Conférence du cardinal André Vingt-Trois en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre en présence des reliques du Curé d’Ars

Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre – Samedi 21 mars 2009

« L’enseignement : prédication, parole et actes ».

Chers amis, chers frères et sœurs,

Nous approchons du terme de cette semaine au cours de laquelle nous avons accueilli à Paris la relique du cœur du curé d’Ars, à l’occasion du 150è anniversaire de sa mort et de l’année du prêtre dans le diocèse de Paris. A travers lui, nous avons médité sur les caractéristiques fondamentales de la vie et du ministère du prêtre. Je vous propose de nous arrêter ce soir sur ce que l’on pourrait appeler « son ministère d’enseignement ».

Parler du curé d’Ars comme d’un enseignant peut sembler paradoxal. Une bonne partie des images d’Épinal qui ont circulé se sont en effet employées, peut-être pour mieux exalter sa sainteté, à nous le présenter comme un homme inculte, ou du moins comme quelqu’un qui avait eu beaucoup de mal à assimiler les connaissances nécessaires pour devenir prêtre. Mais on a moins souligné que le curé d’Ars, s’il n’avait pas une culture universitaire, avait une grande curiosité de l’esprit, éveillée par l’amour de son cœur et son désir de connaître le seul vrai Dieu, la seule vérité et le chemin du Salut.

Cet homme modeste et humble, qui arrive pour prendre en charge la paroisse d’Ars, se trouve confronté à la situation caractéristique d’un petit village rural de la France profonde du XIXe siècle. Ars est marqué par un taux de scolarisation très bas, une église du village en triste état voire abandonnée, des pratiques chrétiennes dévastées par la tourmente révolutionnaire et tombées en désuétude, et une génération mal catéchisée. (La génération précédente l’avait-elle été mieux ? Nous n’en sommes pas sûrs.)
Face à ces défis, que va faire le curé d’Ars pour relancer la vie de sa paroisse ? Je voudrais retenir quelques aspects de son action pastorale.

Le premier élément, qui surplombe tous les autres, c’est l’amour qui dévore son cœur de pasteur.

Quand il s’adresse à ses paroissiens, ou quand il parle de ces hommes et ces femmes qui l’entourent, c’est toujours pour une parole d’amour et de bonté. Il les appelle à accueillir la miséricorde divine et la réconciliation que Jésus est venu apporter aux hommes. Pour les inviter à convertir leur vie, il agite sans doute de temps à autre la crainte de la damnation, mais toujours pour souligner que le malheur de celui qui est damné est d’être coupé de l’amour de Dieu. Sans cette ligne générale de son action pastorale, on ne comprendrait pas pourquoi les gens se seraient pressés pour le rencontrer, durant ces longues heures de confession qui ont marqué toute sa vie à Ars. Car pour que les fidèles viennent recevoir le sacrement de la réconciliation et de la miséricorde, il ne suffit pas de placer une sentinelle prête à accueillir les pécheurs. Mais ceux-ci doivent être motivés par l’attrait du pardon, désireux d’accueillir la miséricorde et de mener une vie nouvelle. Sans doute ce grand mouvement qui a porté des foules de pénitents, des plus modestes aux plus célèbres, à venir s’agenouiller dans le confessionnal de la petite église d’Ars est-il le signe de cette prise de conscience, pas toujours bien identifiée, qu’être chrétien c’est être pardonné et que vivre en chrétien, c’est recevoir de Dieu l’amour et la miséricorde.

Le deuxième aspect de l’effort du curé d’Ars pour relancer la vie chrétienne de sa paroisse, tient tout simplement à l’enseignement des normes morales.

Il constate que les villageois d’Ars peuvent être entraînés à des débordements, des erreurs et des péchés, moins en raison d’une malice ou d’une perversité plus grande qu’ailleurs qu’à cause de leur ignorance des commandements de Dieu et de l’Église. Le curé d’Ars va mettre en œuvre les moyens qui sont les siens, pour rappeler ces commandements. Il le fera par le prône du dimanche, ces paroles personnelles qu’il ajoute à la fin de ses sermons, qui sont le plus souvent un laborieux travail d’écriture, lu minutieusement. Le prône lui permet de donner des conseils de vie, de susciter chez ses ouailles le désir de vivre mieux.

