« Il y a une urgence de la charité de proximité »

P. N.-D. - Pendant la saison estivale, certaines personnes se trouvent encore plus isolées que d’habitude. Pour quelles raisons et qui sont-elles ?

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P. Jérôme Delsinne, conseiller spirituel national de la Société Saint-Vincent de Paul
Photo : D.R.

P. Jérôme Delsinne – Il est vrai que c’est pendant l’été que nous déplorons un nombre plus élevé de décès de personnes sans domicile fixe. J’ai pu constater, hormis les touristes, un Paris déserté au mois d’août. Cependant, selon une enquête réalisée pour l’Observatoire de la Fondation de France en janvier 2010, c’est toute l’année que 4 millions de Français sont dans une situation de solitude en déclarant ne pas avoir plus de trois vraies conversations personnelles par an – le « Bonjour Madame, une baguette s’il vous plaît, merci bien et bonne journée » ne compte pas ici – que ce soit dans le cadre familial, amical, professionnel, associatif ou dans le réseau de voisinage. En moyenne, cela veut dire : « Je reparlerai dans 122 jours [1] ». Aussi, un Français sur trois s’est déjà senti seul ou isolé dans sa vie. Un autre sondage réalisé par TNS Sofres pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul et le quotidien La Croix, paru le 21 mai 2010, révèle que la solitude ne touche pas que des personnes âgées en été. Elle est un mal quotidien lié à notre mode de vie moderne, individualiste et citadin avant tout, puisqu’elle concerne 45 % des habitants des trois plus grandes agglomérations françaises. L’aisance financière semble être un antidote à ce phénomène puisque 41 % des individus disposant d’un revenu modeste en souffrent. Les ruptures familiales, le veuvage, les séparations ou divorces sont également des facteurs accroissant la solitude pour près de 50 % de ceux qui vivent ces situations. Enfin, les femmes sont plus touchées que les hommes.

P. N.-D. - Pourquoi ce phénomène de société doit-il interpeller les chrétiens ?

P. Jérôme Delsinne – C’est l’affaire des chrétiens certes mais c’est le défi de toute la société française qui, à côté de ses grands élans de générosité – le nombre de donateurs en 2010 n’a pas baissé malgré la crise et la moyenne du montant du don a, elle, augmenté – est aussi en déficit de fraternité. Les chrétiens ne sont pas plus immunisés que les autres contre les méfaits de l’individualisme, de l’indifférence ou des paradoxes de nos sociétés hyper-connectées. La démarche Diaconia 2013 [2] de l’Église de France vient justement nous rappeler l’urgence de la charité de proximité si chère aussi à saint Vincent de Paul et à l’un de ses fils spirituel, le bienheureux Frédéric Ozanam.

P.N.-D. - De quelles façons est-il possible d’agir ?

P. Jérôme Delsinne – En jouant collectif, comme le font les 26 associations pour la grande cause nationale 2011 « Pas de solitude dans une France fraternelle », en allant vers les autres, en les rencontrant dans leur chair. Les vraies pauvretés restent cachées et sont à découvrir. Quand Frédéric Ozanam écrit « Allons aux pauvres ! » en mai 1833, cet appel a une vraie portée théologique : en sortant de nos maisons, en traversant notre palier ou la rue, en passant un simple coup de fil, nous empruntons à notre tour les chemins « galiléens » de l’Incarnation de Dieu en Jésus-Christ. • Propos recueillis par Charlotte Reynaud

[1Cette phrase fut l’un des slogans utilisé lors d’une manifestation à Paris le 7 juillet.

[2“Diaconia 2013” est une initiative de la Conférence des évêques de France. Pour en savoir plus : www.diaconia2013.fr

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