Homélie de Mgr André Vingt-Trois - Messe avec les gens de la rue 2007

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Dimanche 13 mai 2007

Dimanche 13 mai à 18h30, la Messe dominicale marquait aussi la conclusion du Festival Rue organisé par “Aux captifs, la libération”. Dans son homélie, l’Archevêque a médité sur la ville, comme lieu de beauté et de misère, de richesse et de pauvreté, de solidarités mais aussi d’indifférence et de dureté.

- Évangile selon saint Jean, chapitre 14, versets 23-29.

Frères et Sœurs,

la nouvelle Jérusalem qui, selon la vision du Livre de l’Apocalypse, descend du ciel d’auprès de Dieu toute resplendissante n’est pas une ville comme celle que nous connaissons. Nous connaissons, nous, les cités de la terre : elles sont traversées par les passions des hommes, par leur désir de réaliser de belles choses, par leur espérance de pouvoir aimer et être aimés, mais aussi par leur tentation de dominer leurs frères comme par leur incapacité à demeurer fidèles à l’amour qu’ils ont promis. Nos cités de la terre sont à la fois des espaces de beauté et des espaces de misère, des espaces de richesses et des espaces de pauvreté. Les hommes qui les habitent, les femmes qui les habitent, sont à la fois un peu heureux et un peu malheureux, ils ont des jours de bonheur et des jours de malheur. Pour certains d’entre eux, les jours de malheur sont plus nombreux que les jours de bonheur, et quand les jours de malheur sont trop nombreux, ils peuvent conduire aux jours du désespoir.

La Jérusalem que nous annonce le Livre de l’Apocalypse resplendit de la gloire de Dieu, elle a l’éclat d’une pierre précieuse. Elle n’est pas une ville à la manière de nos villes, mais elle est le temple de la présence de Dieu parmi les hommes, c’est-à -dire le peuple que Dieu rassemble peu à peu à travers les siècles pour constituer sa famille. Il n’y a pas de temple dans la cité car son temple, c’est le Seigneur Tout-Puissant et l’Agneau. La présence de Dieu au milieu des hommes, c’est le Seigneur lui-même répandu au cœur de ceux qui essayent de croire et de garder la Parole du Christ.

Cette cité merveilleuse, nous ne la voyons pas encore, car nous ne sommes pas des voyants comme celui de l’Apocalypse. Nous n’en distinguons encore que des signes très discrets, parfois à peine perceptibles, des lueurs qui traversent les ténèbres, des paroles d’espérance qui viennent briser le silence du désespoir. De cette cité merveilleuse différentes caractéristiques nourrissent notre espérance.

La première de ces caractéristiques, c’est que l’amour du Christ, l’amour que le Christ nous porte et l’amour que nous essayons de porter au Christ, nous unit à Lui de telle façon que Dieu lui-même vient demeurer chez nous : "Nous irons demeurer auprès de Lui ". Il nous suffit de lever les mains, les yeux et le cœur, de nous tourner vers le Seigneur et de lui dire, même de façon très maladroite comme nous le faisons chaque fois que nous le prions, de lui dire ce qui habite notre âme. Il suffit de nous tourner vers Lui et de lui dire notre confiance, notre foi et notre espérance. Il suffit de nous tourner vers Lui et de le supplier de toucher nos plaies, de guérir nos maladies, d’apaiser notre faim et notre soif, de chasser de notre cœur les esprits mauvais. Il suffit d’accueillir sa Parole pour qu’il vienne chez nous et fasse chez nous sa demeure. Et cette demeure n’est pas un immeuble, elle n’est pas une maison, elle n’est pas un temple. C’est un cœur humain. Dieu vient habiter le cœur des hommes.

Mais il ne vient pas habiter le cœur des hommes simplement pour nous réconforter. Il vient pour conforter notre vie. Il nous laisse sa paix, il nous donne sa paix. Nous le disons chaque fois que nous célébrons l’eucharistie : "C’est ma paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ". Cette paix que le Christ nous donne n’est pas simplement une sorte d’arbitrage dans les conflits ou une sorte de pardon à bon marché qui nous laisserait continuer à vivre comme si de rien n’était. La paix qu’il nous donne, la paix qu’il nous laisse, non pas à la manière du monde mais à la manière de Dieu, c’est la paix et la réconciliation qu’il nous promet et qu’il réalise. Si loin que nous soyons de Lui, si bas que nous soyons tombés, si pécheurs que nous nous trouvions, il vient pour rétablir la communion entre le Père et nous.