Enfin, il va mettre en œuvre le catéchisme pour les adultes, en plus du catéchisme pour des enfants qu’il assurera évidemment régulièrement. Le matin avant la journée de travail, très souvent et même tous les jours à certaines périodes, il rassemblera son troupeau dans l’église pour l’exhorter et lui annoncer la Bonne Nouvelle.

Pour réfléchir un peu sur cette pratique pastorale, soulignons d’abord que les consignes morales et les conseils de vie donnés par le curé d’Ars à ses paroissiens ne suffisent évidemment pas à transformer le village d’Ars en monastère peuplé de saints, ni même sans doute à assurer la conversion des mieux intentionnés. En ce domaine, la question à laquelle le curé d’Ars était confronté – comme nous le sommes aujourd’hui d’ailleurs – peut se définir de la façon suivante. L’engagement de la liberté humaine est le ressort premier de la conversion. Chaque homme et chaque femme porte en lui la capacité de reconnaître le bien et de transformer sa vie pour vivre « d’une façon honnête et juste » comme nous dit saint Paul.

Mais exercer sa conscience et mettre en œuvre sa liberté personnelle ne peut se faire sans une certaine connaissance de la condition humaine et une certaine distance par rapport aux contraintes de la vie quotidienne. Car pour évaluer le poids moral de sa vie et entendre l’appel à la conversion qui lui est adressé, chacun doit trouver le temps de regarder ce qu’il vit et d’y réfléchir, non pour construire une théorie sur l’évolution du monde ou acquérir une conception universelle de l’existence, mais pour aiguiser le regard qu’il porte sur sa propre vie. Celui qui ne découvre pas que les gestes, les paroles, les comportements humains sont le reflet d’un travail de l’intelligence et révèlent une certaine conception du monde, celui-là ne peut évoluer. Cette intelligence de la condition humaine, que nous pouvons aussi appeler la culture n’est pas réservée aux intelligents mais bien accessible aux gens les plus simples.

Cependant, cette réflexion ne suffit pas en elle-même pour conduire notre vie et dégager complètement notre liberté. Elle doit être associée à la connaissance de Dieu, de sa révélation et des vérités de la foi. Le Christianisme n’est pas la transmission d’une logique de comportement ou d’une sagesse indépendante d’une certaine vision de Dieu et de la connaissance qu’il nous donne de lui-même. Pour que s’épanouisse la vie de l’homme, l’intelligence et la liberté se conjuguent afin que ce que nous découvrons de beau, de vrai et de bien deviennent dans la foi des motifs qui engagent notre manière de vivre. Autrement dit, nous ne pouvons pas séparer le regard que nous portons sur le monde et sur nous-mêmes, de l’acte de la foi qui nous fait reconnaître Dieu présent à toute chose. Dans le récit du livre du Lévitique, au moment où Moïse donne les commandements au peuple d’Israël, il reçoit cette parole du Seigneur : « Soyez saint, car moi le Seigneur votre Dieu je suis saint » (Lv 19, 2). Cette articulation étroite entre la sainteté de Dieu - qui reste pour nous relativement inimaginable - et la sainteté que nous sommes appelés à vivre est au cœur de l’engagement du chrétien à la suite du Christ et au centre de la vie morale du disciple de Jésus.

Le catéchisme que j’ai évoqué tout à l’heure, consistait en l’enseignement des vérités nécessaires au Salut, du symbole de la foi, des commandements de Dieu et de l’Église et des commentaires adaptés. Cette pratique a été au cœur de la réforme tridentine, et pareillement de la réforme protestante, puisque le catéchisme de Luther se présente aussi comme un commentaire du credo, du Pater et des commandements. Mais cet effort déjà engagé depuis plusieurs siècles est à reprendre au temps du curé d’Ars. Il faut recommencer à enseigner les vérités de la foi, à apprendre les prières, à commenter le credo et les dix commandements. Car c’est par une ouverture de l’intelligence au contenu de la foi, que l’on permet à la liberté humaine de s’orienter vers la fidélité à l’appel de Dieu. C’est donc bien pour aider les habitants d’Ars à mener leur vie de façon à progresser vers la sainteté et vers le bonheur, que le curé va leur enseigner les vérités nécessaires au Salut, va leur faire découvrir ce qui est bon pour l’homme et leur apprendre à prier, ce qui dans son expérience ne consistait pas à savoir réciter des prières, mais à accepter de passer du temps avec le Seigneur.

