Homélie du Cardinal André Vingt-Trois – Premier Dimanche de l’Avent – Année B

— cardinal André Vingt-Trois, homélie à Sainte-Hélène (18e)

Pour veiller en attendant la retour du Christ, nous ne pouvons nous résigner ou nous replier devant les drames de la vie des hommes. Nous avons toutes les ressources spirituelles pour traverser ces temps, en vivant de la prière, de l’attention aux autres et en sachant accueillir l’imprévu.

Dimanche 27 novembre 2011 – Sainte-Hélène (Paris 18e)

- Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7 ; Ps 79, 2.3.15-16.18-19 ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

Frères et Sœurs,

Nous attendons le retour du Seigneur avec confiance. Nous savons qu’il viendra comme il l’a promis. La promesse de sa venue nous invite à une attitude active. Il ne s’agit pas simplement de protéger ce que nous avons en espérant que cela durera aussi longtemps que nous. Il s’agit de mettre en œuvre la force que nous avons reçue et de faire fructifier la grâce. Comme l’écrit saint Paul, « aucun don spirituel ne nous manque » (1 Co 1, 7). Nous pourrons donc tenir solidement jusqu’au bout. La persévérance dans la foi n’est pas le sommeil et le repos. Veiller ne signifie pas seulement ‘ne pas dormir’ mais surtout ‘faire quelque chose’.

La lecture du prophète Isaïe entendue rejoint beaucoup de situations que nous connaissons. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes connaissent la détresse. Celle-ci peut venir de la situation dans laquelle ils sont plongés ou des difficultés particulières qu’ils rencontrent dans leur vie. Mais elle est souvent celle d’un cœur découragé ou indifférent. Quand Isaïe écrit : « nous étions comme des feuilles desséchées » (Is 64, 5), il parle de ce dessèchement du cœur de l’homme qui se détourne de ceux qui l’entourent et de leurs besoins, et rend fataliste vis-à-vis de l’avenir. Un cœur desséché conduit au désespoir et à la tristesse.

Si notre cœur peut se durcir au point de devenir insensible, c’est parce que nous ne laissons pas couler en nous le dynamisme de l’amour et parce que nous refermons notre vie pour protéger notre tranquillité. Mais nous ne pouvons pas être tranquilles si nous sommes attentifs à tout ce qui se passe autour de nous et aux besoins de nos frères. Celui ou celle qui est lucide sur sa propre vie ne peut pas vivre dans l’insouciance.

« Nous étions desséchés comme des feuilles, et nos crimes, comme le vent, nous emportaient » (Is 64, 5). Le temps de l’Avent où nous préparons la venue du Seigneur est un temps pour sortir de cette tentation de l’indifférence. Se préparer à accueillir le Seigneur, c’est, comme le dit l’Écriture, recevoir « un cœur de chair à la place d’un cœur de pierre » (Ez 36, 26). Si nous ne voulons pas être comme ces feuilles desséchées emportées par la bourrasque et qui retombent on ne sait où, si nous voulons vraiment ouvrir nos cœurs à l’amour du Christ qui vient, il nous faut « prendre garde et veiller » (Mc 13, 33).

Pour comprendre ce que cela induit, je vous propose de prendre simplement quelques exemples de ce que nous pouvons faire nous mettre en garde et pour veiller.

Durant ces quatre prochaines semaines, nous allons nous préparer à accueillir le Christ en sa Nativité, afin que nos cœurs soient ouverts au moment où le Seigneur vient, pour que ne se reproduise pas ce qui s’est passé à Bethléem où « il n’y avait pas de place pour lui » (Lc 2, 7) et pour que le Christ puisse entrer dans notre monde et notre existence. Nous pouvons nous préparer à la venue du Christ en accordant plus d’attention à sa présence et à sa Parole. Dans ce temps de l’Avent, comme vous allez le vivre dans votre paroisse, nous pouvons passer plus de temps à prier, ou peut-être déjà ne pas oublier de prier ! Comme nous l’avons chanté dans le psaume, nous pouvons revenir avec confiance à la prière quotidienne, « fais-nous revenir Seigneur, … et nous serons sauvés » (Ps 79, 4). Pour nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, nous pouvons reprendre un verset de l’Évangile de mémoire, même sans livre et sans papier. Rien ne vous empêche chaque jour de dire un verset, de le répéter et de le laisser pénétrer votre cœur.

