L’Église
Catholique
À Paris

Anne nous écrit du Cameroun

Voici déjà presque 5 mois que j’ai quitté la France pour Yaoundé au Cameroun. Avec un peu de retard, il était temps de vous donner quelques nouvelles et de faire un premier bilan de ce début de mission. (...)

Yaoundé, ma ville !

Je m’y suis très vite sentie à l’aise. Située à 900m d’altitude, c’est une ville aérée et très verte. Le contraste entre la terre rouge et les bananiers, manguiers, avocatiers, corossoliers et autres arbres en tout genre est particulièrement saisissant.

Avant mon départ j’avais essayé de me représenter la ville en cherchant des photos sur internet et n’avais pas vraiment réussi à me faire une idée.
Maintenant que j’y suis, je comprends un peu pourquoi : à la fois c’est une grande ville, composée d’une trentaine de quartiers, avec au centre les grands immeubles des ministères et administrations et dans certains quartiers des immeubles d’habitation ... en même temps comme elle s’étend sur plusieurs collines, avec de la verdure et beaucoup de petites maisons parfois en terre et toit de tôle, on dirait plutôt un village qui a grossi.

découvrir la ville et les caractéristiques
de la vie africaine.

Mon travail et mes différents engagements font que je passe beaucoup de temps dans l’enceinte du collège (dans lequel j’habite également) mais j’essaye aussi souvent que possible de trouver des occasions pour découvrir la ville et les caractéristiques de la vie africaine.

Il y a les marchés où l’on ne manque jamais de se faire interpeller par les vendeurs (« la ouate, la ouate » traduire « la white » c’est à dire « la blanche » - le Cameroun est un pays bilingue français/anglais - ou plus charmant : « chérie, chérie ») et suivre par les enfants qui veulent porter votre sac ou charger vos achats dans leur brouette.
Heureusement ce n’est jamais très agressif et avec un peu d’assurance et de répondant on s’en sort très bien.

Les « sauvetiers », petits vendeurs de tout et de rien :

Partout dans la rue il y a aussi les « sauvetiers », petits vendeurs de tout et de rien : vendeurs d’eau qui se balladent en entrechoquant 2 verres, vendeurs de chaussures avec 3 chaussures dans les mains et une sur la tête
(je me demande toujours par quel miracle il va trouver le client qui à la fois le modèle et la pointure vont convenir)
et vendeurs de toute sorte d’autres articles le plus souvent portés sur la tête avec une habileté impressionnante.

Partout des « call-box »

On trouve également partout des « call-box », cabine téléphonique locale qui se compose d’un parasol et d’une caisse en bois servant de guichet derrière laquelle se tient une vendeuse avec un téléphone portable.
C’est sûr, les camerounais ont vraiment le sens du commerce ! Il faut dire que le pays comptant très peu de grosses usines de production le petit artisanat et le commerce constituent un des principaux moyens de s’en sortir.

Les « mamans » le soir

Le soir des « mamans » (c’est ainsi qu’on appelle toute femme d’âge respectable, pour ma part les petits enfants m’appellent plutôt « tantine »)
s’installent derrière des braseros pour proposer des brochettes, du poisson ou du poulet braisé que l’on accompagne de frites de plantains (sorte de banane moins sucrée), de maïs grillé, de petits beignets ou encore de bâtons de manioc pour les amateurs dont je ne fais pas encore partie ...
(le bâton de manioc est une substance blanche et gélatineuse sans goût définissable qui est présentée sous forme d’un bâton ficelé dans une feuille et que l’on épluche).
Bien sûr on mange avec les doigts et ces dîners sont des moments très conviviaux.

Quelques portraits

Voici les personnes avec qui je partage la plus grande partie de mon temps. J’ai la chance d’être vraiment bien entourée et tous me sont d’un précieux soutien pour mener bien ma mission.