La cité Sainte, nouvelle Jérusalem dans laquelle il veut nous faire entrer est une cité de la paix, une cité de la joie, une cité de l’espérance. Pour que cette paix, cette joie et cette espérance puissent être accessibles au plus grand nombre, il faut que tous ceux qui sont baptisés dans le Christ, ceux et celles qui essayent de vivre en disciples du Christ, ceux et celles qui marchent sur les traces des apôtres, des Douze dont les noms sont inscrits sur les piliers de la maison, il faut que ceux-là soient des artisans de paix, de joie et d’espérance. Il faut que nous devenions chaque jour mieux capables de nous faire proches de ceux qui sont rejetés et cachés dans notre société.

On ne peut pas être témoin de l’amour sans se faire proche de ceux qui ne sont pas aimés, on ne peut pas être témoin de la joie sans se faire proche de ceux qui connaissent la tristesse, on ne peut pas être témoin de l’espérance sans se faire proche de ceux qui sont tentés par le désespoir. Et se faire proche, cela n’est pas trouver toutes les solutions, mais c’est accepter de partager au moins un peu les difficultés.

Frères et sœurs, en ce jour du festival Rue, je voudrais que l’appel du Christ à être témoin de la paix, de la joie et de l’espérance résonne d’une façon renouvelée à nos cœurs. Je voudrais que chacune et chacun de ceux qui m’entendent ici, dans cette cathédrale, mais aussi à la télévision et à la radio, se posent simplement cette question : jeudi nous célébrons l’Ascension du Christ ; depuis lors, il n’est plus physiquement au milieu de nous ; pour qu’il devienne visible en ce monde, il faut que nous mettions nos pas dans les siens ; que, comme lui, nous allions nous faire proches de ceux qui sont abandonnés, comme il s’est fait proche de l’homme qui perdait sa vie sur la route de Jéricho à Jérusalem.

Frères et sœurs, nous serons des artisans de paix, d’espérance et de joie, nous serons des témoins de la présence de Dieu au milieu des hommes, si nous devenons plus fraternels et mieux présents à tous ceux et à toutes celles qui peuplent notre ville, comme chaque ville de ce pays, comme chaque ville du monde. Que Dieu nous donne d’être véritablement témoins de son amour. Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

Compte-rendu de la célébration

Le P. Olivier Ribadeau Dumas, vicaire épiscopal à la solidarité, participait à la Messe avec les PP. Sempère et Hétier, engagés auprès de l’Association. Un Père Blanc responsable d’un accueil d’immigrés dans le XXe et Mgr Jacquin, étaient associés aussi. Dans son mot d’accueil, l’Archevêque a dit sa joie d’accueillir les participants du Festival rue par lequel des gens de la rue montrent qu’ils ne sont pas seulement des absents de notre société ou de l’Église. L’Église avec beaucoup de gens de bonne volonté s’efforce d’être présente aux gens de la rue. Mais ce soir, a poursuivi l’Archevêque, ce sont les gens de la rue qui sont présents à l’Église et c’est une grande joie. Les premiers rangs étaient en effet réservés aux gens de la rue et ce sont deux d’entre eux qui ont lu les lectures puis deux autres qui ont lu la prière universelle, et enfin quatre autres qui ont apporté les offrandes. Dans son homélie, l’Archevêque a médité sur la ville, comme lieu de beauté et de misère, de richesse et de pauvreté, de solidarités mais aussi d’indifférence et de dureté. Pourtant, l’Apocalypse annonce la cité sainte qui descend du ciel. Nous ne la voyons pas parce que nous ne sommes pas des voyants. Mais, depuis l’Ascension, depuis que Jésus est monté dans la gloire du Père, c’est à travers nous qu’il se rend présent aux hommes, selon que nous nous laissons habiter par le don de sa grâce et tâchons d’y coïncider pour nous approcher de nos frères et sœurs. On ne peut pas aimer, a déclaré l’Archevêque, si on ne cherche pas à aimer ceux qui sont aux marges de notre société.

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