Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Vigile de Pentecôte 2006 – Confirmations d’adultes

Cathédrale Notre-Dame de Paris – Samedi 3 juin 2006

- Ac 2, 1-11 (récit de la Pentecôte)
- Psaume 103 (création et recréation dans l’Esprit)
- Rm 8, 22-27 (l’espérance de la gloire)
- Jn 7, 37-39 (la soif de l’eau vive de l’Esprit)

Frères et Sœurs, chers amis, en vous voyant vous approcher tout à l’heure, à l’appel de votre nom, pour signer avec l’eau baptismale, je ne pouvais m’empêcher d’évoquer en ma mémoire les lettres que vous m’avez écrites pour me faire part de votre désir d’être confirmés. Bien sûr, je ne pouvais pas attribuer telle lettre à tel visage, mais je savais que parmi vous avançaient celles et ceux dont j’ai lu l’itinéraire, l’histoire. Une histoire de la grâce à travers l’histoire d’une vie, car la soif dont le Christ parle dans l’Évangile : « Celui qui a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive », cette soif, elle a commencé à monter en vous ; elle a commencé à vous habiter et à vous conduire à chercher une source d’eau vive.

Peut-être certaines et certains d’entre vous ont-ils dû attendre longtemps avant de ressentir cette soif. Peut-être avant d’aspirer à l’eau vive ont-ils connu des boissons de remplacement qui leur semblaient combler leur désir et leur soif de vivre. Peut-être ont-ils tout simplement connu l’indifférence, l’absence, le vide. Mais les êtres humains sont ainsi faits qu’ils ne peuvent jamais se contenter de ce vide et que, d’une façon ou d’une autre, les protections que nous avons pu construire ou laisser se construire ou s’établir entre nous et la Parole de Dieu, ces protections finissent par se fissurer un jour.

Elles se fissurent parfois par la violence des événements qui surviennent dans une vie : la maladie éprouvée, la perte d’un être cher, la découverte et l’émerveillement de l’amour conjugal et parental, ou plus simplement encore, le dégoût, la lassitude, l’insatisfaction qui se développent à travers la routine et la monotonie des jours. Mais voilà : un jour, peut-être plusieurs fois un jour, mais un jour, il a frappé à votre porte, comme nous le dit le livre de l’Apocalypse. Il a frappé à votre porte et il a attendu que vous ouvriez. Il a attendu que vous fassiez la place pour qu’il entre, et il est revenu autant de fois qu’il a fallu pour que la brèche soit assez large pour laisser entrer ce fleuve d’eau vive.

Vous avez découvert peu à peu le mystère qui habitait votre vie et que vous ne connaissiez pas ou que vous aviez oublié, ou que vous aviez occulté ou que vous aviez enterré. Il y a dans votre vie une puissance d’amour que rien ne peut arrêter, sinon notre refus. Connaissant un peu cette soif, vous vous êtes tournés vers lui, et vous l’avez rencontré : le Christ, Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, sacramentellement présent et offert dans son Eglise, parlant au cœur de l’homme à travers son Évangile. Vous l’avez rencontré ; il vous a mis debout, il vous a mis en marche. Pour certains, il le fit directement, par une sorte de motion intérieure. Pour d’autres, il a agi par l’intermédiaire d’un époux, d’une épouse, d’un ami, d’une amie, d’un prêtre, d’une religieuse, bref par quelqu’un qui fut le signe de la présence du Christ, quelqu’un qui avait accueilli cette eau vive et qui en était devenu à son tour une source. "Celui qui croit en moi, .des fleuves d’eau vive couleront de son sein " (Jn 7, 38).