Nolwenn : ma binôme Fidesco

Elle est sage-femme et est arrivée à Yaoundé en octobre 2005 pour aider au démarrage d’une nouvelle maternité dans un dispensaire catholique du quartier de la Briquetterie (le quartier le plus populaire et pauvre de Yaoundé).
Depuis l’ouverture de la maternité début septembre, elle accouche à tour de bras (presque 2 naissances par jour en moyenne).
Elle m’a accueillie à Yaoundé et nous partageons le même logement ce qui nous permet de longs et fréquents échanges sur les multiples surprises de la vie au Cameroun.

Les frères de St Jean

Je bénéficie aussi de la vie de la communauté des frères. Ils sont 8 (5 français, un sénégalais, un guinéen, un américain) et un postulant camerounais.
Les frères travaillent pour le collège : deux d’entre eux sont principal et vice-principal et les autres frères assurent la catéchèse, l’aumônerie et des cours de philosophie.

"Pour ces prêtres, laïcs, religieuses partant au titre ou dans l’esprit de « Fidei donum », l’impact ne sera pas seulement au moment du départ, de l’envoi. Certains ont passé « ailleurs » quelques années, d’autres beaucoup plus. L’impact sera intérieur : le pays, sa culture, l’Eglise qui nous a accueillis, nous ont normalement marqués en profondeur... "

Un peu bizarre au début d’être la seule fille à partager le quotidien de tous ces frères (j’ai habité 2 mois au prieuré en attendant la fin des travaux de ma maison et je prends la plupart de mes repas avec eux) mais je m’y suis assez vite habituée et m’y sens maintenant vraiment en famille.
Les rapports quotidiens sont simples et cordiaux, pleins d’humour et d’attention fraternelle, les frères ont chacun une personnalité bien différente et les occasions de rire ne manquent pas ! (...)

Le collège François-Xavier VOGT

C’est un collège privé tenu par les frères de Saint Jean, une communauté française qui agit beaucoup dans l’apostolat en direction des jeunes.
Créé il y a 60 ans, il accueille aujourd’hui 2600 élèves dans 37 classes de la 6ème à la Terminale (dont 200 internes). Presque 200 personnes y travaillent dont environ 120 professeurs.
Cette année le collège a également ouvert une classe préparatoire « Maths sup » qui prépare à l’intégration de grandes écoles françaises.

Le collège, dont la devise est « ora et labora », a pour vocation de fournir aux élèves une éducation de qualité, non seulement sur le plan scolaire mais également sur les plans humains et spirituels.
Dans une société dans laquelle les structures familiales sont souvent éclatées (les naissances hors mariage sont la norme, les enfants ne vivent pas forcément avec leurs parents mais peuvent être élevés par un oncle ou une tante, quand on parle de ses frères et soeurs la question posée est parfois « tu as 3 frères même père, même mère ? »), le collège veut fournir aux élèves des repères solides et des structures propices au travail.

Ainsi pour permettre aux enseignants un suivi des élèves aussi individualisé que possible les effectifs des classes restent raisonnables (autour de 70 élèves alors que dans les lycées publics cela peut aller jusqu’à 150), la corruption est bannie (on rentre au collège uniquement sur concours, quelles que soient les relations qu’on peut avoir) et grâce à une gestion financière rigoureuse depuis plusieurs années le collège dispose d’équipements et de locaux de qualité (un nouveau bâtiment vient tout juste d’être terminé et est en cours d’aménagement).

Les élèves du collège sont plutôt issus de milieux aisés (même s’ils sont en uniforme les chaussures et les accessoires ne trompent pas !) et seront pour certains les futures élites et cadres dirigeants du pays. (...)

Ma mission :

Je suis en charge de ce qu’on appelle ici la « comptabilité matières » c’est à dire la gestion des approvisionnements du collège en matériel de tout genre ; dans ma liste de courses on trouve en vrac des fournitures de bureau, la craie, le papier, des meubles, des serrures, du matériel de musique pour la fanfare du collège, du matériel informatique mais aussi les boissons qui sont revendues aux élèves pendant la pause déjeuner (il n’y a pas de cantine). (...)

