Cap sur la charité

Organisée par le Vicariat pour la solidarité, la troisième édition du Forum de la charité s’est déroulée le samedi 4 février, à St-Jean-Baptiste de Grenelle (15e). Une occasion pour beaucoup d’acteurs de la charité du diocèse, d’échanger pour mieux agir. Reportage.

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Un mur d’expression sur le thème de la solitude était mis à la disposition des participants.
Photo : Yannick Boschat

« Ce que Dieu veut de l’homme ? Il lui demande d’habiter le monde. » La voix du P. Dominique Greiner, assomptionniste et rédacteur en chef religieux de La Croix, résonne dans la grande salle mise à disposition par St-Jean-Baptiste de Grenelle (15e). Face à lui, les 320 inscrits au Forum de la charité écoutent sa conférence d’introduction, intitulée : « Qu’est-ce qu’habiter ? ». Ce samedi 4 février au matin, trente-huit associations caritatives – paroissiales ou diocésaines pour la majorité –, sont représentées, toutes liées aux trois thèmes qui rythmeront la journée : le logement, la solitude et l’accueil de l’autre.

Des outils de réflexion

Peu après la conférence, quatre ateliers s’organisent autour de la problématique du logement. S’échappant d’une des pièces, la voix de Régis d’Hérouville, président de l’association Corot Entraide (16e) – qui œuvre pour la réinsertion de personnes de la rue par le logement – se fait entendre : « Nous cherchons, autant que possible, à multiplier les activités – jeux, repas, etc. – entre les bénévoles et les personnes que nous accueillons, afin d’établir un lien humain. » Dans les salles attenantes, Habitat et humanisme, l’Association Sainte-Geneviève, Montparnasse Rencontres ou encore Ensemble2Générations, proposent chiffres, témoignages et pistes d’action.

Vivre concrètement l’Évangile

Pour beaucoup de bénévoles, cette journée est l’occasion de partager leurs expériences. Comme en témoigne une paroissienne de Ste-Marie des Batignolles (17e), chargée de la permanence d’accueil de son église : « C’est une manière de consolider le réseau de la charité à Paris. »
« On trouve des solutions rien qu’en discutant », raconte-t-elle, heureuse de pouvoir parler d’Hiver solidaire avec des paroissiens « plus expérimentés ». À côté d’elle, Bernadette, paroissienne de St-Ferdinand des Ternes (17e), déjeune avec Polo, hôte régulier du « Repas partagé » de la paroisse. Militant pour « responsabiliser les précaires » au sein des diverses associations caritatives, il est heureux d’être associé à cette journée. Parmi les participants, quelques personnes de la rue invitées au Forum profitent comme lui de ce temps pour serrer des mains et se laisser accueillir, participant avec intérêt au « théâtre forum » lancé peu après le déjeuner. Abordé en fin de journée en présence de Mgr André Vingt-Trois, le thème de l’« accueil de l’autre » vient clôturer la journée. « L’amour du Christ nous entraîne à aller plus loin qu’une collaboration à des activités d’aide, souligne le Cardinal lors du temps de prière qui se déroule dans l’église. Le Christ nous pousse à nous faire proches. » Un appel, en somme, à toujours mieux « habiter le monde ». • Laurence Faure

La Fondation Notre Dame soutient les acteurs de la charité du diocèse.

Trois questions à...Evangeline Masson Diez, invitée du Forum, référente technique pour la population Rom à la délégation parisienne du Secours catholique.

P. N.-D. : Que signifie « accueillir l’autre » ?

Evangeline Masson Diez – C’est avant tout aller à sa rencontre, ce qui implique souvent d’aller au-delà de ses appréhensions. Accueillir notre prochain c’est aussi lui donner chair : regarder celui qui est à ma porte mais que je ne vois pas. C’est une façon de reconnaître la dignité de l’homme et de la lui rendre s’il l’a perdue.

P. N.-D. : Pourquoi est-ce nécessaire ?

E.M. D. – Notre société concentre beaucoup d’inégalités. Si, nous chrétiens, n’agissons pas, qui le fera ? Prenons l’exemple de la situation des migrants. Leurs profils recouvrent des situations très diverses que nous avons pourtant tendance à mettre « dans le même sac ». S’il ne faut pas éluder ou simplifier les questions politiques et sociales liées à leur intégration, n’oublions pas qu’il s’agit le plus souvent de personnes en situation de fragilité. C’est précisément sur ce point que nous sommes appelés à agir : accueillir l’homme en situation de détresse comme un frère et lui donner les moyens de se relever. Ce qui ne peut que favoriser la paix sociale. Enfin, il est bon de rappeler que l’étranger – en particulier l’étranger pauvre, facilement stigmatisé – n’est pas « source de problèmes » mais riche de sa personne et de son héritage culturel. Comme nous le rappelle l’Église, c’est cette richesse que nous sommes appelés à accueillir.

P.N.-D. : Par où commencer ?

E. M. D. – En prenant en compte l’homme, plutôt que les chiffres donnés aux informations. Permettre à une personne de se remettre debout, c’est la rendre capable de recevoir et de donner. Ce qui ne se vit que s’il y a une véritable communion entre les personnes. • Propos recueillis par L. F.

Ils reviennent sur leur expérience

Hélène, St-Jean-Baptiste de Grenelle (15e), bénévole d’« Antigel »

« Maraudant régulièrement dans mon quartier, je suis venue pour entendre parler de charité et échanger avec d’autres bénévoles au service des plus démunis. Ma participation au Forum fait partie des petites choses qui m’aident à consolider le lien entre ma vie chrétienne et la recherche de Jésus dans mon prochain. C’est aussi une façon de réaliser concrètement que nous n’agissons pas seuls mais au sein d’un corps qui est l’Église, au nom du Christ et de l’Évangile qui nous rassemblent. » • Propos recueillis par Laurence Faure

Bernard, St-Vincent de Paul (10e), bénévole de « Coeur du Cinq »

« Je suis heureux que ce Forum cible des problématiques précises et propose des pistes d’action concrètes. La conférence “Qu’est-ce qu’habiter ?” a traité de façon originale la question du logement en la ramenant à notre propre rapport à l’habitat : comment est-ce que j’habite un lieu ? En quels termes parlons-nous de logement (rentabilité, chance) ? L’atelier théâtre a également permis à beaucoup de gens de s’exprimer librement sur le sujet difficile de la solitude. Ce Forum est un encouragement à aller toujours plus loin dans notre exigence d’humilité vis- à-vis du plus pauvre. » • Propos recueillis par L.F

Vous avez dit solitude ?

« Sans vous cet après-midi, rien ne sera possible. » C’est sur cette injonction faite aux 320 personnes installées face à la scène que trois acteurs de la troupe des Comédiens Associés ont entamé ce qu’ils appellent un « théâtre forum ». Objectif : évoquer le sujet de la solitude en faisant intervenir le public durant le spectacle. Quatre scénettes se sont ainsi succédé, interrompues par la participation de spectateurs invités à monter sur scène pour donner la réplique aux comédiens. « Le but était de mettre en situations différentes formes de solitude (subie ou choisie) et d’interroger le public », explique Patrice Marsollier, auteur des scénettes. Un pari réussi grâce à l’excellent jeu des trois acteurs. • Propos recueillis par Laurence Faure

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