L’Église
Catholique
À Paris

Des paroisses dressent la table pour parler de la famille.

Depuis le lancement
de la deuxième année de “Paroisses
en mission”, en septembre dernier,
plus d’une quinzaine de paroisses
ont déjà organisé leur première
assemblée. Autour d’une messe, lors
d’un après-midi de débats ou d’une
soirée-rencontre, elles ont amené
leurs fidèles à s’interroger
sur la famille et la jeunesse.
Focus sur deux d’entre elles,
N.-D.de Clignancourt (18e)
et St-Jean-Baptiste de Belleville (19e).

Déjeuner assemblée pendant la fête paroissiale

« Cela s’est passé exactement
comme nous l’espérions. » Quand il parle
de sa dernière assemblée
paroissiale, le curé de N.-D.de Clignancourt
(18e) avoue sa satisfaction,
un sourire dans la voix. Dimanche
17 octobre, le P. Marc
Lambret et son équipe avaient
misé sur une organisation atypique
pour commencer l’année
« Famille et Jeunesse ».Les familles
étaient invitées à de nombreuses
activités pour les jeunes, à l’occasion de
la journée festive de rentrée.
Au cœur de cette fête paroissiale,
Après une messe unique à
11h, l’assemblée paroissiale a eu
lieu lors du déjeuner, avec inscription
préalable et numerus clausus.
« Les fidèles qui voulaient être présents
devaient ainsi faire un pas
vers nous en s’inscrivant, explique t-
il. Mais le jour même, nous avons
aussi accepté des participants à la
dernière minute. Un équilibre qui
a amené des personnes très
différentes à se rencontrer. »

Chaque table était animée par un
« témoin » représentatif d’un thème.
Comme Nadine, chargée de
parler de son engagement en
paroisse, après avoir été impliquée
pendant longtemps dans une
communauté charismatique.
« Les gens voulaient d’abord savoir
ce qu’était la communauté du
Chemin neuf, que j’ai fréquentée
pendant dix ans, raconte-t-elle.
C’était plutôt une amorce pour
lancer les conversations, car très
vite, chacun a dévoilé sa propre
histoire spirituelle, expliqué comment
il se sentait dans la paroisse,
et décrit ce qui le poussait à venir. »

Habituée à aller à la messe
toujours à la même heure, elle ne
connaissait qu’une ou deux personnes sur les dix présentes autour
d’elle. « J’ai découvert des gens au
profil très varié, des personnes que
je saluais régulièrement, mais avec
lesquelles je n’avais pas eu l’occasion de parler », ajoute-t-elle.
Gilbert, paroissien depuis plusieurs
années, a été accueilli par
un couple engagé dans l’accompagnement
des futurs mariés, sur
le thème : « Peut-on aimer tout le
monde ? » « Nous avons parlé de
nos expériences familiales et
professionnelles, se souvient-il.
L’amour a parfois du mal à s’exprimer
dans certaines situations,
au travail, mais aussi avec nos
proches. Une paroissienne nous a
parlé de son frère avec qui les relations
étaient difficiles. J’ai eu le
sentiment que nous parlions à
cœur ouvert, en abordant des
domaines intimes. » A côté de lui,
Marion est venue avec son mari
pour rencontrer des catholiques
du quartier et trouver l’activité qui
lui conviendrait le mieux. « Je
viens depuis quelques mois dans
cette paroisse avec mon mari,
explique-t-elle. Cette assemblée
paroissiale a confirmé que l’on se
sentait bien ici. »

Après le repas, le P. Lambret a fini
par une intervention sur la phrase
choisie pour la journée entière
« attachez-vous, détachez-vous »,
rappelant que le sort de l’homme
est de quitter son père et sa mère
pour fonder une famille. « J’ai souligné
ce qui faisait le succès de l’assemblée,
déclare-t-il.

Nous avons
vécu une rencontre de nature à
nous attacher plus au Christ et à
nous détacher de ce qui nous occupe
habituellement, pour avancer
dans la vie de disciple aux côtés des
autres disciples, comme dans une
grande famille. » • Sophie Lebrun

Près de cent trente paroissiens ont participé à l'assemblée paroissiale de N.-D. de Clignancourt (18e).