"Nous revenons différents, toujours les mêmes mais assez transformés, souvent à notre insu ! En France, nous n’aurons plus la même vision des choses, des situations, des comportements de société et d’Eglise !" (Mission de l’Eglise, n°154 janvier-mars 2007 p. 51)

Mes journées sont donc bien remplies d’une multitude de petites choses : réception d’une livraison des Brasseries du Cameroun, remise aux demandeurs de matériels variés (tubes néons pour faire une réparation dans le collège, blocs éphémérides en ce début d’année ...), collecte des doléances des profs de sport qui ont besoin de ballons pour leurs cours, supervision du déménagement d’une salle de classe, étude de la quantité de craie utilisée au 1er trimestre pour calculer les besoins à venir, analyse des dépenses et des rentrées d’argent du collège ...

Ce poste me permet d’être en contact avec de nombreuses personnes (professeurs, vendeurs, personnel administratif), de me balader partout dans le collège et aussi d’être confrontée directement aux questions de la consommation et de l’argent. (...)

Ma mission est à la fois de veiller quotidiennement au bon fonctionnement matériel du collège et de mettre en place les procédures qui doivent permettre à la direction de contrôler sur le long cours la bonne utilisation des ressources afin d’assurer l’équilibre financier de l’établissement et donc de permettre aux élèves et aux professeurs de travailler dans de bonnes conditions.

Mes premiers mois ont surtout été consacrés à comprendre le fonctionnement d’un établissement de la taille du collège tout en répondant également aux multiples besoins de la rentrée. Après avoir « survécu » au coup de feu du 1er trimestre, je me sens maintenant plus à l’aise et vais pouvoir consacrer davantage de temps à la mise en place de procédure et d’outils de contrôle de gestion, à suivre...

A côté de ce travail plutôt très sérieux et « professionnel »
(Fidesco nous avaient prévenus : on ne chôme pas en mission !),
je trouve également des occasions de m’investir dans certaines des nombreuses activités organisées autour du collège et de la communauté St Jean.

Ainsi au mois de décembre j’ai participé à l’organisation du « WE eucharistique » qui a rassemblé 700 jeunes pour des temps d’enseignements, de partage et d’adoration du Saint Sacrement. C’était touchant de voir combien les jeunes camerounais qui ont plutôt l’habitude d’être très expressifs ont également soif de silence et d’intériorité.

J’ai également « rempilé » dans le scoutisme : et oui on m’a proposé d’être cheftaine dans l’unité scoute du collège. Tous les samedis matins je retrouve donc une trentaine d’enfants pour des jeux et activités variés

Nous avons également mené un camp de 5 jours pendant les vacances de Noël, ce qui a été pour moi une occasion un peu particulière d’immersion dans la vie camerounaise !

Je ne manque donc pas d’occupations et je dois avouer qu’après un premier trimestre scolaire qui m’a paru très long (4 mois sans interruption) les vacances de Noël ont été bienvenues et m’ont permis sinon de me reposer, du moins de changer d’horizon et de découvrir le Cameroun de haut puisque avec Nolwenn et 2 autres coopérants Fidesco nous avons effectué l’ascension du mont Cameroun (4095 m).

Une vraie expédition sportive puisque nous avons monté puis descendu 3000 m de dénivelé en 2 jours ½ avec une montée en ligne droite sur des pentes particulièrement raides
(il fallait parfois s’aider des mains pour grimper)
et une descente dans des paysages sublimes sur les champs de lave(le Mont Cameroun est un volcan toujours actif), les dunes de sable volcanique, les cratères et la savane.

Je vous laisse sur le sourire d’un de mes louveteaux et vous adresse tous mes voeux de bonheur pour l’année 2007, qu’elle vous permette de voir se réaliser les projets qui vous tiennent à coeur ! Je pense bien à vous, A bientôt pour le prochain numéro

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