Homélie de Mgr André Vingt-Trois - 60e anniversaire du Secours Catholique

Cathédrale Notre-Dame de Paris - dimanche 29 octobre 2006

"Notre action de grâce est nourrie aujourd’hui par notre joie de fêter les 60 ans du Secours Catholique : sa fondation fut annoncée par Mgr Rhodain le 8 septembre 1946 lors du pèlerinage du retour des déportés et prisonniers de guerre. Notre prière unira tous ses membres, ceux qui nous ont déjà quittés et ceux d’aujourd’hui. " Cette messe était retransmise par Le Jour du Seigneur - France2.

"Confiance ! Lève toi il t’appelle ! "

Cette parole adressée à l’aveugle Bartimée à la sortie de Jéricho, prenons-la comme une bonne manière de définir la mission et les méthodes du Secours Catholique. Mais pour bien en mesurer la portée, il nous faut revenir au début de l’histoire. Jésus monte à Jérusalem ; il va consommer l’offrande qu’il fait de sa vie pour le salut des hommes. Entouré d’une foule nombreuse et bruyante, que nous imaginons sans peine tant le récit de saint Marc est cinématographique, Jésus n’est pas accessible à cet aveugle tenu à l’écart et dissimulé par la foule.

Pour s’orienter, celui qui ne voit pas, celui qui ne sait pas, est obligé de se fier aux autres, aux bruits et aux "on-dit ". Bartimée a entendu dire, on lui a raconté, que Jésus guérissait, qu’il venait en aide aux miséreux. Alors simplement il crie vers lui, il appelle au secours. Comme tant d’hommes et de femmes aujourd’hui, dépossédés ou déboussolés par la vie, crient vers l’Eglise dont ils savent qu’elle doit venir en aide à ceux qui en ont besoin.

Comme Bartimée, ils peuvent être rejetés ou sommés de se taire. Comme lui, ils peuvent rencontrer sur leur route des gens qui les trouvent "dérangeants " ou inconvenants. Comme lui, ils n’ont pas les moyens de surmonter les obstacles qui se dressent devant eux. D’où va venir la solution, d’où va venir le salut ? Qui va ouvrir la brèche et le chemin vers la lumière ? Aucun de ceux qui sont là , ni ses proches, ni la foule, quels que puissent être ses bons sentiments, ni même les disciples.

C’est le Christ lui-même qui a entendu ses cris et qui va l’appeler. L’évangile nous dit : "Jésus s’arrête et dit : appelez-le ! " Quoi qu’il se passe désormais, nous savons quelle est la source de l’action : c’est Jésus lui-même qui a entendu les appels de l’homme qui mendie dans le vacarme de la cohue, c’est lui qui prend l’initiative de le faire appeler pour venir à son aide. Sans doute, pouvons-nous voir ici la dimension originale de l’action d’une oeuvre d’Eglise comme le Secours Catholique.

Quelle que soit la perception immédiate que nous avons des besoins des hommes de notre temps, quels que soient les motifs très louables de solidarité humaine qui nous animent, jamais nous ne devons oublier que nos démarches pour venir en aide à nos frères sont d’abord et principalement une expression de l’amour de Dieu pour l’humanité. De cet amour, nous ne sommes que d’humbles serviteurs et c’est cet amour qui doit donner son dynamisme et sa qualité à notre présence et à notre action.

Nos initiatives peuvent rejoindre les actions d’autres oeuvres de solidarité et y apporter une contribution appréciable, jamais nous ne devons oublier l’originalité de l’action de l’Eglise en ce domaine : elle n’est que la servante de l’amour de Dieu et le sens de son engagement ne peut jamais se dissocier de sa source profonde : l’amour de Dieu pour les hommes.

C’est ainsi que nous sommes conduits à entendre la parole adressée à Bartimée : "Confiance ! Lève toi il t’appelle ! " Ce qui constitue la véritable espérance pour Bartimée, ce n’est pas d’avoir rencontré des hommes compatissants et solidaires ; c’est de savoir que celui qui l’appelle et qui vient à son aide, c’est Jésus, Fils de David, celui qu’il avait appelé au secours. Le triangle que l’évangile construit ainsi entre Bartimée, Jésus et les disciples nous indique comment interpréter les appels que nos contemporains désespérés expriment en se tournant vers l’Eglise.

Quelles que soient les qualités des services rendus, quels que soient le dévouement et la générosité des employés et des volontaires, ce n’est pas vers une meilleure organisation que se tournent ceux qui viennent frapper aux portes de nos églises, ce n’est pas l’ambition de faire mieux que les autres qui nous pousse à aller au devant de ceux qui appellent au secours. C’est l’ordre du Christ lui-même auquel nous nous efforçons d’obéir. C’est la charité de Dieu à laquelle nous essayons de donner une figure humaine dans le monde qui est le nôtre.

Telle fut la grande intuition de Mgr Rhodain. Si les pauvres de notre temps peuvent reprendre confiance, ce n’est pas parce que nos actions de solidarité seraient plus efficaces et mieux adaptées, c’est parce que les militants de la solidarité ecclésiale vivent leur engagement sous le signe de l’amour qui nous a été manifesté dans le Christ et que, à notre tour, nous devons manifester à nos contemporains. La solidarité vécue en Eglise n’est pas originale en raison d’une technicité plus sophistiquée, mais parce qu’elle se veut le signe d’un amour qui la précède et la dépasse et grâce auquel elle peut viser à être une relation vraiment humaine. Ce qui fait échapper notre action au risque d’être une assistance humiliante pour en faire une véritable rencontre qui permet à chacun d’être acteur de sa vie, même quand il a besoin d’être aidé, c’est l’amour, le bien le plus nécessaire à la vie humaine.

Pour terminer, qu’il me soit permis de citer quelques phrases de l’encyclique Deus caritas est de Benoît XVI.

"En ce qui concerne le service aux personnes qui souffrent, la compétence professionnelle est avant tout nécessaire : les soignants doivent être formés de manière à pouvoir accomplir le geste juste au moment juste, prenant aussi l’engagement de poursuivre les soins. La compétence professionnelle est une des premières nécessités fondamentales, mais à elle seule elle ne peut suffire. En réalité, il s’agit d’êtres humains, et les êtres humains ont toujours besoin de quelque chose de plus que de soins techniquement corrects. Ils ont besoin d’humanité. Ils ont besoin de l’attention du coeur. Les personnes qui oeuvrent dans les Institutions caritatives de l’Eglise doivent se distinguer par le fait qu’elles ne se contentent pas d’exécuter avec dextérité le geste qui convient sur le moment, mais qu’elles se consacrent à autrui avec des attentions qui leur viennent du coeur, de manière à ce qu’autrui puisse éprouver leur richesse d’humanité. C’est pourquoi, en plus de la préparation professionnelle, il est nécessaire. d’avoir aussi et surtout une "formation du coeur " : il convient de les conduire à la rencontre avec Dieu dans le Christ, qui suscite en eux l’amour et qui ouvre leur esprit à autrui, en sorte que leur amour du prochain ne soit plus imposé pour ainsi dire de l’extérieur, mais qu’il soit une conséquence découlant de leur foi qui devient agissante dans l’amour (cf. Gal. 5, 6) " (n°31)

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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