Diacres : quelle place à Paris ?

Neuf hommes seront ordonnés diacres permanents samedi 4 octobre, à Notre-Dame. Fortement encouragé par le Cardinal Lustiger, à la suite de Vatican II, le diaconat s’est progressivement développé à Paris. Quelle est la situation aujourd’hui ?

Neuf hommes seront ordonnés diacres permanents le samedi 4 octobre à Notre-Dame de Paris. Si aujourd’hui la moitié exactement des paroisses parisiennes a un diacre, leur ministère reste difficile à cerner. Et ceci probablement en raison de sa nouveauté. Après avoir disparu pendant dix siècles, le diaconat a été réintroduit dans la vie de l’Eglise, après le concile Vatican II.

« Sept hommes de bonne réputation »

Les diacres apparaissent dès le début de l’Eglise. Le nombre de disciples augmente et les Hellénistes se plaignent qu’« on néglige leurs veuves » (Ac 6, 1). Pour permettre aux apôtres des rester assidus à la prière et au service de la Parole, on cherche alors « sept hommes de bonne réputation, remplis d’Esprit et de sagesse » pour le « service des tables ».

Durant les premiers siècles, les diacres sont les collaborateurs de l’évêque, chargés du service des pauvres, mais aussi de la Parole et de la liturgie. Leurs activités sont multiples selon les habitudes locales. Même s’ils accèdent parfois à des responsabilités importantes (Léon le Grand est élu pape) ils ont toujours en vue le service : le diacre est le « serviteur de l’évêque et des pauvres » (Didascalie des Apôtres, IIIe siècle).

A partir du Ve siècle, pour de multiples raisons, le diaconat décline
 : l’Eglise s’organise de plus en plus autour du prêtre, et le diacre lui est davantage subordonné. Par ailleurs, le secours aux pauvres est assuré par d’autres : princes chrétiens, monastères... En Occident, le diaconat se réduit alors à une simple étape vers le sacerdoce.

A la fin de la seconde guerre mondiale, des voix d’évêques, de théologiens,de prêtres, posent la question d’un renouveau du diaconat. Les raisons ? L’Eglise redécouvre les Ecritures et les textes des Pères de l’Eglise. On pense aussi que les diacres seraient plus proches de la société que les prêtres. Ils pourraient aussi seconder ces derniers.

Vatican II

Vatican II ouvre de nouveau la possibilité du diaconat permanent en 1964. La Constitution dogmatique Lumen gentium, indique que « le diaconat pourra, dans l’avenir, être rétabli en tant que degré propre et permanent de la hiérarchie » (n. 29). Lumen gentium décrit le contenu du ministère : « il appartient aux diacres d’administrer solennellement le baptême, de conserver et distribuer l’eucharistie, d’assister, au nom de l’Eglise, au mariage et de le bénir, de porter le viatique aux mourants, de donner lecture aux fidèles de la Sainte Écriture, d’instruire et d’exhorter le peuple, de présider au culte et à la prière des fidèles, d’être ministre des sacramentaux, de présider aux rites funèbres et à la sépulture. » Cette description n’est pas normative, elle laisse ouvert le champ des possibles...

L’impulsion du Cardinal Lustiger

A Paris, quatre diacres sont ordonnés dans les années 1970. C’est peu, « mais à l’époque la prudence était de rigueur, tant à Paris qu’au plan national », explique le P. Denis Dupont-Fauville, responsable du diaconat permanent. Depuis la fin des années 1980, sous l’impulsion du Cardinal Jean-Marie Lustiger, plus de 120 hommes ont été ordonnés diacres. 90 % sont mariés, 5 % veufs, 5 % célibataires. « Pour lui, explique le P.Dupont-Fauville, si l’Esprit Saint avait permis la redécouverte du diaconat, cela donnerait du fruit, même si on partait dans l’inconnu. »

A l’époque, le diaconat est mal connu et tout un travail d’information est entrepris au niveau diocésain. Un cycle de trois ans de discernement et de formation est par ailleurs mis en place pour les diacres et leurs épouses.