Je vous propose de regarder notre situation actuelle à la lumière de cette pastorale d’enseignement du curé d’Ars. Trois aspects, parmi beaucoup d’autres, rapprochent la situation de notre société de celle du village d’Ars au moment où Jean-Marie Vianney en est devenu le curé.

Une génération peu catéchisée d’abord. Certes notre génération – au sens large de la génération d’après la deuxième guerre mondiale – n’a pas connu la tourmente révolutionnaire. Mais elle n’a pas été mieux catéchisée pour autant. Combien de chrétiens, par ailleurs croyants sincères, qui essayent de vivre et de prier du mieux qu’ils peuvent, prennent conscience qu’ils ne sont pas en état de rendre compte de l’espérance qui est en eux, lorsqu’ils sont confrontés à d’autres croyances (ce qui n’était pas le cas à Ars), à l’incroyance ou à d’autres convictions (ce qui pouvait arriver à Ars). Cela ne jette aucun discrédit sur la sincérité de leur foi et sur la générosité de leur manière de vivre, mais ils mesurent, comme je l’entends si souvent dire, qu’ils ne savent pas comment faire, quoi répondre, quoi dire.
Chaque année j’ai la joie de recevoir les « survivants » de cette génération peu catéchisée, c’est-à-dire ceux qui se présentent au baptême à l’âge adulte. Nés parfois dans une famille chrétienne, ils n’ont pas été baptisés et a fortiori pas catéchisés. Ils ont découvert le Christ au terme d’un long parcours et abordent le trésor de la foi à 25, 30 ou 40 ans. Ils découvrent, émerveillés, ce qu’on ne leur avait pas transmis ou qu’on leur avait caché.

Or cette absence d’éducation (ou tout simplement d’information) chrétienne n’est pas simplement un manque à gagner intellectuel et spirituel. C’est aussi une entrave à la liberté morale. En effet, on ne peut pas demander à des personnes dont la conscience et l’intelligence n’ont pas été éclairées par la lumière de la foi de faire des choix qui reposeraient sur leur connaissance du Christ. On ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir adhéré au bonheur que Dieu propose puisqu’ils l’ignorent. Une génération peu catéchisée et peu éclairée est forcément handicapée dans l’exercice de la liberté de sa conscience.

• Une deuxième ressemblance entre notre situation pastorale et celle qu’a connue le curé d’Ars tient à ce que l’on appelle le confusionnisme ou relativisme moral. Pour le définir à partir de maximes que l’on entend souvent, cette attitude consiste à dire : « tout se vaut », « tout est possible », « il n’y a pas de critères de jugement des actions et des comportements personnels qui permettent de dire que quelque chose est bon ou mauvais », « des choses sont dangereuses, d’autres savoureuses, certaines séduisent ou bien répugnent, mais tout cela n’est pas de l’ordre du jugement moral ».

• Le troisième point commun caractéristique est l’effacement des pratiques chrétiennes. Le curé d’Ars affirmait, dit-on, que si on laissait une église sans prêtre, au bout d’une génération on y élèverait des bêtes. Sans vouloir noircir le tableau, il m’est arrivé, dans une campagne française, d’entrer dans une église et d’y découvrir le matériel municipal pour l’entretien des parcs et jardins. Ces machines sont un peu les bêtes du XXIe siècle, simplement moins bruyantes et moins salissantes que les bêtes du XIXe siècle !

Il ne s’agissait pas d’un acte d’hostilité ni de violence contre la foi, mais simplement de l’effacement du sens chrétien de ce qu’est une église. Pour un certain nombre des gens de ce village, les gestes, les signes et les paroles du christianisme avaient perdu leur actualité et leur sens. Sans être ni criminels, ni plus mauvais que les autres - ils étaient même plutôt bien intentionnés - ils avaient perdu la grammaire et le vocabulaire de la foi. Dieu est-il encore quelqu’un de réel, ou bien a-t-il été refoulé assez haut dans les nuées pour qu’il ne dérange plus la terre ?

