Autour de l’exposition « Vierges à l’enfant ».

Dans le cadre du cycle Trésors des réserves, la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris, présente des œuvres qui ne sont pas exposées dans les collections permanentes.
La dernière en date, l’exposition "Vierges à l’enfant", présente neuf moulages de statues de Vierges à l’enfant du XIIIème au XVIème siècle, dans la galerie des peintures et des vitraux jusqu’au 1er mai 2009.

Communication de Sylvie Bethmont, professeur à l’École Cathédrale, administrateur d’Art, Culture et Foi / Paris.

Du 17 décembre 2008 au 1er mai 2009 - prolongation jusqu’au 22 juin 2009, tous les jours sauf le mardi de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h. Entrée comprise dans le prix du billet d’entrée aux collections permanentes, accès gratuit pour les moins de 18 ans. 1 place du Trocadéro et du 11 novembre, Paris 16e. M° Trocadéro.

Aux origines des images des Vierges à l’enfant médiévales.

L’Église a reconnu très tôt le rôle éminent de Marie. Si elle n’est pas encore nommée dans les épîtres de saint Paul, elle apparaît dans les évangiles relatant l’enfance du Christ dans les évangiles selon saint Mathieu et saint Luc. Un court verset de Mathieu relatant la visite des mages « entrant dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère » (Mt 2, 11) et le concile d’Éphèse proclamant Marie Théotokos, « Mère de Dieu », en 431, fixeront les bases des images des Vierges à l’enfant. Le motif de Marie tenant l’enfant Jésus, apparaît dans la peinture dès les premiers siècles de l’art chrétien, aux murs des catacombes de Rome, et cette image est déjà fixée pour les siècles. La Vierge porte l’enfant contre elle, accompagnée d’un prophète désignant une étoile (catacombe de Priscille) ou bien elle trône en majesté, son enfant sur les genoux elle est entourée de saints (avec les martyrs Félix et Adauctus, et la veuve Turtura, catacombe de Commodille). Ailleurs, elle est la reine des cieux, nous faisant témoins de l’Épiphanie, elle présente son enfant aux Mages et à l’adoration de l’Église toute entière dans les peintures, mosaïques et sculptures des premiers siècles. Toutes ces images proclament l’incarnation du Christ et la dignité de sa mère.

JPEG - 6.8 ko
La Vierge à l’Enfant. Milieu XIIIe siècle.
Paris. Cathédrale Notre-Dame. Trumeau de la porte du cloître. © D. Bordes / CAPA / MMF 2008

Les développements d’un motif majeur pour la dévotion.

A partir du XIème siècle, dans l’Orient grec, les images de Marie se multiplient puis aux siècles suivants, l’Occident en fait à son tour un motif de prédilection. A l’époque romane, la Vierge et son enfant sont représentés en trois dimensions. L’image de Marie entre dans l’espace des hommes, protectrice et souveraine, en cette Europe des pèlerinages qui crée les fameuses « Vierges noires ». Puis, à partir du XIIème siècle, Marie semble descendre de son trône pour nous présenter son bébé. Elle se tient, debout, dans une attitude moins hiératique, plus familière. Le dialogue avec ces images de maternité se fait plus intime en cette période de grande dévotion aux saints. Au XVème siècle, la plupart des églises paroissiales possèdent au moins une modeste Vierge à l’enfant polychromée. Si, à première vue, ces sculptures semblent tendre au stéréotype de la maternité heureuse, il faut en découvrir la diversité. Une diversité à laquelle s’attache cette exposition.

JPEG - 16.7 ko
La « Vierge Dorée ». Milieu du XIIIe siècle.
Amiens. Cathédrale Notre-Dame. Portail du transept sud.
© D. Bordes /CAPA / MMF 2008

Une grande diversité à découvrir.

Le moulage de la Vierge à l’enfant de l’église de Sainte-Anne-de-Gassicourt (Mantes-la-Jolie), est l’exemple le plus ancien présenté. Mais une autre œuvre du XIIIème siècle est chère au cœur des parisiens, c’est le moulage de la statue du trumeau de la porte du cloître de Notre-Dame de Paris. Marie, la Dame des dames, porte la couronne de souveraine des Cieux, elle est associée au pouvoir royal. Faisant corps avec le trumeau elle est la porte du cloître offerte à la dévotion de l’archevêque de Paris, de ses prêtres et de son collège de chanoines.

Mais la douceur de la joie d’être mère éclate bientôt dans ces images comme en témoigne la « Vierge dorée » d’Amiens, (milieu du XIIIème siècle), toute en mouvement et en courbes, ployée vers son petit bébé en chemise. Cette apparente proximité, cette image quotidienne ne doivent pas faire oublier l’attribut divin que porte l’enfant, le globe terrestre. Jésus est le sauveur du monde dont le corps a été enfanté par le corps de Marie.

JPEG - 5.3 ko
Vierge à l’Enfant. Vers 1350.
Cernay-les-Reims (Marne). Église. © D. Bordes / CAPA / MMF


Un troisième exemple, la Vierge de Cernay-les-Reims, (vers 1350), met encore d’avantage l’accent sur l’humanité du petit enfant Jésus jouant avec un oiseau alors que Marie, toujours ceinte d’une fine couronne, tient une fleur. Il est loisible d’imaginer leurs jeux, mais ces deux éléments sont également symboliques. A Marie, la « rose du Printemps » (selon ses litanies) n’offre-t’on pas les prières du rosaire ? Quant au chardonneret, cet oiseau du ciel au front rouge qui se régale de chardons, il annonce les épines de la Passion.

Ces quelques exemples donnent un aperçu d’une exposition qui nous fait voyager dans le temps et l’espace du XIIIème au XVIème siècle, du Languedoc-Roussillon (Vierge de Villeneuve-lès-Avignon), en Lorraine (Vierge de la cathédrale Saint-Dié) ou en Seine-Maritime (Vierge de Dampierre). C’est pour nous une occasion de redécouvrir dans leur diversité, d’autres Vierges à l’enfant, celles proches et familières, de nos églises paroissiales parisiennes ou de nos lieux de vacances, auxquelles nous n’attachons peut-être qu’un regard rendu distrait par l’habitude.

Sylvie Bethmont

Articles

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse