Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Vingtième anniversaire de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV)

Dimanche 16 octobre 2011 - Cathédrale Notre-Dame

Notre pays vit à nouveau aujourd’hui la rencontre de l’Evangile avec le paganisme. La vie des communautés chrétienne doit être restructurée en fonction de cet appel à annoncer le Christ à ceux qui n’en ont jamais entendu parler.

- Is 45, 1.4-6a ; Ps 95, 1.3-5.7-10 ; 1 Th 1, 1-5b ; Mt 22, 15-21

Frères et Sœurs,

Célébrer le vingtième anniversaire de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville en ce dimanche consacré à la prière pour la mission dans l’Église universelle est un signe providentiel. Cette circonstance nous invite à réfléchir sur la mission de l’Église au-delà de nos communautés, de leurs besoins et de leurs projets. Car l’annonce première de l’Évangile ne vise plus seulement les pays lointains, comme nous y étions accoutumés dans le passé quand nous nous concevions comme un pays évangélisé, responsable de christianiser des peuples païens. Aujourd’hui nous savons que la rencontre entre l’Évangile du Christ et les sagesses des hommes (mais aussi leurs folies, leurs croyances et leur idolâtrie), n’est pas une question géographique mais qu’elle est une réalité bien actuelle chez nous. La rencontre de l’Évangile et du paganisme se vit ici, en France, en 2011.

Il y a presque 70 ans, deux prêtres, Yvan Daniel et Henri Godin, peut-être inspirés – a posteriori certainement d’ailleurs puisque leur message a porté du fruit –, ont écrit un petit livre intitulé « France, pays de mission ? » (1943). Pour beaucoup de gens, au moment de la publication de ce livre, cela ne voulait pas dire grand-chose. La France, en dehors de quelques zones particulières, ne ressemblait en rien à un pays de mission. Mais aujourd’hui, partout en France, cette manière de parler a du sens. Dans chacun de nos diocèses, dans chaque département, dans chaque ville et dans chaque village, la foi chrétienne relève d’un choix personnel et libre. Certes, un certain nombre d’influences sociologiques du christianisme subsistent. Mais nous savons que ceux qui essayent aujourd’hui de vivre de l’Évangile dans l’Église catholique ne sont poussés par personne et forcés par rien, sinon par leur propre choix.

Notre mission prend donc une dimension nouvelle. Il ne s’agit plus simplement d’être les témoins avancés d’une foule indistincte mais globalement attachée aux valeurs du christianisme. Nous devons être aujourd’hui les prophètes de la Bonne Nouvelle à l’égard d’hommes et de femmes qui ne l’ont jamais entendue. Certains s’en sont éloignés et d’autres l’ont rejetée, mais beaucoup en ignorent tout. C’est un changement considérable dans notre culture et dans notre pays.

Aujourd’hui, la France est un pays de mission. Tous ceux qui essayent d’y vivre en disciples du Christ et de mettre l’Évangile en pratique sont donc envoyés en mission. Il y a vingt ans, il pouvait y avoir quelque chose de prophétique dans le choix du nom de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville. Mais nous pouvons dire aujourd’hui que la prophétie était juste. Nos diocèses, nos villes, nos villages et nos cités ont besoin de missionnaires. C’est pourquoi les prêtres qui sont les pasteurs de ces communautés chrétiennes ne sont pas envoyés pour être les gérants d’une vie communautaire qui cherche à subsister sur elle-même vaille que vaille. Ils doivent être les premiers leaders de cet effort missionnaire. Ils ne sont pas envoyés pour expliquer aux chrétiens qu’ils sont chrétiens (on suppose qu’ils le savent déjà) ou pour annoncer l’Évangile à des gens qui le possèdent aussi bien qu’eux. Ils sont envoyés pour stimuler et dynamiser la force missionnaire de toute la communauté et pour l’aider à mieux percevoir qu’elle ne peut atteindre sa plénitude qu’en sortant de ses propres limites.

Dans notre région d’Ile-de-France, cette dimension missionnaire de la vie chrétienne prend une acuité nouvelle. Elle se déploie sous des formes différentes selon les diocèses, selon leurs traditions particulières, leur histoire, leur composition sociologique, leur choix ou selon les orientations pastorales de chaque évêque. Mais chaque fois qu’avec mes frères évêques d’Ile-de-France nous échangeons autour du travail pastoral dans nos diocèses, nous revenons très vite à cette urgence de la mission. Au cours de l’année écoulée, nous avons fait un travail de recensement et d’analyse des initiatives missionnaires dans les paroisses et les communautés en Ile-de-France. Nous avons collecté quantité de témoignages autour d’initiatives diverses qui manifestent toutes ce dynamisme de l’Évangile à l’œuvre aujourd’hui dans l’Église.

Frères et sœurs, nous sommes héritiers d’un trésor. Nous avons reçu un patrimoine. Comme nous l’indique l’Évangile, notre responsabilité n’est pas d’enfouir ce trésor pour le préserver des assauts du mal, mais de le faire fructifier, de l’ouvrir, de le rendre accessible à tous, aux bons comme aux mauvais. Le Christ n’est pas venu annoncer le Royaume à ceux qui n’en n’avaient pas besoin. Il est venu l’annoncer à ceux qui l’attendaient. Voilà pourquoi l’investissement considérable que nous avons fait et que nous continuons à porter à travers la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville a d’abord pour objectif de stimuler et de fortifier l’esprit missionnaire des communautés auxquelles ces prêtres sont envoyés. Celles-ci sont appelées à être avec eux les agents de la mission du Christ aujourd’hui.

En ce temps d’action de grâces je voudrais pour terminer évoquer ces treize communautés réparties à travers l’Ile-de-France confiées aux prêtres de la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville et faire nôtres les paroles adressées par Paul aux Thessaloniciens : « Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père » (1 Th 1, 3). Oui, à tout instant, nous rendons grâce à Dieu pour le témoignage rendu à l’Évangile à travers toutes les communautés chrétiennes d’Ile-de-France. Nous le remercions pour ceux qui sont les animateurs de la mission de l’Église à l’égard du monde qui nous entoure. Nous louons le Seigneur pour la ferveur, le dynamisme et l’enthousiasme que l’Esprit peut susciter et entretenir. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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