Permettez-moi finalement de tirer de tout cela, quelques objectifs pastoraux.

1. Connaître l’état humain de la population à laquelle nous sommes envoyés

Il nous faut d’abord nous demander à propos des hommes et des femmes vers qui nous sommes envoyés : Quelles sont leurs ressources d’humanité ? Quels sont leurs repères culturels et les contraintes de leur vie ? Quelles sont leurs misères et leurs espérances ? Pour les aimer et les inviter à réfléchir sur leur existence, nous ne pouvons pas nous désintéresser de ce qu’ils vivent. Annoncer la bonne nouvelle et catéchiser le peuple chrétien, ne consiste pas à lancer une parole dans le vide sans savoir ni où, ni comment, ni sur qui elle va tomber, ni quel effet elle va produire. Il nous faut prendre le temps et les moyens de mieux connaître et de mieux comprendre ceux et celles à qui nous sommes chargés d’annoncer l’Evangile.
Le temps passé à écouter ceux qui nous parlent d’eux, qui nous racontent leurs histoires, leurs misères, leurs joies, leurs familles et leurs maladies, n’est pas du temps perdu, ni même un simple motif d’intentions de prières, même si nous prions pour eux et portons ce qu’ils nous ont confié dans la prière.

2. Annoncer la miséricorde de Dieu et son action en Jésus-Christ

En Europe occidentale, nous avons la grâce insigne d’être les héritiers d’une longue tradition chrétienne. Il serait illusoire de croire que, puisque cette tradition est ancienne, elle est connue de tout le monde et n’a pas besoin d’être annoncée. Or précisément, nous vivons dans une société et dans un temps où ce qui fait le cœur de l’Évangile est ignoré. Il nous faut sans crainte reprendre toujours la première évangélisation, proclamer la bonne nouvelle du Salut et l’année de grâce de la part du Seigneur annoncée par Jésus à Nazareth. Nous ne pouvons pas nous situer trop vite au-delà de cette première annonce. Celle-ci est en soi si surprenante et tellement extraordinaire qu’il faut bien l’entendre plusieurs fois pour finir par y croire.
Nous ne devons pas avoir peur de la dire et de la redire, y compris dans nos églises, à des gens qui sont chrétiens, et même de bons chrétiens fidèles à la pratique dominicale. Eux aussi ont besoin d’entendre le cœur de l’annonce de la foi, que l’on appelle techniquement le kérygme, tel que le proclame Pierre dans le début du Livres des Actes des apôtres : Jésus, par amour de Dieu et par amour des hommes a donné sa vie pour le monde. La croix, signe dressé dans nos églises, est le mémorial de cet acte d’amour suprême.

3. Enseigner aux chrétiens les vérités de la foi et les commenter en adaptant aux âges et aux situations

Il nous faut sortir de l’illusion que le catéchisme serait en priorité une affaire concernant les enfants et les jeunes. Il convient bien sûr d’aider ceux-ci à comprendre les choses de la foi, à la mesure de leurs capacités. Mais le catéchisme, le commentaire adapté des vérités de la foi, doit être le régime habituel de la vie chrétienne. Il ne peut être réservé à l’initiation de ceux qui ont entrepris une démarche catéchuménale. Tous, nous avons constamment besoin de mieux connaître et de mieux comprendre le contenu de la foi chrétienne.

4. Ne pas craindre l’enseignement moral.

Dans notre culture, un discours moral est indécent et peut être même perçu comme une violence, ou désigné comme tel ! Mais si on ne parle pas de morale aux hommes on ne va pas en parler aux bêtes ou aux pierres du chemin ! L’être humain est, dans le monde, cette créature qui a une dignité sans comparaison avec toutes les autres, parce que précisément, elle dispose de la liberté de décision et de la liberté de choix. Elle est guidée par la voix de sa conscience et capable de discerner le bien et le mal, de choisir le bien et de refuser le mal. Si nous n’annonçons pas cette dignité morale de l’homme tout le reste s’écroulera. Car il y aura peut-être des religions, des dévotions et des sectes, mais plus de conversion des cœurs.

