« Faire autorité aujourd’hui »

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P. Jacques de Longeaux, supérieur de laMaison St-Augustin (8e), professeur à la facultéN.-D. et codirecteur du département de recherche « Sociétés humaines et responsabilités éducatives » du Collège des Bernardins.
Photo : Agnès de Rivière

P. N.-D. - Avec le dernier colloque des 19 et 20 octobre, vous venez d’achever deux années de réflexion sur l’autorité. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

P. Jacques de Longeaux – L’autorité est une grande question d’actualité ! Dans les années soixante-dix, les institutions ont été bousculées, leurs autorités ont été contestées. Aujourd’hui, on se rend pourtant compte que l’autorité est nécessaire pour le lien social. L’exercice d’une autorité authentique est une condition de progrès individuel et social. Mais on s’interroge sur la place qu’elle doit avoir au sein de la famille, à l’école et dans la vie publique. Comment peut-elle s’exercer sans empiéter sur la liberté et l’épanouissement personnel ? Peut-on concilier autorité et démocratie ? Autorité et respect ? Les hommes de notre temps recherchent une autorité qui n’entrave pas la réalisation de leurs désirs. En quoi consiste-t-elle ?

P. N.-D. - Quelles sont les conclusions de ce colloque ?

P. J. de L. – Les intervenants sont souvent revenus sur la distinction bien connue entre autorité et pouvoir : une autorité légitime justifie l’exercice d’un pouvoir. Ce dernier est légitime s’il sert le bien commun. Et lorsqu’un pouvoir ne fait plus autorité, il s’impose par la violence. Ainsi, nous sommes invités à reconnaître l’autorité de l’État, car elle est indispensable pour régir la vie publique. Mais lorsque cette autorité – l’autorité des lois – n’est plus reconnue, l’État doit recourir à la force pour les imposer. Dans un autre registre, on constate aujourd’hui que le manque d’autorité au sein de la famille ainsi qu’à l’école ouvre la voie à de nouveaux pouvoirs : celui de l’opinion, de l’image, des sondages, des réseaux sociaux… Ces derniers ont d’ailleurs souvent plus d’autorité que la parole des adultes. La sociologue Dominique Pasquier a ainsi mis en évidence le pouvoir des pairs dans le monde des lycéens. L’effacement de l’autorité ne s’accompagne pas nécessairement d’un progrès de la liberté, bien au contraire.

P. N.-D. - Pourquoi est-il dit dans le Nouveau Testament que toute autorité vient de Dieu ?

P. J. de L. – La réflexion théologique nous invite à resituer la place de l’autorité. On lit dans l’épitre de saint Paul aux Romains : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu » (Rm 13, 1). L’étymologie du mot « autorité », qui vient du latin (augere), est significative. Le rôle de l’autorité est de « faire grandir » l’individu dans la communauté. L’autorité de Dieu s’exerce pour le bien commun des hommes et de la Création. Elle passe par diverses médiations humaines. Selon la tradition chrétienne, celui qui détient l’autorité doit l’exercer comme un service du bien commun. La reconnaissance d’une source transcendante de l’autorité prévient les risques de dérive autoritaire. Par ailleurs, à plusieurs reprises, Jésus met en garde ses disciples contre la volonté de dominer. L’exercice de l’autorité ne doit pas briser la fraternité, mais, au contraire, la promouvoir. • Propos recueillis par Agnès de Rivière

Pour aller plus loin, consultez le blog du pôle de recherche :
http://recherche.collegedesbernardins.fr, onglet « éducation »
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