécues par la néophyte dans l’Eglise que j’ai été ?

La première dimension concerne les sacrements. Si j’étais animée d’un grand désir de Dieu, d’une affinité profonde avec les Ecritures et d’une attirance difficile à admettre pour l’Eglise avant le baptême, la messe quotidienne et la pratique régulière du sacrement de réconciliation m’ont en quelque sorte façonnée au Christ. Très concrètement et de manière absolument surprenante, j’ai été libérée progressivement de certains traits de caractère, de pensées sombres, de doutes, de peurs. Et le cœur de chair se fortifie. Des pardons qui semblaient inconcevables deviennent possibles, un regard plus miséricordieux surgit, une douceur que je ne me connaissais pas.

Ainsi, premièrement, ce qui a changé dans ma vie, c’est l’être intérieur de plus en plus disposé, par la puissance des sacrements, à accueillir l’Esprit.

Ensuite la prière. Ce fut un combat. En dehors de la prière profonde et puissante à l’occasion de la communion eucharistique, je n’arrivais pas à trouver un rythme régulier de prière personnelle. Il m’a fallu cinq ans pour enfin avoir un coin prière dans ma chambre et pour avoir enfin trouvé une quasi-quotidienneté dans la prière du matin. Petit à petit tout s’enracine dans la prière et tout y revient. Les journées fécondes sont toujours enracinées dans la prière. Elle est parfois étriquée, et les journées s’en ressentent, et parfois elle a souffle et dimension et elle insuffle toute la journée, toutes les paroles, les gestes, les rencontres, les silences. La prière est un des lieux-clés de l’approfondissement qui s’ouvre désormais.

La parole. Je lisais la Bible assez régulièrement avant le baptême. Mais elle était ponctuelle. Elle est devenue quotidienne, permanente. Aujourd’hui je sens qu’elle façonne tout mon être. Elle était horizon. Elle est devenue chemin. Chemin parfois difficile mais praticable. Je la lisais seule. Aujourd’hui, même si elle me concerne personnellement, je la vis en Eglise.

L’Etude. Dès la rentrée 2003, j’ai abandonné un doctorat de linguistique et j’ai démarré des études de théologie en Belgique, en travaillant à mi-temps à Paris. Études de l’AT et NT, théologie morale, histoire de l’Eglise et des dogmes, Christologie, Trinité, Sacrements, Liturgie, Littérature Chrétienne, Patrologie, Philosophie. Tout était découverte absolue. J’ai pris conscience du « black-out » total du monde universitaire moderne, en lettres par exemple, sur l’univers de la foi chrétienne. J’ai découvert que j’étais au fond, une illettrée qui ne le savait pas.

La redécouverte du monde chrétien, c’est-à-dire de notre civilisation. J’ai grandi à Rome. J’y suis retournée après le baptême, ainsi qu’à Florence, Venise. J’ai assisté à ma première messe en Italie, à Rome à la Basilique Saint Clément. Une ville que je croyais connaître qui s’ouvrait à moi dans toute sa splendeur spirituelle. Comment pouvions-nous vivre si aveuglés, nous qui nous considérions cultivés ?

La découverte du sens de chaque jour. Découvrir la vie des Saints. La Litanie des Saints, que j’ai entendue le jour de mon baptême, n’était pas très parlante alors. Cette année, je l’ai entendue et soudain je me suis rendue compte que chaque nom évoquait une vie, un grand moment d’Eglise qui m’était désormais très cher. J’ai découvert la communion des Saints.

Vivre l’année liturgique dans la foi. Impossible de vivre les grandes fêtes comme avant. Noël n’est plus une histoire de foie gras et de champagne. C’est avant tout l’histoire de la naissance de notre Sauveur. Trouver une belle manière de vivre vraiment Noël. Il m’a fallu plusieurs années. La Pentecôte, l’Annonciation, l’Ascension, enfin, tous ces grands moments jalonnent désormais mon existence. Comment est-ce possible que je ne vivais ces jours auparavant, que comme un lundi ou un mardi ?

La vie paroissiale. Un quartier qui s’éveille car nous partageons l’essentiel. Des dimanches qui prennent sens. Ce n’est plus un jour… « vide ». C’est le jour du Seigneur, tout illuminé de sa présence. Le dimanche n’est plus jamais un jour triste, même s’il est un peu solitaire parfois. Une chorale qui me donne à connaître tout un héritage musical chrétien, à l’habiter, l’interpréter, le transmettre. Un curé qui nous connaît, qui veille, qui a besoin de nous comme nous avons besoin de lui. Un lieu de ressourcement, de rayonnement, de responsabilité aussi. Une paroisse devenue véritablement famille.

Un dénouement dans la vie. Les personnes de l’entourage qui étaient nuisibles disparaissent ou en tout cas, perdent prise. Les soucis matériels trouvent un dénouement. Même si rien n’est très facile, en réalité, des ouvertures sont là qui permettent de détecter à chaque moment la puissance de la Providence. Tous les soucis (il n’y en a pas moins après le baptême, c’est sûr) peuvent se vivre autrement, dans la foi, dans la confiance.

Au fond, ce qui change et qui à son tour change tout, c’est la présence du Christ au cœur de ma vie, sur tous les plans. Et le grand paradoxe est que la réponse à cet appel, cet accueil de l’engagement du baptême ne détruit rien – sauf les puissances du mal – mais récapitule et transfigure toute une vie, permettant de trouver l’unité, le socle, le cœur même de l’existence.

Ce qui a changé ? Toute la vie, dont je ne savais pas qu’elle somnolait, s’est réveillée. Le temps est habité, l’espace – les lieux – sont habités, tout être est habité. L’allégresse de l’espérance m’habite. Nous pouvons traverser la souffrance : la nôtre et celle des autres. Il nous est impossible désormais de désespérer. Le mal n’a pas disparu mais nous sommes à même de le détecter alors qu’auparavant nous nous laissions si naïvement prendre dans ses filets. La mort est devenue passage et non plus tragédie insupportable. L’ennui est impossible : nous nous savons désormais corps du Christ, chacun dans sa spécificité appartenant à ce corps en marche qu’est l’Eglise. Tout acte, toute parole, toute pensée prend sens et consistance en vue de ce pèlerinage terrestre. L’abîme du non-sens a disparu. Ainsi, la vie a pris sens, elle se vit en présence de Dieu. Elle ne s’écoule pas jour après jour dans une série d’activités mais elle est don précieux qu’il nous est demandé de faire fructifier dans l’Esprit pour l’avènement du Royaume. Eh bien ça, ça change la vie.

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