Vous avez marché, vous avez cheminé, et vous avez finalement rencontré la question : « Qu’est-ce que tu veux ? Veux-tu vivre pleinement de cette vie que le Christ te propose, jusqu’à t’immerger dans la vie sacramentelle de la réconciliation, de l’eucharistie et de la confirmation, ou bien te contentes-tu du vague sentiment d’une présence plus ou moins chaleureuse selon les jours ? Veux-tu l’image ou la réalité ? Veux-tu l’ombre ou la présence ? » À cette question, il faut répondre, et vous y avez répondu. Vous avez commencé d’y répondre, vous avez accepté d’y répondre et vous avez pris le chemin pour connaître le Christ et pour vivre de lui.

L’onction de l’Esprit-Saint que vous allez recevoir, c’est la promesse de l’accomplissement de ce que vous avez commencé à vivre au moment de votre baptême. À vous, qui avez été baptisés il y a très longtemps, il n’y a pas besoin d’expliquer ce qu’est la grâce du baptême, parce que vous l’avez vécue. Après des années, parfois plusieurs dizaines d’années, de silence, d’absence, d’exil de la vie de Dieu, vous avez été remis en route, pas par vous-mêmes, pas par l’Eglise, par Dieu lui-même. Ce qu’il a commencé en vous au moment de votre baptême, ne s’arrêtera jamais. Vous, vous pouvez folâtrer de droite et de gauche dans les chemins de traverse, mais il est là . Vous pouvez vous laisser embarquer par des aventures diverses, par la passion de votre travail, par toutes sortes d’activités, vous pouvez l’oublier, vous pouvez ne plus savoir ce qu’est le Jour du Seigneur, vous pouvez ne plus connaître la réconciliation, vous pouvez vous croire seuls au monde, mais il est là , plus vivant en vous que vous-mêmes, plus présent en vous que vous-mêmes. Le moment venu, la source d’eau vive se fraye un chemin à travers les sables de notre vie, elle débouche, elle coule, elle se répand.

Votre baptême n’a pas servi à rien, vous le savez. Marqués par l’Esprit-Saint, vous prenez pleinement votre place dans la vie de l’Eglise, non seulement symboliquement ce soir en occupant physiquement la cathédrale, - ce qui est déjà une manière de prendre votre place -, mais semaine après semaine en occupant votre place dans votre communauté chrétienne, mais jour après jour en vivant de la Parole du Christ et en devenant témoins de sa Bonne Nouvelle, dans toutes les circonstances de votre vie, de votre famille, de votre travail, de vos loisirs, bref à chaque moment de votre journée. L’Esprit-Saint vous donne non seulement la force mais le goût, le désir et la joie d’être en communion avec le Christ.

Pour devenir témoins du Christ, vous n’avez pas besoin de vous enrôler dans des groupes particuliers qui seraient chargés de l’apostolat, pendant que les autres chrétiens pourraient continuer à dormir tranquilles. Vous êtes constitués comme témoins du Christ par le don de l’Esprit. Vous ne pouvez plus faire comme si de rien n’était. Cette mission extraordinaire d’être témoins du Christ dans notre monde ne va pas vous écraser, elle ne va pas vous désespérer, parce que vous la vivez dans la force et la lumière de l’Esprit. C’est lui qui met en votre bouche les paroles qu’il faut dire, c’est lui qui met en votre cœur les gestes qu’il faut faire, c’est lui qui met sur vos lèvres la prière qu’il faut adresser à Dieu, c’est lui qui vous inspire les gestes et les paroles d’amour, c’est lui qui vous constitue comme sacrement visible de l’amour de Dieu.

Frères et Sœurs, l’Église entière se réjouit quand elle voit des centaines d’hommes et de femmes comme vous prendre leur place dans sa mission et dans sa vie. Pendant quelques instants, je vous propose que nous prions les uns pour les autres, pour tous ceux qui vous sont chers, pour ceux qui ont été un moment de votre vie à leur insu peut-être, un élément déclencheur, pour ceux surtout qui ne comprennent pas ce qui vous arrive. Que Dieu donne à tous sa lumière, et qu’il nous fasse connaître sa joie.

Amen.

+ André Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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