Suzanne-Janet Préault

Jean-Luc Verna

Galerie Saint-Séverin, installation visible jour et nuit jusqu’au 5 septembre 2011.

Jean-Luc Verna, Suzanne-Janet Préault, transfert sur médium, plumes, maquillage, 2011.

- Toute la galerie.

Après les propositions d’Ulla von Brandenburg, Anne Laure Sacriste, Jean-Luc Blanc et Thomas Fougeirol, Jean-Luc Verna termine le cycle d’expositions : Le Surgissement des images qui a abordé, pendant un peu plus d’une année, la question de l’apparition et du dévoilement de l’image dans ses manifestations contemporaines à travers différents supports et approches artistiques.

L’exposition est visible jour et nuit jusqu’au 5 septembre 2011.

Jean-Luc Verna est dessinateur, mais il est aussi chanteur, danseur et acteur ; intégrant complètement le registre de la transdisciplinarité dans son travail.
Pour la galerie Saint-Séverin, Jean-Luc Verna a réalisé une œuvre spécifique : un portrait de femme, celui de la chanteuse anglaise punk rock Siouxsie (Susan Janet Ballion), l’une de ses égéries musicales, qu’il a traité en reprenant l’esthétique du sculpteur romantique Auguste Préault (1809-1879) et plus particulièrement de sa célèbre œuvre Le Silence (1842-43, Musée du Louvre - Tombe de Jacob Roblès, Cimetière du Père-Lachaise), représentant un visage androgyne, une figure funèbre entourée d’un drapé, portant son doigt sur la bouche.
Articulant son travail à partir d’un jeu de références, qu’elles soient artistiques ou musicales, Jean-Luc Verna joue de ce syncrétisme, et convoque ses sources de l’histoire de l’art car chez lui, l’art contemporain, la musique rock et l’histoire de l’art font un parfait ménage.
Ici, Siouxsie n’est plus vraiment Siouxsie, mais désormais, Suzanne-Janet Préault, soit la rencontre de deux images et de deux univers, aussi éloignés dans le temps qu’ils le sont artistiquement, mais qui, associés par le regard de l’artiste, donne à voir un portrait en tondo issu d’une succession de gestes consistant à transférer le motif, le modifier et, en dernier lieu, à le rehausser de fards comme on maquille un visage.
Entre médaillon sculpté, ponctuant le décor des églises, et apparition miraculeuse, identifiée à une vision mystique, Jean-Luc Verna nous offre une œuvre qui se situe à mi-chemin entre l’illumination et les ténèbres ; une image qui à la fois tient du surgissement et de l’incarnation.
Valérie Da Costa

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ACF-P © ABDans la journée, on n’y voit rien. La vitrine, au lieu de laisser passer la lumière, la renvoie et fait office de miroir. Un grand carré noir où se reflètent seulement (mais c’est déjà très beau) la façade de l’église en vis-à-vis, avec la Vierge à l’Enfant entourée de deux anges, au-dessus du porche d’entrée, et la silhouette des passants. La vôtre aussi, évidemment.

Le nom de l’artiste JEAN-LUC VERNA en lettres blanches collées sur la devanture, et un texte affiché dans la porte pour accompagner le spectateur montrent pourtant bien qu’une œuvre est là, en attente, en réserve. Intrigué, vous vous approchez et vous découvrez en collant votre nez sur la vitre que le miroir est sans tain et qu’un grand portrait de femme vous regarde, un doigt sur la bouche, entouré d’une couronne de plumes. Figure énigmatique : que veut dire ce geste impérieux imposant le silence aux oiseaux absents, qui ont abandonné là leur parure chatoyante ?

Quand la façade s’estompe et que la nuit se lève (car elle se lève, ici, elle ne tombe pas comme ailleurs), alors se lève le voile qui nous rendait aveugles. L’œil découvre dans sa beauté solaire la figure d’une femme tutélaire, amicale et protectrice, soigneusement enluminée dans le soyeux écrin. C’est la douce apparition de la mère disparue, de l’amante initiatrice, de la sainte consolatrice. Elle tremble légèrement au fond du miroir, masquée ici et là par les reflets de la vitre. Mais elle est bien là pour celui qui l’a attendue toute une longue journée de soleil, présente et rassurante, jusqu’au lever du jour. Alors elle s’estompera… jusqu’à la nuit prochaine.

Suzanne-Janet Préault (c’est le titre de l’œuvre de Jean-Luc Verna) avec une douceur pénétrante et souriante, invite le passant à réfléchir. De fait, la vitre réfléchit avec lui, puisque d’abord elle le réfléchit. Il est possible ensuite que le passant entre dans cette obscurité et dans ce silence, et qu’il se laisse happer par cette profondeur d’invisibilité. Il passera alors de l’invisible au visible et découvrira le collier précieux et, au centre, la femme mystérieuse et familière. S’il accepte la cécité qui est en lui, il découvrira sa chance de devenir voyant.

Quand le silence de l’admiration s’est vraiment installé, de l’image sourd une voix frémissante : « Je suis venu dans le monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.
– Serions-nous aveugles, nous aussi, demandent les Pharisiens ?
– Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais du moment que vous dites « nous voyons », votre péché demeure. » (Jn 9, 41). Jésus vient de guérir l’aveugle né.
ISABELLE RENAUD-CHAMSKA

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Jean-Luc Verna est né en 1966. Il vit et travaille à Paris. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives en France et à l’étranger. Il expose actuellement avec Brice Dellsperger au Frac Alsace (jusqu’au 21 août), ainsi que dans l’exposition collective I Sent My Love A Red, Red Rose, à la Team gallery (New York, du 30 juin au 5 août). En septembre, il présentera une exposition personnelle à la galerie Air de Paris qui le représente (9 septembre - 15 octobre).

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Valérie Da Costa et Isabelle Renaud-Chamska tiennent à remercier chaleureusement Ulla von Brandenburg, Anne Laure Sacriste, Jean-Luc Blanc, Thomas Fougeirol et Jean-Luc Verna pour leur implication et la justesse de leur proposition qui ont contribué à la qualité de ce cycle d’expositions.

L’exposition est visible jour et nuit jusqu’au 5 septembre 2011.

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