Veiller, c’est nous rendre attentif à la venue du Christ, mais également à l’existence de nos frères. Dans nos familles ceci peut se vivre des parents vers les enfants, des enfants vers les parents, des époux l’un envers l’autre. Cela passe aussi par l’attention que l’on porte aux grands-parents, aux alliés, à notre famille large. Plus largement cette attention touche notre environnement et les gens avec qui nous travaillons. Est-il possible de travailler pendant des mois et des années à côté d’une personne, sans avoir jamais vraiment prêté attention à ce qu’elle vit, sans jamais l’avoir écoutée ? Et puis nous pouvons être attentifs aux besoins de tous ceux qui nous entourent. La collecte de la Banque alimentaire qui se déroule ce week-end est un signe par lequel ceux qui ont la possibilité de consommer sont invités à partager quelque chose avec ceux qui ont besoin d’être aidés pour vivre. Veiller cela signifie aussi regarder, comprendre et faire quelque chose ; ne pas fermer nos yeux et notre cœur. En effet, nous entendons beaucoup d’informations sans que ces nouvelles et les évènements qu’elles relatent pénètrent vraiment notre intelligence et notre vie. Comment puis-je y réfléchir pour décider de ce je peux faire ? Certes, je ne peux peut-être pas grand-chose et je ne suis pas forcément en situation de changer le monde, mais si je change ce que je peux changer à ma place, alors le monde changera. Veiller cela veut dire être attentifs aux appels qui nous atteignent et essayer d’y répondre avec générosité.

Et enfin, veiller, c’est aussi être disponible à l’imprévu. Nous vivons dans une culture où l’on cherche à se prémunir contre tout ce qui peut arriver. Même si nous constatons d’ailleurs que nous n’y arrivons pas, nous continuons à le désirer et à prendre toutes les précautions possibles et imaginables pour éviter les accidents, la misère, la maladie et tout ce qui pourrait bousculer notre existence. Mais si nous dépensions 10% de l’énergie que nous mettons à nous protéger de ce qui pourrait arriver pour nous préparer pour faire face à ce qui arrive effectivement, peut-être les choses iraient-elles beaucoup mieux ! La vie de l’homme ne consiste pas à empêcher que le monde tourne, mais plutôt à essayer de le faire tourner mieux. Cette disponibilité à l’imprévu nous permettra de faire ce que nous pouvons, selon notre âge, nos moyens, notre état de vie et les ressources que nous avons. Comme nous le dit saint Paul, ce qui va nous permettre de « vivre en communion avec le Christ » (1 Co 1, 9), ce sont « toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu » (1 Co 1, 5). Nous sommes privilégiés. Pas des privilégiés économiques ou des privilégiés de la sécurité, mais des privilégiés de la richesse de la Parole de Dieu. Nous sommes appelés à investir ce don gratuit que Dieu nous fait dans nos relations avec les autres, dans notre travail en ce monde et dans la vie de nos communautés.

Cette année, notre programme diocésain de « Paroisses en mission » porte sur « Éthique et solidarité ». Nous qui participons chaque dimanche à l’eucharistie, nous sommes invités à nous demander comment nous pouvons être plus solidaires. Il ne s’agit pas seulement de mettre un paquet de pâtes ou une boite de lait condensé dans un panier – ce qui est déjà très bien – mais de laisser les autres acquérir des droits sur notre vie. Nous devons nous laisser déranger et surprendre en accueillant l’imprévu, en étant ouvert à ce qui n’a pas été préparé et dont nous ne sommes pas protégés, en recevant celui qui vient au moment où nous ne l’attendions pas, le matin ou à minuit, le soir ou au chant du coq : il frappe à notre porte, saurons-nous lui ouvrir ?

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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