Quelles tâches assigne-t-on aux diacres ? Aucune vraiment précise. « Le Cardinal Lustiger souhaitait avant tout les préparer à être diacres plutôt qu’à rendre tel ou tel service, indique le P.Dupont-Fauville. Certains ont gardé une vie très semblable à celle précédant leur ordination, et pourtant, par le sacrement de l’ordre, tout a changé : ils ne sont plus seulement monsieur X ou Y, ils sont identifiés comme diacres, serviteurs au nom du Christ, sans compter les charismes qui peuvent alors apparaître. »

Concrètement, les diacres ont des missions variées. Nommé à St-Louis d’Antin (9e), paroisse où il n’y a ni baptêmes ni mariages, Alain Desjonquères, a vu passer quatre curés qui, chacun, ont redéfini ses missions. Il a par ailleurs été nommé secrétaire au Comité national du diaconat. « Celui qui s’engage au diaconat doit être prêt à vivre une aventure parce que rien ne sera comme prévu, précise-t-il. Le diacre doit voir, en fonction de la situation, ce que lui demande le Seigneur. »

La grande variété des missions est parfois source d’incompréhension.
« Les laïcs se demandent ce qu’on fait, combien de temps cela nous prend, témoigne Olivier Rossignol, diacre à N.-D. de Compassion (17e). Certains fidèles nous perçoivent davantage comme quelqu’un qui a des tâches que quelqu’un qui est diacre. » « Les laïcs redoutent que le diacre soit un échelon supplémentaire de la hiérarchie », ajoute Alain Desjonquères.

Diacres, 24h sur 24

Malgré les interrogations, la place du diacre est fondamentale. Dans une paroisse étendue, ils peuvent être une présence sacramentelle repérable. Pour des prêtres, ils peuvent constituer une ouverture sur la famille. Pour des laïcs, le diacre est quelqu’un à qui on peut facilement parler : « Les gens se confient à nous parce que nous sommes diacres, serviteurs inutiles et gratuits. Mais aussi parce qu’ils savent que nous sommes mariés, que nous travaillons, que nous sommes comme eux ! », explique Olivier Rossignol. « Si le prêtre peut faire peur, on n’hésite pas à mettre le diacre en boîte : “Ton pape, ta pilule”, poursuit Alain Desjonquères. Puis un jour viennent des questions plus profondes. » Grâce au profil très varié des diacres – du cadre supérieur à l’agent d’entretien, en passant par le professeur de violoncelle –, l’Eglise se rend présente auprès de tous. Aujourd’hui à Paris, une trentaine de candidats sont en formation sur trois ans, ce qui est considérable, mais ce nombre peut encore augmenter. A mesure que les diacres sont plus nombreux, leur identité se précise et leurs missions se développent. La nouvelle histoire du diaconat permanent n’en est qu’à ses débuts. « Il faudra être attentif à ce qui se vit », conclut Alain Desjonquères. Mgr André Vingt-Trois rappelle par ailleurs que l’Eglise ne fonctionne pas comme la société civile : loi puis décret d’application. Elle fait confiance aux intuitions de l’Esprit Saint. La preuve en est qu’on pensait que le diaconat se développerait en Afrique, or c’est dans les pays touchés par la sécularisation qu’il a pris son envol. Plus les communautés
prieront et appelleront, plus l’Esprit suscitera les ministres que Dieu désire. • Bénédicte Hériard, Sylvain Sismondi

Jean Gras, une figure de la charité

Jean Gras, 71 ans, célibataire, ancien infirmier, a été ordonné diacre en 1998 par le Cardinal Lustiger. Sa mission ? « Pour moi, un diacre doit aimer, accueillir. Et par dessus tout, communiquer sa joie de vivre avec le Christ aux autres », précise-t-il. A St-Jacques-St-Christophe (19e) et dans son quartier, Jean Gras est une figure bien visible de la charité. Avec d’autres fidèles des trois paroisses du doyenné, Jean Gras visite les personnes malades et handicapées par le biais du groupe Amitié-Villette qu’il a créé il y a 10 ans. Tous les jeudis matins, il participe à un café avec les personnes de la rue. « Outre l’accueil et les discussions, nous les aidons pour leurs papiers. Grâce à cela, dernièrement, un monsieur a découvert qu’il était grand-père et a pu rencontrer sa petite-fille. Un autre, Algérien, a pu toucher sa retraite d’ancien combattant. » Mais ce n’est pas tout. Il y a peu, Jean Gras amonté une épicerie solidaire pour les familles nécessiteuses du quartier. Il visite aussi les grands handicapés de la Maison St-Jean de Malte. Comme la plupart sont tétraplégiques, il a appris l’alphabet des paupières pour communiquer. Il se rend aussi dans un hôpital de jour où il fait de l’éveil à la foi pour des jeunes autistes. « Dans le quartier, tout le monde sait que je suis diacre, même les musulmans et ceux qui ne viennent pas à l’église. Souvent on m’arrête pour me poser des questions, me demander un conseil, un service… Même s’ils ne savent pas exactement qui je suis, ils savent que je suis de l’Eglise et que je peux les aider. » • S.S.

A noter

Patrice Cavelier, secrétaire général de Radio France, ordonné diacre le 4 octobre, sera présenté vendredi 3 octobre à 10h43 dans Aujourd’hui l’Eglise.

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