L’enseignement moral ne consiste pas d’abord à dénoncer les erreurs. Il repose sur la capacité de désigner des conduites justes et de les encourager ; j’allais dire “d’en faire la promotion”. Nous pouvons donc chercher à voir ce qu’il y a de beau dans le monde quand nous le regardons tel qu’il va. Si nous ne trouvons rien, c’est peut-être que notre regard a besoin de changer. Mais si nous sommes capables d’identifier quelque chose de bien, il nous faut alors aider ceux qui nous entourent à le voir et à le valoriser.

C’est là un ressort puissant de l’attitude éducative. Elle ne consiste pas simplement à formuler les interdits, mais à promouvoir les capacités de chacun à réaliser quelque chose, à admirer, à féliciter, à citer en exemple. En agissant ainsi nous aiderons nos contemporains à regarder leur univers d’une façon plus juste, et nous fortifierons leur motivation pour faire le bien.

Par exemple, on peut dire qu’un tiers des mariages - ou probablement plus - se conclue par un divorce. Pourquoi dit-on si peu que plus de la moitié des mariages durent toute la vie ?! A force d’oublier ce bien qui se vit, à force de ne pas l’évoquer, de ne pas le citer, on finit par penser qu’il n’existe plus et par croire que c’est un mythe ! C’est là une attitude eucharistique. Nous apprenons à rendre grâce pour ce qui se fait de bien que nous interprétons à la lumière de la foi comme un fruit de la bonté de Dieu. Nous reconnaissons que Dieu fait aujourd’hui des merveilles dans le cœur des hommes et avec la coopération des hommes. Comment pourrions-nous aborder de façon positive et stimulante un peuple chrétien dont nous ne verrions pas les qualités et les fruits, mais seulement les défauts et les péchés ?
Sur quelle force pourrions-nous nous appuyer pour le faire progresser et le faire cheminer, si nous ne voyons pas qu’il vit déjà de la grâce de Dieu ? Ou alors serait-ce que nous ne croyons pas qu’il vit de la grâce de Dieu ?...

5. L’éducation par la prière

Ce n’est pas le moindre de ces objectifs. Le curé d’Ars n’avait certainement jamais oublié qu’il n’y a qu’un seul maître, un seul enseignant, un seul pasteur, un seul docteur. Il faut que nous nous rappelions toujours que cet unique pédagogue c’est le Christ, que c’est à son école que nous nous mettons. Tout ce que je viens de mentionner : le catéchisme, l’explication des vérités de la foi, l’invitation à bien conduire sa vie, l’émerveillement devant les fruits que la grâce produit dans la vie de chacun, dans l’Église ou au sein de toute la famille humaine, tout ceci s’épanouit et se fortifie dans la prière. Celle-ci peut être la prière d’action de grâce, l’eucharistie, la supplication à Dieu pour qu’il vienne en aide aux hommes dans le malheur, la prière de contrition pour appeler avec persévérance la miséricorde de Dieu et tout simplement le dialogue et le regard d’amour avec Dieu selon le mot bien connu du paysan qui entrait dans l’église d’Ars : « je l’avise et il m’avise ». Comme cet homme, il nous faut apprendre à rester en silence devant le Seigneur, que ce soit personnellement, dans le secret de notre cœur, ou bien en Église, en laissant la place au silence et à l’adoration dans notre prière communautaire. C’est bien ce qui se vit ici, dans cette basilique du Sacré-Cœur Montmartre vouée à l’adoration perpétuelle, mais aussi dans toutes nos églises et en tous lieux. Les signes sacramentels donnés dans les églises viennent au secours de notre foi. Mais la réalité du sacrement est de permettre la communion entre Dieu et les hommes, qui nous est possible, accessible et offerte partout, en tous temps et en tous lieux.

Chers frères et sœurs, ces réflexions vous aideront, je l’espère, à poursuivre votre prière sous la conduite et à l’exemple du curé d’Ars. Peut-être pourrons-nous prier avec une foi ravivée pour les curés du monde entier puisque le curé d’Ars est leur saint patron. Vous me permettrez de vous inviter spécialement à prier pour les curés de Paris, à qui je confie chaque année cette mission d’enseigner le peuple chrétien pour le conduire vers une vie renouvelée, vers la joie de la réconciliation et de l’Évangile.

Amen.

André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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