Rencontres au cœur de la messe

Amener les voisins de messe
à dépasser le « bonjour »
mécanique et pousser à la
rencontre les fidèles des
différentes célébrations : le pari
est réussi pour St-Jean-Baptiste de
Belleville (19e). Dimanche 14 novembre,
à 11h15, près de trois
cent quatre-vingts personnes ont
participé à l’assemblée paroissiale,
organisée dans le cadre de
l’année « Famille et Jeunesse »,
autour de la messe, suivie d’un
repas partagé dans l’église. Ce
jour-là, après la lecture de
l’Evangile, le curé a invité les
paroissiens à se regrouper par
dix pour parler de leur famille à
partir d’un questionnaire.

Un souvenir, des relations difficiles
avec un parent, des divergences
de foi en famille : les membres
de l’assemblée paroissiale étaient
appelés à se livrer. « Paisiblement,
ils se sont tournés les uns
vers les autres, se souvient le
P. Eric Morin. Les échanges ont
été très calmes : chacun a su
écouter l’autre. » Au bout d’un
quart d’heure, ils ont repris leur
place pour l’eucharistie. Pour
marquer la continuité avec le
thème, la prière universelle a été
remplacée par celle des familles
de la lettre pastorale du cardinal
André Vingt-Trois. Toujours dans
l’église, des tables ont ensuite
accueilli près de cent quarante
personnes, restées pour le repas
offert par la paroisse. • Sophie Lebrun

TÉMOIGNAGES À ST-JEAN-BAPTISTE DE BELLEVILLE

L’assemblée vue par une organisatrice
Isabelle Churlot, membre du conseil pastoral.

« Avec une dizaine de bénévoles,
nous avons
préparé le repas juste
avant la messe, sorti puis rangé
les chaises pendant celle-ci,
tout en veillant à ce que chaque
fidèle ne se sente pas perdu face
au ballet de mouvements. Une
fois les carrefours commencés,
nous nous sommes rendu
compte que le questionnaire
prévu était trop long ; mais chaque
animateur s’est adapté.
Dans mon groupe, une vieille
dame nous a confié qu’elle était
issue d’une famille recomposée.
Son témoignage a marqué car
on s’imagine que les problèmes
de parents avec des enfants de
différents mariages sont apparus
récemment. Alors qu’elle
nous expliquait avoir toujours
eu du mal à construire sa vision
de la famille, j’ai réalisé que le
challenge a toujours été difficile.
Après la messe, pendant le
repas, les échanges ont continué.
A ma table, une maman
essayait de manger tant bien
que mal avec son bébé sur les
genoux. Spontanément, chacune
des personnes assises l’a
pris à son tour pour qu’elle en
profite aussi. Toute la journée a
été teintée de cette attention
particulière entre nous, alors
que nous venions à peine de
nous rencontrer.• Propos recueillis par S.L.

L’assemblée vue par une paroissienne
Anne Furst.

« Je n’ai pas eu à changer mes habitudes puisque
l’assemblée paroissiale
a eu lieu pendant la messe où
je me rends. C’est plutôt le thème
sur lequel j’avais quelques
réserves. Je suis célibataire et
dans l’Eglise, j’ai parfois l’impression
que la vision de la famille reste bloquée sur des modèles
sociaux figés, comme si
en dehors d’un couple de parents
avec des enfants ou des
laïcs consacrés, il n’y avait point
de salut. Mais je voulais faire
l’effort d’aller à la rencontre de
mes voisins de messe. Finalement,
nous n’avons pas abordé
de grandes questions idéologiques,
mais nous avons parlé
de nous. Un homme vietnamien
nous a confié qu’il n’avait jamais
pu revoir une partie de sa famille,
après son départ d’Asie.
Dans cette paroisse, les fidèles
ont des origines du monde entier
et nos façons de voir la famille étaient donc
très différentes.
J’ai parlé de ma situation de
célibataire, de ce que j’entends
dans l’appel du Christ :une fraternité,
non pas tributaire des
liens du sang mais qui les transcendent.
A la fin du repas, j’ai
réalisé que l’ensemble de l’assemblée
avait un sens grâce
aux différents moments que
nous avions vécus : la rencontre
en groupe, puis l’eucharistie
pour se nourrir à la source, enfin le repas aux allures de déjeuner
en famille. » • Propos recueillis par S.L.

Assemblées paroissiales : outils et partages d’expériences

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