Dimanche 18 mars : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli »

Conférences de carême à Notre-Dame de Paris : « La solidarité, une exigence et une espérance »

Sans cesse de retour à la une de l’actualité, la question de l’accueil des migrants est un aimant à polémiques et à débats passionnés. Aussi peut-il être salutaire de l’aborder de manière posée et réfléchie, à la lumière de l’enseignement du Christ. C’est ce que feront, lors de la 4e Conférence de carême de cette année, Jérôme Vignon, président des Semaines sociales de France, et Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry.

Illustration : www.maguelonedufou.com

P. N.-D. – Pourquoi avez-vous accepté d’intervenir sur la question de l’accueil de l’étranger ?

Jérôme Vignon – Ce thème m’a profondément interpellé lors de la session 2010 des Semaines sociales de France, intitulée « Migrants, un avenir à construire ensemble ». Un événement marqué par des rencontres inoubliables, un dialogue très fécond, mais aussi des débats tendus.

C’est donc dans une logique de prolongement que j’aborde cette conférence de carême : elle constitue la possibilité de poursuivre à haute voix cette réflexion sur le lien entre l’aspect personnel de la relation à l’autre et sa dimension politique qui « travaille » l’opinion française.

P.N.-D. – Comment envisagez-vous le regard de l’Église sur la question ?

Jérôme Vignon – Autant la doctrine sociale de l’Église est claire et exigeante sur la relation interpersonnelle – il y a un devoir d’hospitalité, y compris pour le migrant en situation irrégulière, autant elle me semble un peu imprécise sur la question de la politique migratoire à l’échelon étatique. Disons seulement que l’établissement de restrictions dans ce domaine est légitime au regard de l’Église, tout en devant être justifiée.

De cela découlent des points de tension que nous devons envisager. En tant que chrétiens, nous avons une réflexion à mener, car l’enseignement social de l’Église ne semble pas tout à fait à la hauteur des enjeux actuels. L’Europe est la première terre d’immigration du monde, les migrants représentent les 4/5e de son accroissement démographique. Cela renvoie à des questions de société qu’il faut regarder en face. Comme nous y invite Benoît XVI, nous devons mettre la charité à l’épreuve de la vérité. Le durcissement du traitement à l’égard des demandeurs d’asile, les difficultés de l’intégration des migrants dans la société ou la situation sociale des quartiers défavorisés font partie de cette réalité qui doit nous interpeller.

P.N.-D. – En quoi l’accueil de l’étranger serait-il plus qu’un simple devoir moral ?

Jérôme Vignon – L’accueil de l’étranger est l’expérience de la rencontre de l’autre par excellence – rencontre dont l’Évangile nous apprend qu’elle est indispensable pour se construire soi-même. Dieu vient vers nous sous l’apparence de ce qui est vulnérable et révèle notre vulnérabilité. Ainsi, la rencontre de l’étranger est un chemin à la rencontre de Dieu et de nous-même. Comme l’exprime l’encyclique Caritas in veritate, il ne s’agit pas d’asséner ou de vouloir respecter un simple devoir de charité mais de l’éclairer et de le vivre en vérité. Par exemple, chaque année, de nombreux immigrés ne sont pas régularisés mais ne peuvent pas non plus être expulsés. Dès lors, c’est une réalité que nous devons prendre en compte de manière humaine. Pour comprendre tous ces enjeux, nous sommes appelés à vivre une expérience personnelle de la rencontre avec l’étranger, à le connaître dans sa différence, et à suivre l’intuition de notre cœur. C’est une démarche de conversion. • Propos recueillis par Pierre-Louis Lensel

L’éclairage de… Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry

« Le diocèse d’Évry est un diocèse pour étrangers. Sur son territoire n’habitaient, il y a soixante-dix ans, que 130 000 habitants. Aujourd’hui nous sommes 1 300 000 (en comptant les personnes en attente de permis de séjour). D’ici, nous entendons les débats des gens sérieux à propos des étrangers – et, en particulier, à propos de ceux qui sont d’origine maghrébine ou subsaharienne. Ces débats nous étonnent souvent parce que, le plus fréquemment, nous avons entre nous des relations de bon voisinage, même si nous vivons davantage les uns à côté des autres que les uns avec les autres. Comme chacun, les baptisés doivent participer à la vie sociale du département, mais ils doivent transformer leurs conversations en “dialogue de salut” – suivant l’expression du concile Vatican II : être les signes vivants de l’union avec Dieu et, dans la vérité, de l’unité du genre humain. Comment faire ? L’hospitalité, la fierté d’être “du Christ” et la proposition d’une “alliance” de confiance avec ceux qui ne pensent pas comme nous semblent devoir être au cœur de notre vie. » • Propos recueillis par P.-L. L.

Témoignage
Florence Labaume, bénévole de l’équipe Migrants du Secours catholique à Paris.

« Aller à la rencontre des migrants, découvrir leurs richesses, les accueillir tels qu’ils sont, les soutenir dans leurs démarches de régularisation, telle est la raison de mon engagement au Secours catholique. Face à leurs conditions de vie très précaires, face à l’absurdité de certaines règles (l’interdiction de travailler pour ceux qui demandent une carte de séjour par exemple), on ne peut pas rester indifférent. Bien entendu, leur accueil dans notre société est une question politique très difficile à traiter. Mais c’est aussi pour cela que nous sommes appelés à engager une réflexion.

Nous devons chercher de nouvelles solutions. Inévitablement, je pense que nous serons amenés à apprendre à partager davantage. Je suis heureuse quand l’Église intervient sur ce sujet, quand elle met le doigt là où ça fait mal, c’est-dire sur notre incapacité à accueillir ceux qui sont les plus vulnérables. Je crois qu’Elle a à se prononcer et à être présente dans le débat sur ces questions de société. » • Propos recueillis par P.L.L.

REPÈRES

D’après des chiffres publiés par l’Insee en 2008, 3 715 000 étrangers et 5 342 000 immigrés habitent en France. La même année, on estime que la population étrangère vivant en France se compose à 35 % de ressortissants de l’Union européenne, à 31 % des pays du Maghreb, et à 13 % d’Asie.

Au niveau mondial, d’après le rapport mondial sur le développement humain (RDMH) de 2009, 214 millions de personnes sont comptabilisées comme vivant durablement dans un autre pays que celui de leur naissance, soit 3,1 % de la population mondiale contre 2 % il y a un demi-siècle.

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