Allocution du cardinal André Vingt-Trois près de la tombe du Père Alexandre Men

Novaïa Derevnia (Russie) – lundi 27 octobre 2008

Excellences, Pères, frères et sœurs, chers amis,

À la suite de mon regretté prédécesseur le cardinal Jean-Marie Lustiger lors de son voyage en Russie en 1989, je suis ému de me trouver ici, près du père Alexandre Men. Leur rencontre avait été courte mais forte à l’époque et Mgr Lustiger avait eu le pressentiment qu’elle resterait unique. En le quittant, il avait dit à peu près ceci au P. Men : « C’est au ciel que nous nous reverrons ». Moins d’un an plus tard, le mystérieux assassinat d’Alexandre Men nous avait bouleversé, et nous avions tous eu un sentiment de gâchis et de découragement, puisque sa mort survenait au moment même où l’Église orthodoxe russe recouvrait la liberté, au moment où, selon les paroles de Sa Sainteté le Patriarche Alexis II, « était enfin venu le temps où le talent du père Alexandre à prêcher la parole de Dieu et recréer une vie paroissiale authentiquement communautaire pouvait se déployer dans toute sa plénitude ».

L’expérience pastorale du Père Men est exemplaire par le courage qu’elle manifestait en des temps de persécution où, selon son évêque le métropolite Juvénal, « au milieu de la nuit, il annonçait la lumière du Christ ». Elle est également exemplaire par l’investissement intellectuel consenti pour arriver à une compréhension profonde de la mentalité contemporaine. Le regretté Serge Avérintsev a dit un jour que, dans nos sociétés sécularisées, la foi ne pouvait plus se transmettre comme autrefois, que notre époque donnait ses chances au christianisme comme religion de mission, comme religion de nouveaux convertis et que la maxime de Tertullien « On ne naît pas chrétien, on le devient » était plus actuelle que jamais. L’action pastorale du père Alexandre Men était certainement inspirée par un tel constat et c’est ce qui lui confère un caractère universel et toujours précieux alors même qu’il n’est plus là. C’est certainement ce qui explique aussi le succès de ses livres traduits dans des langues étrangères.

Sa théologie de l’Incarnation, son sens aigu du dynamisme de la Bonne Nouvelle exprimé notamment par l’affirmation « Le christianisme ne fait que commencer » - qu’aimait aussi à citer Mgr Lustiger - nous replacent devant notre double vocation divino-humaine, notre double appartenance à la terre et au ciel, à l’histoire et à l’éternité.

Enfin, nous sommes particulièrement sensibles à son souci de l’unité. Nous avons découvert dans sa biographie combien il était ancré dans la foi orthodoxe qu’il avait reçue dans le milieu des confesseurs de la foi. En même temps, il a montré un intérêt fraternel pour le christianisme occidental et l’expérience catholique. Tout en étant conscient que les divisions ne pouvaient pas être surmontées par des moyens seulement humains, il a ouvert des voies de compréhension mutuelle pour que nous soyons fidèles à l’appel du Christ dans sa grande prière la veille de sa Passion : « Que tous soient un » (Jean, 17, 11).

C’est à cette intention que nous prions, en demandant à Dieu que le sacrifice de la vie du P Men porte des fruits « pour que le monde croie » (Ib°).

PRIÈRE DES DISCIPLES DU CHRIST

Jésus-Christ, Fils de Dieu, toi qui nous as manifesté le Père des Cieux,
fais de nous tes disciples.

Tu as promis de donner la paix à nos âmes, mais tu ne veux pas de serviteurs négligents.

Accorde-nous la force de rester vigilants, de veiller.

Donne-nous de t’être fidèles, d’une fidélité unique.

Apprends-nous à agir toujours devant ta face, fais de nous tes enfants.

Accorde-nous la force d’accomplir ta volonté, tes préceptes.

Apprends-nous à faire le bien. Garde-nous du levain des Pharisiens.

Enseigne-nous à discerner l’essentiel en nos vies, l’unique nécessaire.

Aide-nous à nous délivrer du péché, de l’oisiveté, de la paresse spirituelle.

Que tout ce qu’il y a de beau et de bon dans le monde nous fasse souvenir de toi.

Que le mal qui est dans le monde nous serve d’avertissement.

Donne-nous de voir dans les pécheurs le miroir de nos propres péchés.

Apprends-nous à considérer comme des frères ceux qui pensent autrement que nous,
ceux qui ne partagent pas notre foi, ceux qui ne croient pas.

Aide-nous à nous rappeler la brièveté de la vie, afin que le souvenir de la mort
soit une force de persévérance et de service.

Accorde-nous la force de pardonner, d’aimer, de tout donner.

Apprends-nous à vivre dans la prière. Fais de nous des membres de ton Royaume.

Apprends-nous à haïr le péché et non pas le pécheur.

Donne-nous la force de te rendre témoignage.

Ne permets pas que nous soyons vaniteux, mesquins, creux.

Sois pour nous l’Alpha et l’Oméga en cette vie et pour l’éternité.

Et nous serons tes disciples.

Amen !

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