Dimanche 25 mars :« Logement : quelles réponses durables à la crise ? »

Conférences de carême à Notre-Dame de Paris : « La solidarité, une exigence et une espérance »

En dix ans, le prix du mètre carré a plus que doublé à Paris, alors
que les salaires n’ont pas suivi. Devant la crise du logement que
connaît la capitale, ainsi que quelques grandes villes de France,
quelle réflexion doit mener le chrétien ? Philippe Pelletier, avocat
spécialisé sur la question du logement, et le P. Jacques Trublet,
s.j., théologien, réfléchiront sur ce lieu où doit s’exercer la
solidarité, lors de la 5e et avant-dernière Conférence de carême.

Illustration : www.maguelonedufou.com

P.N.-D.–Quel tableau faites-vous
de la situation actuelle du logement
en France ?

Philippe Pelletier – Elle tient du
paradoxe : nous sommes majoritairement mieux
logés que nos
prédécesseurs ne l’ont jamais
été : nos logements sont plus
confortables, plus vastes, avec
moins d’occupants qu’autrefois.
Et pourtant, une crise du logement
sévit en France, même si
elle est localisée : elle concerne
certaines grandes villes, comme
Paris et la banlieue environnante,
où l’offre est insuffisante. C’est là où le coût du logement
a flambé. Malheureusement,
accompagne cette réalité celle
de la ségrégation sociale : autrefois,
une diversité sociale existait
dans le même immeuble où
vivaient ensemble artisans, ouvriers et familles aisées...
Aujourd’hui, cette mixité a
disparu de nos quartiers, avec
des écoles réservées aux familles
aisées d’un côté, et des cités
HLM accueillant les plus pauvres
de l’autre. Et puis, une crise
de l’isolement s’installe, avec
une personne sur sept qui vit
seule dans notre pays.

P.N.-D. – En quoi le chrétien est-il
particulièrement concerné par
cette question ?

Philippe Pelletier – Le Christ,
dans les Béatitudes, parle de
faim, de soif, de captivité, mais
pas de logement. A son époque,
la question ne se pose pas : partout
où il se déplace, Jésus est
accueilli et trouve un lieu où
habiter. Aujourd’hui, cette question
est fondamentale pour le
vivre ensemble. On peut manquer
d’emploi ou avoir une
mauvaise santé tout en étant
intégré à la société. En revanche,
il est quasiment impossible
d’être relié à la société si on n’a
pas de toit. 133 000 personnes
sont sans-abri en France : à mes
yeux, c’est un scandale.

P.N.-D. – Quelles pistes de solution
préconisez-vous ?

Philippe Pelletier – Sur le plan
politique, la question doit être traitée au plus haut niveau de
l’Etat. L’action publique que
nousmenons en France est illisible
et largement inefficace,
alors que nous consacrons 2%
du PIB à la question du logement.
Plutôt que vouloir soutenir
un grand nombre de personnes,
ne faudrait-il pas
concentrer l’aide vers les plus
fragiles ? Et dans l’Eglise, continuons
à rendre nos communautés
accueillantes avec des
projets comme Hiver solidaire,
enmettant à disposition des terrains
loués par bail à construction
ou en soutenant les locataires
qui ont besoin d’une caution.
Au plan individuel, chacun, à sa
place, a un rôle à jouer : en étant
attentif à ses voisins, particulièrement
à ceux qui vivent seuls.
Mais aussi en interrogeant son
comportement par rapport au
logement d’autrui : ai-je besoin
de toute la surface que j’occupe ?
Ne puis-je pas louer à quelqu’un
cet appartement inoccupé ? Estil
légitime d’empêcher par un
recours la construction de logements
sociaux dans ma ville ?
C’est aussi le faisceau de nos
actes individuels qui peut changer
les choses. • Propos recueillis par Ariane Rollier

L’éclairage de… P. Jacques Trublet, s.j., théologien

« D’abord abri contre les intempéries, l’habitat est devenu
ce “morceau d’espace” qui porte l’empreinte de notre personnalité.
La tradition judéo-chrétienne a toujours dénoncé les expropriations
arbitraires et lemal-logement. Le cri de l’Abbé Pierre
en 1954 s’inscrit dans une longue histoire, car l’habitat est un bien
essentiel aumême titre que l’eau, le pain ou le vêtement (Le Siracide 29, 21-27). Perdre
son logement, c’est perdre sa propre identité. Or, le nombre et la diversité de ceux qui se
retrouvent à la rue ne relèvent pas que de parcours individuels chaotiques,mais aussi de
déficiences structurelles de notre société. L’État ne peut plus tout faire ; seule sera durable
l’action solidaire de tous et où les chrétiens inventeront des solutions inédites dans la
ligne de l’Évangile. JosephWresinski et ATD Quart-Monde ont déjà beaucoup fait pour les
milieux défavorisés ; Bernard Devert, fondateur d’Habitat et Humanisme, nous invite à
sortir du “palliatif”. De nombreux chrétiens sont engagés,mais il reste encore àmieux
user de nos terrains constructibles pour des logements sociaux et à proposer des prêts
accessibles aux plus démunis. » • Propos recueillis par A. R.

Témoignage
Thierry Arnold, directeur de la Cité Saint-Jean, association des Cités du Secours catholique

« C’est une bonne
chose que l’Eglise interpelle sur la
question du logement, qui doit être
la priorité des priorités au niveau
des choix politiques, particulièrement
en temps de crise. La politique
actuelle sur le logement n’est
pas suffisante. Celui-ci est pourtant
la base dont découle tout le reste :
l’emploi, la santé, la vie sociale... Il
est donc essentiel àmes yeux que
les chrétiens prennent part au
débat et rappellent aux pouvoirs
publics que le droit au logement
est un droit fondamental. Ilme
semble par ailleurs nécessaire de
ne pas concentrer l’effort exclusivement
sur le logement social,mais
de soutenir aussi le logement
accompagné et les structures d’hébergement.
En effet, comme nous
le constatons dans le travail que
nous faisons auprès de publics fragiles,
nombre de personnes venant
de la rue ont besoin d’une transition
vers un logement ; et certaines,
qui ne pourront pas assumer
seules un logement, ont besoin
d’être accompagnées au quotidien.
C’est ce que nous proposons à travers
nos maisons relais. » • Propos recueillis par A.R.

REPÈRES

« L’indispensable pour vivre,
c’est l’eau, le pain, le
vêtement, et une maison pour
s’abriter […] C’est une triste vie
que d’aller de maison en maison
 ; là où tu es, tu n’oses
ouvrir la bouche. Tu as beau
être celui qui donne à manger
et à boire, tu entends les paroles
amères d’un ingrat :
“Viens ici, l’étranger, prépare la
table ; si tu as quelque chose,
donne-moi à manger !” Ou
encore : “Va-t’en, l’étranger,
c’était inattendu ! Mon frère
vient en visite et j’ai besoin de
la maison !” » (Le Siracide 29,
21.24-27).

Contact

Paris Notre-Dame
10 rue du Cloître Notre-Dame
75004 Paris
Tél : 01 78 91 92 04
parisnotredame.fr

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